Cinéma / LES AMES NOIRES de Francesco Munzi

LES AMES NOIRES de Francesco Munzi

Après Saimir (2004 ) et Il resto della notte (2008), le troisième film du cinéaste Italien poursuit son immersion au cœur des trafics et des violences criminelles. Il nous plonge au cœur de la Calabre où la violence séculaire se perpétue avec les rivalité ancestrales. Les vengeances , le pouvoir et      L’ omertà au sein des clans qui se s’entretuent dans une spirale de la violence. Le cinéaste brosse, en miroir démystificateur réaliste loin des clichés sur l’univers Mafieux, le tableau des déchirements internes qui le minent comme un sombre, et implacable, opéra mortuaire.

Luigi, ( Marco Leonardi ) , l'un des  frères  mafieux
Luigi, ( Marco Leonardi ) , l’un des frères mafieux

«  Dans ce village la vie, n’est plus une vie !», dit dans son sermon le curé du village a ses ouailles , réunies dans l’église pour un énième enterrement. Ce village de Calabre, c’est le village d’Africo dont , en dehors de quelques demeures encore habitées, la plupart des maisons sont en ruines. Et la route goudronnée s’arrête d’ailleurs, avant d’y arriver, pour se terminer en chemin de terre. Dans les maisons abandonnées qui servent parfois de cachette où sont déposées des armes, parmi quelques meubles abîmes  et objets, des portraits anciens restés accrochés aux murs réveillent les passé. Comme celui du berger , jadis , assassiné par une famille rivale. Les sentiments de vengeances et les traditions restent vivaces, mais le monde a changé et les jeux de pouvoir, se distillent désormais, sur un terrain plus subtil , celui lié a des jeux d’ alliances et de pressions, dans le sillage d’un trafic de drogue dont on se dispute les territoires. C’est dans ce cadre que les rivalités d’hier ,auscultées par le cinéaste – dans son adaptation du livre homonyme de Gioachino Criaco – vont mettre à jour une réalité nouvelle qui mine de l’intérieur un système , une organisation dont la marge des frontières qui dessinent les territoires du pouvoir, vont être éclaboussées…

Léo (  Giseppe  Fumo)  et  son père Fabrizzio
Léo ( Giseppe Fumo) et son père ( Fabrizio Ferracane)

C’est au cœur de la famille du berger assassiné que tout commence d’ailleurs , avec les destinées et les choix faits par les trois frères, mettant en évidence les divergences concernant l’héritage de la violence . Si deux d’entr’eux, Luigi ( Marco Leonardi) et Rocco ( Peppino Mazzotta ), ont choisi de le poursuivre en s’investissant, en rivalité avec leurs ennemis du passé, dans le trafic de drogue international avec domicile et plaque-tournante à Milan. Luciano ( Fabrizio Ferracane) lui, a choisi de s’en détacher et de rester au village et y poursuivre une activité agricole et pastorale Mais c’est aussi au sein même de sa famille, avec ce jeune fils, Léo ( Giuseppe Fumo) impétueux qui se laisse glisser sur la mauvaise pente , que les dissensions , s’insinuent. Familles divisées, tentatives de conciliations et d’alliances improbables ( la jeune fille que le clan adverse tente de présente comme possible (?) future à Léo… qui ne jouera pas Roméo ) afin de ménager et apprivoiser l’adversaire. A l’image de la scène qui réunit les deux clans autour d’un repas, pour tenter d’apaiser les tensions  qui sont en train de s’envenimer. Mais dans un contexte où les traditions et les coutumes restent solides et se retrouvent même amplifiées par les enjeux modernes , c’est au bout du compte la question centrale de l’engrenage de la violence qui y est lié, et celui des « âme noires » du titre qui en portent le poids, que le cinéaste ausculte et interpelle . Ce sont les racines en questions de celle-ci , prises au piège de la dette d’honneur et de l’omertà et qui s’enferme dans ses structures mentales, méprisant toute intervention ( autorité légale , Police ) extérieure.

La mère  éplorée ( Aurora  Quatrocchi) , Giuseppe  FUno  et   Pepinno Mazzotta  (  le troiséme  frère  du clan )
La mère éplorée ( Aurora Quatrocchi) , Giuseppe Fumo et Pepino Mazzotta ( le troisième frère du clan )

Dès lors l’engrenage ne peut conduire qu’à la fatalité. Et c’est justement cette complexité que Francesco Munzi traque dans chacun des personnages, comme dans chaque tentative de l’adversaire, pour en démasquer la vacuité face à l’irrémédiable qui s’y inscrit. Par les conflits fratricides qui affaiblissent les familles, comme ceux des divisions internes qui gangrènent l’organisation dont les séquences très précises décrivent les rivalités  locales,  et régionales ( Nord- Sud )  soulignées par les dialogues et les accents . En même temps qu’en parallèle, et par le biais d’une écriture ( montage, ellipses …) , la mise en scène installe au cœur de cette région de Calabre et ses paysages sauvages, la réalité d’une déchirure et d’une douleur qui s’inscrit sur les visages des femmes comme une fatalité acceptée, dont les habits noirs ( du deuil ) que l’on porte en permanence en l’attente de l’inéluctable, sont les témoins quotidiens du danger et de la tragédie qui menace les familles. Cette tension et cette menace est présente dans chaque plan du film dont  les regards et les gestes sont empreints, et veillent au danger qui, peut , à tout moment venir. Une silhouette qui surgit dans la nuit pour tirer sur le conducteur d’une voiture, la trahison… et la planque qui devient un piège qui se retourne contre soi . Autant de crimes, dont la vengeance va devoir à nouveau perpétuer, le bain de sang. C’est cet engrenage fatal que le film questionne et dont les âmes mortes portent le poids d’une fatalité dont il faudra bien , un jour, rompre le cycle infernal . Le final, qu’on vous laisse découvrir , apporte en ce sens, l’ouverture à une possible réponse emblématique dont le berger pourrait être le messager …
(Etienne Ballérini )

LES AMES NOIRES de Francesco Munzi -2014-
Avec : Marco Leonardi, Peppino Mazzotta, Fabrizio Ferracane, Giuseppe Fumo, Barbara Bobulova, Aurora Quatrocchi ….

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