Cinéma / Festival de DEAUVILLE , La Compétition ( 2 )

Deauville, 40 ans de Cinéma américain

La Compétition

Temps fort du Festival, la Compétition, habituellement ouverte aux premiers et seconds films. A l’occasion de son quarantième anniversaire, le Festival a dérogé à la tradition en accueillant également des réalisateurs au talent confirmé.

Pour ce 40e anniversaire le Festival a innové avec un Jury des jurys composé d’anciens présidents des éditions précédentes : Constantin Costa-Gavras, qui en a assuré la présidence, Jean-Pierre Jeunet, Claude Lelouch, Pierre Lescure, Vincent Lindon, André Téchiné et Marie-Claude Pietragalla, six hommes et une femme, ou, encore, une Etoile, des réalisateurs et un comédien.

Le  Jury  du Festival
Le Jury du  40 éme  Festival  ( Photos  Philippe  Prost )

A ce jury officiel, il fallait également associer celui de la Révélation Cartier, dont le Prix récompense, depuis 2006, un film de la Compétition aux qualités novatrices. Présidente du Jury Cartier, l’actrice et réalisatrice Audrey Dana, était entourée d’Anne Berest (écrivain et scénariste), Lola Bessis (comédienne, scénariste et productrice), Christine and The Queens (auteur-compositeur-interprète), Clémence Poésy (comédienne) et Freddie Highmore (comédien).

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Jury  Révélation Cartier –  Photo Philippe  Prost

Pour la circonstance, le Festival a dérogé à la tradition de ne retenir en compétition que des premiers ou des seconds films. Cette année, elle accueillait également des talents confirmés, comme Anton Corbijn (CONTROL), Philippe Falardeau (MONSIEUR LAZHAR) ou « l’habitué des Festivals » et non-conformiste Gregg Araki (KABOOM).
Avec une sélection de quatorze longs métrages, dont huit premiers ou seconds films, le choix s’annonçait particulièrement délicat pour les différents jurés. Pourtant, dans l’ensemble, le Palmarès est conforme à ce que l’on pouvait prévoir et aux impressions ressenties à l’issue des quatorze projections. Tout juste peut-on regretter, ou, plus précisément, s’étonner, de certains choix et de l’absence de récompense pour d’autres œuvres, comme COLD UN JULY, un thriller de Jim Mickle aux nombreux rebondissements, avec Michael C. Hall, Sam Shepard et Don Johnson, ou WAR STORY de Mark Jackson, dans lequel Catherine Keener interprète une photographe de guerre traumatisée. Mais il en est ainsi dans tous les festivals lorsque la sélection est d’un niveau relevé.

Unanimité autour de Whiplash

Miles Teller et  J.K Simmons  dans  Whiplash de   Damien Chazelle
Miles Teller et J.K Simmons dans Whiplash de Damien Chazelle

Il n’y a pas eu photo. Malgré la présence d’une majorité de « professionnels de la profession », le jury officiel et en phase avec le vote du public. WHIPLASH décroche ainsi le Grand Prix et le Prix du Public de la Ville de Deauville. Remarqué à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs, en mai dernier, le second long métrage du jeune réalisateur Damien Chazelle (29 ans) avait déjà été récompensé par le Grand Prix et celui du public au Festival de Sundance 2014. WHIPLASH raconte l’histoire d’Andrew Neiman (Miles Teller), 19 ans, qui rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Au conservatoire de Manhattan, il a pour professeur un homme féroce et intraitable, Terence Fletcher (J.K.Simmons).
La musique est censée adoucir les mœurs, mais ici, dans un scénario largement inspiré par la propre expérience de Damien Chazelle, elle est au cœur d’une relation sado-maso entre l’élève et le maître. WHIPLASH, magnifiquement interprété par Miles Teller et J.K. Simmons, habituellement abonné aux rôles secondaires sans relief, traite de la quête de l’excellence et du prix à payer pour y parvenir. Nul besoin d’être fan de jazz ou mélomane pour apprécier le film.

Une Amérique aux deux visages

Reese Whiterspoon  et Ger Duany  dans  The  Good  Lie   de  Philippe  Falardeau
Reese Whiterspoon et Ger Duany dans The Good Lie de Philippe Falardeau

L’attribution du Prix du Jury à THE GOOD LIE, première réalisation en anglais du Québécois Philippe Falardeau, peut surprendre. Basé sur des faits réels, le film retrace l’incroyable histoire de quatre orphelins soudanais qui, devenus adolescents, gagnent le droit d’émigrer aux Etats-Unis. Les membres du jury officiel sont restés sourds aux violentes critiques de John McTiernan en conférence de presse contre les institutions étasuniennes. Passons sur la réalisation, correcte mais sans aucune originalité, pour nous arrêter sur la vision que propose le film. A l’opposé de films comme LA CHUTE DU FAUCON NOIR de Ridley Scott traitant du fiasco d’une opération militaire en Somalie, THE GOOD LIE redore l’image des Etats-Unis en Afrique, abuse des clichés et des bons sentiments et fait du Pays de l’Oncle Sam une terre promise pour les réfugiés. On n’est pas loin du conte de fée.

Wes Bentley dans  The  Things  People   Do
Wes Bentley dans Things People Do    de  Saar  Klein

Etait-ce par souci de rééquilibrage, afin de montrer une autre facette des Etats-Unis, que le Prix du 40e anniversaire, non prévu à l’origine, a été décerné à THINGS PEOPLE DO, première réalisation de Saar Klein ? La vie de Bill Scanlon (Wes Bentley), père de famille de la classe moyenne, bascule le jour où il perd son emploi d’assureur. Il cache la vérité à son épouse, Susan (Vinessa Shaw). Il se réfugie dans le mensonge et, pour garder le même train de vie, bascule dans l’illégalité.
Le film oscille entre drame social et action sans véritablement convaincre et Bill, le personnage principal, ne suscite guère l’empathie, à l’inverse de Frank (Jason Isaacks), rôle secondaire, son copain flic alcoolique à la dérive qui « ne juge pas les gens, mais s’efforce de gérer les situations ».

Vampire vous avez dit vampire ?

Sheila Vand  dans  A Girl Walk  Alone  et Night  de  Ana Lili Amirpour
Sheila Vand dans A Girl WalkS  HOME  Alone at Night de Ana Lili Amirpour

Avant même la projection, le film et sa réalisatrice suscitaient la curiosité. Il s’agit d’un premier long métrage, Ana Lily Amirpour est américaine mais d’origine iranienne, elle a réalisé son premier court métrage, un film d’horreur, à l’âge de 12 ans, elle se passionne pour la peinture et la sculpture, elle a été chanteuse-bassiste dans un groupe rock et le film est une coproduction… américano-iranienne ! A l’écran, A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT, une histoire de vampire au féminin dans une ville iranienne imaginaire, réserve quelques bonnes surprises, avec des choix de mise en scène affirmés, comme son image en noir et blanc au format scope. « Western-vampire », comme le définit elle-même la cinéaste, le film lorgne à la fois vers le western spaghetti et le cinéma d’épouvante façon Mario Bava, mais aussi vers l’expressionnisme allemand et le NOSFERATU de Murnau. La métaphore vampirique renvoie quant à elle à la condition de la femme en Iran. On est bien loin des « twilighteries » pour adolescents. L’originalité et la thématique de cette première œuvre était des arguments suffisants pour séduire Audrey Dana, la présidente du jury Révélation Cartier, « ses filles » et Freddie Highmore.

Dérangeant

Maïka Monroe  dans  It Folows de  David
Maïka Monroe dans It Folows de David Robert Mitchell

Enfin, la Critique a décerné son prix à IT FOLLOWS, le second long métrage de David Robert Mitchell, une fiction qui renoue en même temps avec le film d’ados et d’horreur. Avant la projection publique, le réalisateur a précisé qu’il avait souhaité « faire un film d’horreur à la fois dérangeant et beau, avec plusieurs niveaux » de lecture. Jay (Maika Monroe), une adolescente vivant dans la banlieue sinistre de Détroit, vit ses premières expériences sexuelles. Après l’une d’entre elles, elle est témoin d’étranges apparitions (fantômes ou zombies ?) et persuadée d’être poursuivie par des revenants. Mais sa sœur et ses amis ne la croient pas.
David Robert Mitchell est un grand amateur de cinéma d’horreur, il ne s’en cache pas et le revendique dès les premiers plans du film. IT FOLLOWS, également présenté à Cannes cette année, dans le cadre de la Semaine de la Critique, est d’ailleurs un hommage clin d’œil à certains films de John Carpenter et de Jacques Tourneur. Respectueux du genre, le réalisateur le revisite néanmoins et s’affranchit ainsi des habituelles scènes de massacre à l’arme blanche d’ados et vierges effarouchées. Mais le suspense et l’angoisse demeurent quand même au rendez-vous. Du côté de la réalisation pure, si on apprécie le sens de l’image et du cadre, on peut regretter les excès d’une bande son électro souvent à la limite du supportable. Dérangeant ? Le film l’est par bien des aspects. Beau ? La recherche d’un certain esthétisme ne suffit pas toujours. Beau, mais pour quoi faire ? Et, qu’est-ce que « la beauté » ?

La sortie de WHIPLASH sur les écrans français est prévue pour le 24 décembre prochain. On espère que A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT trouvera un distributeur et que d’autres films d’une sélection d’un très bon niveau seront très prochainement à l’affiche dans les salles.

Le palmarès du 40e Festival du cinéma américain de Deauville

Photo  film Whiplash de Damien Chazelle
Laureats   Whiplash de Damien Chazelle – Grand Prix  du Jury  et  Prix  du Public  ( Photo Philippe  Prost )

Grand Prix : WHIPLASH de Damien Chazelle
Prix du Jury : THE GOOD LIE de Philippe Falardeau
Prix du 40e : THINGS PEOPLE DO de Saar Klein
Prix de la Révélation Cartier : A GIRL WALKS HOME ALONE AT NIGHT d’Anna Lily Amirpour
Prix de la Critique internationale : IT FOLLOWS de David Robert Mitchell
Prix du Public de la Ville de Deauville : WHIPLASH de Damien Chazelle
Prix Michel d’Ornano (décerné par un jury anglo-saxon à un premier film français) : ELLE L’ADORE de Jeanne Herry.

Rédaction : Philippe Descottes – Photos : Philippe Prost

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