De l’expressivité primitive au regard inspiré…

C’est certainement, l’une des plus belles expositions que le Centre d’Art de la Malmaison à Cannes ait présenté ces dernières années, pour deux raisons, rareté et qualité des sculptures des Arts premiers et le choix très ciblé sur le regard que des artistes de ces deux derniers siècles ont porté sur les civilisations lointaines qui les fascinaient.

masque1

 Masque Dan (Côte d’Ivoire

masque2

Masque de confrérie ménang (ekoï – Nigeria)

Qu’ils s’appellent Picasso, Calder, Combas, Penck, Miro, Grimm, Rezvani, Braque, Vassilieff, Ernst, Gauguin…bref, des centaines d’artistes ont eu une attirance pour cet art qu’on nomme primitif, soit ils allaient en voyages, soit ils collectionnaient les masques et les statues, soit parce qu’ils avaient vu, entendu ou lu mille choses sur ces hommes, sur les tribus qui, pour tous les moments importants de la vie, fabriquaient des objets qu’ils vénéraient, soit qu’ils facilitaient la fécondité, soit pour obtenir la pluie ou arrêter l’invasion des sauterelles , des œuvres qui accompagnaient le défunt dans sa tombe, qui apporteraient la victoire contre la tribu voisine. A chaque découverte de ces sculptures, c’est tout un patrimoine qui refait surface, un patrimoine souvent mis à mal par « les blancs » conquérants, par différentes civilisations en particulier les chrétiens en Afrique qui considéraient ces païens comme des sauvages en train de chanter devant leurs totems sculptés ou qui dansaient cachés derrière des masques colorés pour célébrer les coutumes ancestrales de leurs tribus. Dans cette exposition, une majorité de ces objets provient d’un collectionneur niçois Jean Ferrero, spécialiste d’arts premiers d’Afrique subsaharienne. C’est sur cette collection que s’est basé Frédéric Ballester, commissaire de l’exposition et directeur de la Malmaison, il a eu la bonne idée de rechercher les artistes peintres ou sculpteurs qui ont réalisé des œuvres sans savoir qu’à un coup de pinceau près, d’autres hommes avaient déjà taillé dans un bout de bois une image représentative de leurs pensées face à la vie, la mort ou tout simplement le quotidien rythmé par les us et coutumes transmis par leurs aînés. Mystère, une même fascination des européens pour ces objets chargés d’âme mais qui sans explication, restent un morceau de bois très stylisé qui nous permet d’inventer une histoire mais pas forcément la bonne et c’est justement d’authentiques histoires que nous conte Frédéric Ballester. Une originalité dans l’exposition, les vitrines sont positionnées au centre des pièces …on découvre à côté d’une majorité de masques et de statues, une œuvre picturale que l’on voit en transparence, d’où la vision immédiate de la sculpture et du tableau imaginé par ces peintres qui ont concrétisé leurs pensées, « …Regardez, ce Serpent Baga de Guinée et le tableau du peintre russe Youla Chapoval peint en 1948

Serpent Baga (Guinée)
Serpent Baga (Guinée)
Sans titre ( Youla Chapoval)
Sans titre ( Youla Chapoval)

 je peux identifier les deux personnages, le masculin et le féminin, le masculin parce qu’il est constitué du même corps que le serpent…on voit l’influence de l’Art Primitif et des traces du Cubisme qui est là…regardez encore ce Fernand Léger de 1922 « Etude pour la création du  monde », il peint des joues creuses en forme de cœur, un peu comme la Tête Fang sculpté au Gabon…impressionnant aussi cette statuette recouverte de peau d’Antilope, il y en avait parfois avec de la peau humaine quand il s’agissait d’un trophée, regardez en face ce tableau du peintre allemand Christian Rohlps, c’est une œuvre majeure de 1924, la grande période de l’expressionnisme…tenez ce Calder peint en 1967 People with Centaur, ces têtes ont des similitudes avec celles de Côte d’Ivoire, on voit un exemplaire qui devait servir dans les rituels funéraires…une autre œuvre importante dans cette exposition, c’est celle du peintre allemand A.R Penck

Statette mambila (Cameroun
Statette mambila (Cameroun

Gleichgültigkeit 1 de Penck

Gleichgültigkeit 1 (A.R Penck)

c’est quelqu’un qui a fait une analyse sur l’Art Rupestre, on revisite un peu les fresques préhistoriques dans le nord de l’Afrique, dans le sud saharien, on voit dans son travail des attitudes de danse, toute son œuvre est composée dans ce graphisme sauvage, c’est une peinture très gestuelle qui n’est pas très loin des graffitis aux Etats-Unis dans le métro…on ne peut pas présenter toutes les œuvres en quelques lignes, tellement d’artistes se son imprégnés de ces arts premiers dans leur style sans jamais vouloir copier une sculpture mais simplement essayer de comprendre toute la richesse culturelle de ces hommes de pays lointains, je pense à l’instant encore à Max Ernst avec son « Ordre des barbares » il y a dans cette œuvre quelque chose de primitif , là, on est chez des gens qui ont peut être été plus influencés par la connaissance de l’analyse qu’ils ont fait sur les tribus »

statuette

Statuette maginga (Léga – République démocratique du Congo)

 

Louis CHACALLIS

Des raisons de la couleur II de Chacallis

Frédéric Ballester est intarissable à chaque fois qu’il voit votre regard se porter sur une œuvre avec des analyses très pointues sur tous les artistes présentés dans cette exposition qui s’est déroulé aussi dans un autre lieu culturel de la ville, dans la villa Domergue où l’on trouve sur le même thème une œuvre d’Arman réalisée à la fin de sa vie

Voix Muettes d'Arman

Voix muettes d’Arman

« …il a commencé à fabriquer des assemblages avec des objets africains, alors, au début, il a mis des sculptures, des pièces importantes, des pièces anciennes, il a détourné la fonction de l’objet par une fonction artistique…il a décapité toutes les têtes de ses sculptures et il a fait deux cases, une case inférieure le bas du corps, une case supérieure avec les têtes, c’est un petit peu pour démontrer le passage de l’esprit de la sculpture au monde des morts, c’est une relation intéressante dans ses assemblages…il est belge, il ne faut pas oublier que les belges ont envahi le Congo et il a fait une série qui est un hommage rendu aux noirs colonisés… »

Ekoï - Nigeria

Masque de confrérie ménang (ekoï – Nigeria)

Zwei Köpfe

Zwei Köpfe (Christian Rohlfs)

C’est Une confrontation d’œuvres très intéressante qui est proposé dans cette exposition qui devrait être vu par tous ceux qui font des études sur l’art.Un conseil, si vous voulez venir ici il est préférable de téléphoner pour visiter avec une assistante de la Malmaison qui éclairera votre parcours.

 

Jean Pierre Lamouroux

Téléphone : 04 97 06 43 30 – 44 93

Hanna Baudet

 

Lien Ville de Cannes – Musées de Cannes

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