Cinéma / METAMORPHOSES de Christophe Honoré

METAMORPHOSES de Christophe Honoré

Le réalisateur de Dans Paris  ( 2006) et Les Chansons d’Amour ( 2007) et  ses héros modernes , nous plonge avec son dernier film dans le sillage d’autres héros  antiques,  celui des Dieux de la Mythologie et leur bestiaire. Adaptation de l’oeuvre d’Ovide au cœur des Paysages et d’un Urbanisme moderne servant de décor  à ces « métamorphoses des formes en des corps nouveaux » . Recherches formelles et narratives , envolées poétiques ….

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

D’emblée dans la première séquence , la rencontre entre Europe et Jupiter , nous entraîne au cœur d’une narration imagée et cinématographique qui s’inscrit dans les formes d’une écriture qui fait écho assumé aux recherches narratives, de la littérature et cinématographiques , qui font s’entrechoquer passé et présent dans une envolée détonante qui interpelle sur la transmission culturelle, sujet qui a toujours été au cœur de l’oeuvre et de la réflexion du cinéaste « comment donner à voir ces métamorphose , comment les raconter (..) comment les actualiser ou rendre compte de leur actualité ». La démarche du cinéaste -écrivain , on l’a vu récemment encore, par le biais de son travail théâtral qui la concrétise dont Le nouveau Roman,  présenté en 2012 au Festival d’Avignon en est l’exemple frappant auquel viennent s’ajouter les références récurrentes aux oeuvres littéraires, comme pour n’en citer qu’une , celle à La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette dans La belle Personne ( 2008) . Tandis que le références cinématographiques multiples ( Jean-Luc Godard , Jacques  Demy , Pier  Paolo  Pasolini …ou Robert  Bresson pour l’utilisation de comédien non professionnels ) viennent s’y inscrire par le miroir des formes à l’image du personnage de Bacchus, qui face caméra , interpelle le spectateur , ou encore, Bacchus et ses compagnes assistant en spectateurs à une projection dans une salle de cinéma .

Amira  Akili
Amira Akili ( Europe )

Le “lien” entre ces formes multiples et le spectateur qui en reçoit le message parfois lointain , est proposé par le cinéaste comme une sorte d’invitation à y prendre part et en même temps qu’ à y réfléchir, comme il est précisé dans le dossier de presse pédagogique destiné à guider le spectateur “ le film ouvre ainsi la réflexion , sur l’identité , l’intemporel et l’éphémère, le corps , les sens , le désir et l’amour, la mort , tout en cherchant une forme nouvelle courant sans cesse le risque de briser l’illusion référentielle , créant étrangeté , décalage et désorientation, et renouvelant notre regard sur ces mythes”. La démarche est à l’évidence très ambitieuse et culottée de la part du cinéaste qui rompt, ici, radicalement avec la simplicité narrative plus classique de ses autres films ,et qui risque de surprendre ses fans les plus fidèles. Ils pourraient se retrouver spectateurs dans le même état d’âme que celui vécu par Jocelyn Quivrin plongé dans le tournage d’Astrée et Céladon d’Eric Rohmer, raconté dans Maestro de Léa Fazer. En ce sens l’invitation de Christophe Honoré dans le contexte d’un cinéma de plus en plus normalisé et formaté a quelque chose d’attachant et de passionnant, y compris dans ce qu’elle peut avoir de déroutant dans son dépouillement ou dans les décalages qui détonnent et se heurtent au réel des paysages contemporains. A l’image de la séquence où Bacchus fait son discours au coeur d’une cité, sur le terme “débilitant”. La tonalité de la dérision achoppe, aussi, parfois au jeu des références et des codes et sur la multiplicité des personnages , moins connus, qui en sont porteurs.

Sébastien  Hirel
Sébastien Hirel  ( Jupiter )

Mais, le choix du didactisme assumé par les trois volets du récit ( Europe et Jupiter , Europe et Bacchus et Europe et Orphée ) d’apprentissage initiatique qui s’inscrit au coeur de celui d’Europe ( enlevée par Jupiter dans la séquence d’ouverture ), à “l’art d’aimer “ et aux connotations mythologiques, de ses histoires sensuelles et merveilleuses où les Dieux tombent amoureux de simples mortels est tenu avec une certaine habileté. Même s’il demande d’avoir une certaine connaissance de ces derniers pour en saisir toutes les déclinaisons des métamorphoses ( de l’homme en animal et inversement, voire en formes végétales ) et l’écho qu’elles peuvent avoir dans l’imaginaire collectif qui s’est transmis au long des siècles. Interpellant le spectateur d’emblée avec cette Diane Trans-sexuelle qui transforme Actéon en cerf , ou encore Philémon et Baucis transformés en chêne et en Tilleul.

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Alors on peut se laisser porter – et il y a de beaux moments – par ce voyage dans le temps qui invite au téléscopage de l’aventure des Dieux d’hier qui trouvent réincarnation dans les lieux d’aujourd’hui . On y retrouve aux côtés de ceux déjà cités, une certaine Junon , le célèbre Narcisse, Vénus , Actéon et Diane, Mercure et Argus , Atalante et Hippomène, Bacchus et les Bacchantes, Tirésias, les trois soeurs Minias, Salmacis … dans leurs aventures nous interpellant sur les mythes et les croyances , mais aussi sur certains thèmes ( rapport à la mort , violence , sexualité transgressive) restés , en questionnements, encore très présents aujourd’hui .
(Etienne Ballérini )
METAMORPHOSES de Christophe Honoré -2014-
Avec : Amira Akili, Sébastien Hirel, Mélodie Richard,Damien Chapelle, George Babluani,

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