Cinéma / AU PREMIER REGARD de Daniel Ribeiro

AU PREMIER REGARD de Daniel Ribeiro.

Un jeune ado aveugle de naissance couvé par sa famille, plongé dans le bain de la vie sociale découvre le regard porté par le monde extérieur sur son handicap . Confronté , comme tout jeune de son âge aux troubles de l’adolescence il se découvre, aussi , une sexualité différente. Premier film d’un jeune réalisateur Brésilien qui aborde ces  thèmes  avec une étonnante et réjouissante, positive attitude, de son héros pour affronter les obstacles. Prix de la critique internationale au Festival de Berlin ….

l'Affiche  du Film.
l’Affiche du Film.

Le Brésil qui a été récemment au centre de l’actualité sportive avec le Mundial de football , y revient par le biais du cinéma pour traiter un sujet de société qui n’est pas propre qu’au pays de la Samba , mais qui, à des degrés divers  touche tous les pays. Il s’agit de celui ,du handicap et de la différence, se heurtant aux barrières , préjugés et autres rejets dans la société civile . Ce qui frappe d’emblée dans le projet du jeune cinéaste Brésilien , auteur de courts métrages remarqués dans de nombreux festivals , c’est d’offrir un point de vue et une manière  d’aborder et d ‘affronter avec cette même simplicité confondante, affichée par son héros face à la complexité des situations qu’il va devoir surmonter. On la retrouve dans l’habileté avec laquelle le cinéaste ne pouvant pas adopter le point de vue de son héros non -voyant, le détourne en jouant avec celui-ci, pour en faire l’élément qui interpelle sur le regard et le comportement des autres. Comme l’illustre l’une des scènes centrales du film où  le jeune adolescent  qui souhaite s’insurge envers des parents , trop protecteurs, qui au lieu de l’aider à s’en sortir, finissent par le maintenir dans son handicap. « Je pense que beaucoup d’handicapés ressentent la même chose : ils ne veulent pas être traités différemment, ils veulent juste sembler à la fois normaux et singuliers , comme tout un chacun », explique le cinéaste dans le dossier de presse du film.

 

Leonardo ( Ghilherme  Lobo)   face  à  ses  camarades de  classe
Leonardo ( Ghilherme Lobo) face à ses camarades de classe

Et, c’est ce point de vue tenu de bout en bout par le cinéaste qui fait le prix du film et la qualité de son regard lui permettant au travers de son héros , d’aborder les thèmes liés à l’adolescence et à l’apprentissage du monde et des autres, comme ceux liés au handicap et à la différence , avec ce sentiment de l’évidence qui finit par renvoyer toute « connotation » de rejet, à une fin de non- recevoir.    Car Leonardo (Ghilherme Lobo, remarquable de présence ) qui est non voyant de naissance n’a jamais eu à souffrir d’un handicap qui lui renverrait  la perte de ce qu’il n’a pas connu. Le noir, c’est son royaume et il ne lui renvoie pas le sentiment d’infirmité. Le monde qui l’entoure, il a appris à le découvrir par l’odorat , les bruits…et il sait qu’il ne peut pas faire certaines choses et  qu’il a appris à marcher seul ou accompagné par les bras d’un autre, à trouver ses propres repères (  il utilise peu sa  canne  de  non-voyant .. )  pour se mouvoir dans les espaces connus ( maison ) ou inconnus….pour s’y déplacer avec une certaine liberté et sécurité. Leonardo manie, aussi ,avec dextérité les nouveaux moyens de communication ( portable, machine à écrire et lecture braille …) qui lui permettent de se sentir libre et parfois, renvoyer à leurs commentaires malsains les imbéciles qui se croient supérieurs , et dont la bonne visibilité semble avoir l’effet d’obscurssir celle de leur ( petit …)  cerveau !.

Léonardo en compagnie de  son amie d'enfance    ( Tess Amorim)
Leonardo en compagnie de son amie d’enfance  Giovanna       ( Tess Amorim)

Bref, Leonardo se sent (et se veut ) un jeune adolescent comme les autres en apprentissage de la vie, et encore mieux sensibilisé par le regard qu’on lui renvoie , pour savoir que ce n’est pas facile . C’est pourquoi il ne fera pas de la découverte d’une sexualité différente une barrière insurmontable. Le cinéaste non plus… qui –  se jouant des clichés et autres surcharges qui plombent souvent les films sur les « ados », n’hésite  pas à s’immiscer à l’intérieur pour mieux les dynamiter- capte cette période de l’adolescence et ses troubles avec une justesse de ton et une sensibilité rarement exprimée au cinéma. Elle y est développée au travers de situations dont la complexité emblématique ( rapports de forces  et de  rejet , sexualité en éveil, sentiments amoureux et jalousie …) , s’inscrit au cœur et trouve les échos des questionements qui l’accompagnent ( dualité amour- amitié, orientation sexuelle…), magnifiquement servis par une mise en scène attentive , et , presque  amoureuse  de voir cette liberté en train  de sourdre, servie par des comédiens en état de grâce. Autour de Leonardo , il y à sa copine d’enfance et amie                      ( amoureuse?) , Giovanna ( Tess Amorim) et le dernier arrivé copain de classe, Gabriel ( Fabio Audi ) avec lequel Leonardo se lie d’amitié ( et plus si affinités… ). Le thème du « trio » amoureux classique, Daniel Ribeiro le renvoie, avec une subtile élégance , à sa vraie dimension humaine . Tandis que celui de la découverte  d’ une autre orientation sexuelle ne constitue pas pour Leonardo, un nouveau trouble ni handicap, mais  une deuxiéme chance qui va  lui permettre, avec le  soutien  d’ un second  regard complice  ( la magnifique scène finale ) de conquérir, cette indépendance et liberté tant souhaitée afin  d’être   » à la  fois  normal et  singulier » .

Leonardo  et  son  copain Gabriel (  Fabio  Audi )
Leonardo et son copain Gabriel ( Fabio Audi )

Dans la conquête de celle-ci et les problèmes qu’elle soulève, Daniel  Ribeiro  qui s’en fait l’écho,  garde jusqu’au bout une justesse de ton qui évacue toute sensiblerie et facilité qui pourrait desservir son récit . Ce qui en fait la force, c’est aussi,  qu’il est porté par des convictions – le cinéaste avant ce film a crée un projet web anti-homophobie : EU SOU GAY ( Je suis Gay ) – dont il décline ici , avec la subtilité des nuances, à la fois le chemin accompli et celui qui reste à faire. Un chemin qu’il explique ainsi  au travers des  choix de  son récit  « aujourd’hui je pense qu’on doit avancer (…) je voulais un personnage qui cherche juste à être heureux, qui a découvert à l’adolescence qu’il était gay mais , pour qui, cette découverte fait naturellement partie de celles que l’on fait à cet âge, comme les changements des corps et des sentiments . Alors du coup son désir d’indépendance qui prend le dessus est source de conflits avec son entourage », explique-t-il, en conclusion ,dans le dossier de presse du film         Allez donc à la rencontre de ce jeune adolescent qui fait de son handicap une arme de liberté et d’épanouissement contre la bêtise et la haine de la différence de l’autre…
(Etienne Ballérini )

AU PREMIER REGARD de Daniel Ribeiro-2014-
Avec : Ghilherme Lobo, Fabio Audi, Tess Amorim , Lucia Romano, Eucir De Souza…

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