Littérature / Visions de Barbès de Jeanne Labrune

Visions de Barbès, de Jeanne Labrune

Jeanne  Labrune
Jeanne Labrune

Ne vous fiez pas à son nom. Jeanne Labrune est blonde comme les blés. Elle réalise 11 films (dont 3 téléfilms) entre 1978 et 2010, elle en est scénariste pour sept d’entre eux. Elle a été aussi documentariste pour la télévision. Elle habite dans le quartier Barbès, à Paris.
Son compagnon, Richard Desbuine, était acteur, scénariste, assistant réalisateur – entre autres avec Godard et Mocky. Dans les années 2000, il se reconvertit en comédien dans les films qu’il coécrit avec Jeanne Labrune. Il décède le 12 avril d’un cancer. C’est le point de départ, le « punctum », dirait Barthes, de Vision de Barbès.
Attention ! Ce deuxième roman de Jeanne Labrune n’est nullement mortifère. Dans ses deux premiers temps, ce roman raconte les deniers jours de son compagnon, sa disparition, mais sans pathétique avec des mots « tranquilles comme mon chien qui dort » (Léo Ferré). Point n’est besoin de métaphore pour dire ce qui est, tout simplement. C’est là la force tranquille des vrais écrivains. C’est de cette simplicité que jaillit l’émotion.

Couverture  du  Livre
Couverture du Livre

Le troisième temps, intitulé « Chaque jour… », est bouleversant, toujours écrit à l’encre de cette force tranquille. Elle décrit ce qu’elle va faire, ce qu’elle va être forcée de faire sans l’Autre. Ses cheminements dans la ville sans l’Autre. Et là on retrouve la cinéaste, la description, le montage : les plans courts qui alternent avec des plans-séquence, c’est un œil qui regarde avant une main qui écrit. C’est le « point de vue documenté » cher à Jean Vigo, une démarche réaliste avec un point de vue subjectif déterminé.
S’ensuivent des nouvelles, comme autant de courts métrages. Ils ont comme ligne rouge le quartier Barbès, nouvelles où l’écrivain est partie actante (non, vous ne ferez pas utiliser le barbarisme « écrivaine »). Au demeurant, Jeanne Labrune nous prévient « Cette femme que vous avez vu passer, c’est moi, passante parmi les passants. »
Chacune a un style, un raconté différent. La plus intime est celle nommée Présence, où l’on pressent, pratiquement dès le début, que le personnage « narré » (« Elle ») est de facto la narratrice. Mais peut-être me trompé-je ? « Elle était passée sans s’en rendre compte aux abonnés absents. Pourquoi aurait-elle gardé contact avec cette foule de personnes bavardes… »

Marché  à  Barbès
Marché à Barbès

Dans Un magasin extraordinaire, nous sommes de plain-pied dans la littérature fantastique  au sens où l’entend théoricien de la littérature Tzvetan Todorov, l’hésitation produite entre le surnaturel et le naturel, le possible ou l’impossible et parfois entre le logique et l’illogique.
Au début, la narratrice entre dans un magasin de chaussures, anciennement un cinéma. Des événements se passent, un peu… bizarres, mais après tout où le bizarre n’est-il pas ? La suite, d’apparence logique, nous emmène dans le surréel, voire l’absurde. «  Je me suis réveillée, couverte de sueur. » La nouvelle ne finit pas ainsi, je vous laisse découvrir cette fin.
Au fur et à mesure de ses marches, de ses démarches, la narratrice va rencontrer les « gens de Barbès », on va dire pas toujours commodes. Mais si elle ne s’en laisse pas conter – elle connaît le « mode d’emploi de son quartier- elle porte un regard non dénué d’empathie. On pourrait parler de Visions de Barbès comme des « confessions d’un promeneur solidaire », solidaire de son quartier, de ses habitants, solidaire de l’Autre, présent dans son absence.
Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en répondant : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »
C’est l’amour qui est essentiel. Merci, Jeanne.

Jacques Barbarin

Jeanne Labrune Visions de Barbès Editions Bernard Grasset

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