Cinéma / BANDE DE FILLES de Céline Sciamma.

BANDE DE FILLES de Céline Sciamma.

Après Naissance des Pieuvres et Tomboy, le troisième long métrage de la cinéaste explore l’univers de la féminité adolescente, cette fois-ci dans le cadre de la banlieue, où, plus qu’ailleurs il est difficile de se frayer un chemin, et vivre ses rêves et sa vie.Un regard attentif et juste. Sélection Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2014.

La  Bande  Filles  :  Assa Sylla, Karidja Touré, Lindsay Karamoh, Mariétou  Touré
La Bande Filles : Assa Sylla, Karidja Touré, Lindsay Karamoh, Mariétou Touré

On avait aimé la tonalité de son regard et cette volonté de radiographier les corps et les sentiments, comme les espaces dans lesquels ils s’expriment . L’univers de la natation synchronisée de La Naissance des Pieuvres ou celui de l’école de la petite ville de province dans Tomboy ; ces lieux où les héroïnes cherchaient leur place et se retrouvaient confrontées à l’éveil d’une sexualité et aux troubles des premiers émois intimes. On retrouve dès les premières séquences de son nouveau film cet espace collectif et social dans lequel, ici,  les Jeunes filles de la bande en question vont devoir se confronter aux obstacles, pour s’ affranchir. Et cette fois-ci,  le cadre de la banlieue et sa sourde violence permet à la cinéaste de s’approcher , encore un peu plus , de cette nécessité d’en passer par une sorte de parcours initiatique. La quête de soi et de sa propre liberté, ne pouvant se conquérir que par le passage dans un collectif ( la bande ) où la colère peut se libérer dans le partage et y trouver le fondement qui va permettre de s’envoler de ses propres ailes.  Aux films ayant comme cadre les cités et la représentation sur les minorités Céline Sciamma y apporte son regard original par les thèmes abordés au cœur d’une bande de jeunes filles …Black, qui ont rarement fait la « une » des écrans et du cinéma Français.

...Alors  on danse !
…Alors on danse !

Dans les tours de la cité où elle habite avec sa famille, Marienne (Karidja Touré, remarquable , la révélation du film ), ses 16 ans accomplis et l’avenir à se construire, va se retrouver confrontée à une successions d’interdits « la censure du quartier , la loi des garçons , l’impasse de l’école », évoqués par le synopsis du film. Des interdits qui amplifient sa colère et alimentent son désir de révolte. Contre l’éducation scolaire (  la scène où Marienne est confrontée  à  l’enseignante )  qui oriente sans tenir compte des désidératas des élèves, ou l’éducation familiale  ( le grand frère , qui veille…), et contre les préjugés des regards , ceux des bandes de garçons du quartier et plus largement des habitants et des interdits qui se libèrent, avec les « on dit » qui vous stigmatisent et vous emprisonnent dans leurs filets. Que faire ?. Marienne qui en souffre , n’a pas d’autre choix que trouver une issue.  La belle idée du film, c’est d’inscrire la dynamique d’une libération individuelle au cœur des clichés et des stéréotypes par le biais d’un récit ponctué, ou mieux encore , scandé par une mise en scène dont les choix stylistiques , accompagnent le parcours . Comme c’est le cas de la musique qui accompagne les fondus au noir qui ouvrent les différents chapitres, traduisant magnifiquement par ses envolées qui se poursuivent dans les superbes séquences des rituels chorégraphiés de groupe ( le match de football Américain qui ouvre le film, les deux scènes de bagarre entre bande rivales de filles, ou encore celle où Marienne et ses copines s’offrent une chambre d’hôtel pour y faire la fête …), éléments d’un récit où l’intime s’inscrit au cœur du collectif. Pour s’en libérer , ensuite …

Karidja  Touré
Karidja Touré

Les éléments du cadre dans lequel Marienne va devoir se construire sa propre voie , est constamment présent dans les choix d’une mise en scène dont le souci est d’inscrire également au cœur des chapitres, les signes et les éléments révélateurs des changements intimes vécus par ses personnages à l’image du symbole de l’arrachage du soutien- gorge rouge à la rivale dans la bagarre , qui va définir le changement de statut et de pouvoir. De la même manière que la forme du « clip » , s’invite lors de la séquence chantée et dansée sur une Chanson  » Diamonds » de Rihanna, faisant écho aux rêves de Marienne , en osmose avec sa bande de copines, Lady ( Assa Sylla), Adiatou ( Lindsay Karamaoh ),Fily     ( Marietou Touré) . Mais c’est aussi les ruptures de récit et la noirceur qui s’installe au cœur des séquences dans lesquelles Marienne se retrouve en porte-à–faux, qui apportent l’éclairage sur la nécessité qui est la sienne de trouver sa propre voie en dehors des pressions communautaires  et autres codes collectifs. Le langage vestimentaire devient, dès lors, moyen de transgression. Celui-ci, déjà présent dans l’adhésion aux signes vestimentaires du groupe, va devenir l’élément qui lui permet de s’en démarquer. Se métamorphosant en mec et changeant prénom ( Vic ) pour se fondre aussi bien, dans les soirées branchées que dans la cité …refusant désormais de se laisser accaparer par un groupe, s’en écartant à chaque fois qu’il y a danger afin de mieux conquérir sa liberté et se construire sa propre identité .

Céline  Sciamma, La  réalisatrice
Céline Sciamma, La réalisatrice

La superbe séquence finale est à cet égard une belle leçon d’écriture cinématographique où l’espace de l’écran et du mouvement du corps qui s’y déplace et s’en extrait pour s’en aller vers sa vie nouvelle, est tout simplement sublime !.
Tout à coup un sentiment nous envahit, qui vient nous confirmer que le cinéma que quelques jeunes cinéastes sont en train d’écrire aujourd’hui, est d’une liberté et d’une modernité qui nous réjouit. Le cinéma de Céline Sciamma s’inscrit par exemple, selon nous , dans la lignée de celui d’un Xavier Dolan et  de son Mommy qui dans le sillage de ses personnages transgressifs inscrit lui aussi,  l’originalité et l’inventivité de son regard.
Un regard , surtout, dont le point de vue artistique se fait l’écho d’une interrogation sur nos sociétés. En l’occurrence , ici : quelle place, et quel avenir dans notre ( nos ) société pour Marienne et ses copines …et pour les autres bandes de filles ( et de mecs ), des cités ?.

(Etienne Ballérini)

BANDE DES FILLES de Céline Sciamma – 2014-
Avec : Karidja Touré, Assa Sylla, Lindsay Karamoh, Marietou Touré, Idrissa Diabaté , Simina Soumaré, Cyril Mendy,Djibrill Gueye…

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