Cinéma / NATIONAL GALLERY de Frederick Wiseman

NATIONAL GALLERY de Frederick Wiseman.

Après La Comédie Française ( 1996 ) , la Danse et l’Opéra de Paris ( 2006 ) , c’est à une nouvelle immersion au cœur d’une institution Culturelle, La National Gallery , le Musée Anglais que nous propose le grand documentariste de 84 Ans. Un régal …

l'Affiche  du  film
l’Affiche du film

C’est en 2012 que le cinéaste a enfin pu exaucer son rêve de trente ans, et pénétrer dans le musée Londonien qui est offre l’un des panoramas le plus large ( 2400 Tableaux ) et représentatif de l’histoire de la peinture . C’est lui, que le cinéaste, autorisation donnée, a investi pendant deux mois alors que se déroulait l’exposition consacrée à Leonardo Da Vinci. Plus de 150 Heures de tournage et de matériel enregistré qu’il a fallu monter et organiser afin de donner à voir à la fois les coulisses et le fonctionnement du Musée et aussi le travail de préparation d’expositions, comme celui de la gestion de l’établissement, et enfin, celui de la conservation et de la restauration . Le Cinéaste-documentariste dont la particularité du travail et du point de vue est de « donner à voir » – sans intervenir via un commentaire qui ne laisserait pas le spectateur se faire son propre choix et sa propre opinion- s’est donc attelé une fois encore à un gros travail de montage et d’articulation des séquences illustrant les nombreux thèmes abordés . Afin de proposer au spectateur, à la fois,  une déambulation à la découverte des lieux et des œuvres exposées , en même temps que de le convier à un réflexion sur la réaction et le regard ( extérieur ) porté sur elles . Permettre à la fois au spectateur « de rentrer dans le tableau » comme il le souligne, en même temps qu’il s’agit pour lui de continuer à s’interroger sur le thème au cœur de son œuvre , qui interpelle le regard porté sur l’image . Et donc, ici , celui avec lequel, les spectateurs venus au musée vont « déchiffrer » les images des peintures offertes à leurs yeux, et reflétant tant d’univers et de périodes racontant une histoire et des mentalités si différentes de celles d’aujourd’hui .

Une  conférencière  à l'oeuvre
Une conférencière à l’oeuvre

C’est à cette perception de l’art dans tout ce qu’elle revèle comme complexité que, Frédérick Wiseman dans une ambitieuse et passionnante déambulation au cœur des arcanes de la National Gallery , nous invite. Un face à face avec l’art de la peinture et son évolution au long des siècles, un questionnement sur le patrimoine culturel et comment le rendre abordable au plus grand nombre. Le débat sur le travail de restauration et de conservation et celui sur les subventions et les budgets , et les questions adjacentes sur «  la publicité est-elle un mal (?) nécessaire » pour la vulgarisation de la culture . Le Cinéaste nous plonge dans toute ces problématiques au cœur des séquences qui permettent avec son regard distancié d’interpeller le spectateur et de susciter sa réflexion personnelle, en même temps que de le confronter à une oeuvre  et de lui donner tous les éléments lui permettant de faire un voyage au cœur de celle-ci . L’invitation est d’autant plus habile que le spectateur se retrouve au premier plan à la fois dans les coulisses de l’institution et au cœur du public en visite sur les lieux face aux tableaux, dont le secret dévoilé de certains ( restauration et petite histoire ) attisent sa curiosité . En ce sens le travail de Frederick Wiseman qui se pose,  lui aussi en spectateur-filmeur,  des tableaux et du public les regardant, du travail de préparation de l’exposition, de restauration ( séquences passionnantes ) , ou déambulant , avec le public à l’écoute des guides-intervenants ou des conférenciers. Mais , aussi , dans les ateliers où l’on apprend à composer et dessiner avec modèles humains , et dans un autre, consacré aux non -voyants avec un professeur qui , avec l’aide de repères pouvant être « lus » à la main leur fait découvrir l’organisation de l’espace dans le tableau de Pissaro : Boulevard de Montmartre , effet de Nuit ( 1897 ). Magnifique (s) séquence (s) .

travail de  restauration d'un tableau
travail de restauration d’un tableau

Et des séquences du même type , abondent , qui offrent aux spectateurs sur place ( et à ceux du film ) la simplicité d’une approche par la parole des conférenciers et des spécialiste d’art faisant appel à l’imaginaire des visiteurs ( la belle séquence avec les enfants) , ou, avec les adultes face par exemple au Tableau de Rubens ( Samson et Dalila , 1609-1610) à qui l’on explique les « effets lumières » du travail du peinture pour donner à comprendre les sentiments de Samson et Dalila. Ou encore , le Mystère qui s’insère au cœur des indices du tableau de Holbein le Jeune : Les Ambassadeurs ( 1553 ). De la même manière que cet expert en restauration démontrant, face aux spectateurs médusés , en faisant pivoter de 90 degrès le Portrait de Frederick Rihel à Cheval de Rembrandt (1663), qui dévoile par les détails qui s’y interfèrent, les éléments témoins d’une version antérieure du tableau. Tandis qu’un autre expert , interpelle ,lui , sur les méthodes de restauration successives ( dissolution de vernis , décapages et autres travaux sur les pigmentations et  les couleurs …) qui , au gré du temps et des techniques modernes, voient les bases des couleurs originelles disparaître !. Passionnant … et le parallèle avec le cinéma et la restauration des films s’invite  en filigrane … de la même manière que le « regard » de Frédérick Wiseman interpelle constamment sur le rapport à l’image, où  peinture et cinéma, sont en constante interrogation, sur le signifiant de l’image dévoilée au regard du public.

Peinture  et danse  associées.  Danse devant  deux tableaux du  Titiien,   inspirés par  la poésie .
Peinture et danse associées.
Danse devant deux tableaux du Titiien, inspirés par la poésie .

Il y ajoute même le rapport avec les autres arts ( musique, sculpture..) en faisant intervenir aussi poésie et danse dans une très belle scène où un couple de danseurs nous offre un ballet magique occupant l’espace entre deux tableaux du Titien ,y faisant référence. Le film dans sa conception est une magistrale leçon d’amour de l’art qui le donne à voir et à comprendre par le biais déambulation curieuse qui nous entraîne , aussi , à la découverte de l’envers du décor afin de nous «  immerger » au cœur du voyage fantastique de la créativité artistique proposant – au fil du temps et des œuvres qui l’immortalisent – un passionnant voyage sur l’histoire des civilisation et de l’âme humaine qui se reflète dans toute la beauté complexe des toiles qui en proposent les récits palpitants dans lesquels Fréderick Wiseman nous fait pénétrer , en magicien passionné d’art , au cœur d’un précieux patrimoine dont il participe, avec son film , à la transmission nécessaire d’une culture comme trésor de l’humanité …

(Etienne Ballérini )

NATIONAL GALLERY de Fréderick Wiseman ( Réalisation, Montage et son) – 2014-
Sélection Quinzaine des Réalisateurs , Cannes 2014.
Mixage : Emmanuel Croset, Etalonage : Gilles Granier .

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