Cinéma / UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer

UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer.

Aprés Birth (2004),  histoire d ‘un petit garçon soupçonné d’être la réincarnation d’un adulte, c’est à une autre expérience troublante dans le sillage de cette jeune femme prédatrice venue d’ailleurs qui erre dans un Glasgow fantomatique et sa campagne environnante. Cinéaste rare -Trois films en 14 ans – Jonathan  Glazer nous entraîne , ici ,  dans une aventure sensitive et sensorielle où la perception et l’imaginaire du spectateur sont convoqués, en miroir de ceux de l’héroïne . La bestialité et la beauté de l’âme humaine y sont au cœur d’un dilemme métaphysique. Une fiction expérimentale fascinante …

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

La scène d’ouverture nous plonge d’emblée, avec ses jeux d’ombres et de lumières, dans une atmosphère où la fiction ( et le fantastique) renvoie par sa dimension picturale et référentielle des formes d’une sorte de ballet ( ou Space-opéra ) , qui rappelle le Stanley Kubrick de L’odyssée de l’espace . Sauf que l’odyssée dont les formes se font ici mystérieuses dans la semi- obscurité , par les éléments qui s’interpénètrent dans une double dimension, évoquant à la fois la vision de l’assemblage des modules d’un vaisseau spatial, en même temps que celle de la vision rapprochée de la rétine humaine. L’infini et le macroscopique se télescopent pour installer ce sentiment de mondes (ou d’univers) éloignés qui seraient le reflet d ‘une « dualité » intime nous interpellant sur notre propre place dans l’univers. Exploration du sentiment d’appartenance ou d’exclusion par la confrontation de la prédatrice ( Scarlett Johansson  en contre-emploi , épatante ) à un monde inconnu qui va la confronter à sa propre humanité. Incarnation et identité aliénée, et jeu des apparences portées par les fulgurances expérimentales d’une mise en scène qui vous incite ( invite) à entrer dans ses envolées formelles et les sentiers peu convenus de sa fiction scandée par une musique aussi lancinante, qu’envoûtante…

 

vison rapprochée , al rétine  humaine
vison rapprochée , la rétine humaine

Le cinéma de Jonathan Glazer est un cinéma qui, s’il se définit par des références ( de Kubrick en passant par Lynch ou Robert Bresson) revendiquées , et qui  s’en nourrit pour mieux s’en détacher tout aussi radicalement afin de construire sa propre partition musicale et visuelle. Dans un production cinématographique de plus en plus codée qui ne fait presque plus la place à l’expérimentation , son cinéma est une sorte de défi qui fait appel au spectateur qu’il convie à se «connecter » pour vivre un autre rapport à l’image, aux sons, aux sentiments et à l’univers qui nous entoure.  Et  en l’acceptant on se retrouve plongés dans le monde (  son monde ) et obligés de communiquer avec lui, à l’image de ces hommes qui vont se retrouver confrontés à la prédatrice  venue d’ailleurs qui leur demande de l’aimer. Comme l’enfant de Birth , la femme d’Under the Skin, se fait le reflet de toute fiction qui sert d’appât pour le spectateur invité à entrer dans le jeu. Le rapport à l’image est  en effet, au cœur de la démarche de Jonathan Glazer qui convie le spectateur à se laisser entraîner hors des sentiers battus pour se  voir proposer  d’ entrer dans une perception autre de l’espace et de l’imaginaire qui le remplit. A cet égard les séquences étonnantes de mutations de peaux, comme ces espaces blancs ou noirs dans lesquels se jouent des rituels de (re) naissance ou mortifères, sont significatives de cette volonté d’inviter le spectateur à s’y laisser happer et à y croire. A se confondre avec la fiction proposée.

Scarlett  Johansson   , en quête de  proies
Scarlett Johansson , en quête de proies

Cette adhésion acquise,  entretient à la fois le mystère et les émotions qu’il suscite , en même temps que les touches impressionnistes et le réalisme qui se glissent au cœur du fantastique, renforcent les pulsions de désir (et de mort ) obsessionnelles que la beauté formelle de la mise en scène magnifie. Avant que la donne ne bascule et que la prédatrice ne prenne conscience de sa propre étrangeté ( la belle scène du miroir ) au monde qu’elle a investi, au contact de l’ homme exclu pour sa difformité. La conscience troublée et la découverte de ce que la réalité d’une enveloppe peut cacher renvoyée par le miroir dont le film se fait le reflet, est encore une des magnifiques idées du film. On y retrouve le thème cher à Jean Cocteau de la beauté et de la bestialité ( La Belle et la Bête ), traité ici avec cette forme de radicalité poétique qui offre un étrange écho par l’abstraction des formes ( l’oeil , la matière , les espaces, les voix, les motifs et les formes…) par lesquelles, l’auteur nous entraîne dans l’exploration des obsessions de l’âme humaine dont il sonde les abîmes.

Scarlett  Johansson , plongée  au coeur de  la  ville  et de la  foule
Scarlett Johansson  la prédatrice , plongée au coeur de la ville et de la foule

On a souligné la nature expérimentale de la mise en scène , il faut aussi souligner les éléments sur lesquels elle joue sa partition et trouve ceux qui lui permettent de l’enrichir. Le travail sur un bande sonore à la fois impressionniste et expressionniste utilisant les bruits du quotidien de la ville ou de la campagne auxquels s’ajoutent ceux d’une composition musicale ( Signée Mica Levi) qui multiplie les stridences de toutes sortes et les sonorités répétitives, lancinantes et obsédantes. Le travail sur les cadrages , les lumières, et surtout,  sur les formes qui offrent,  à  la dimension fantastique aux obsessions qui l’accompagnent  l’ampleur nécessaire par leur rendu . De même que travail impressionniste sur les éléments du réel qui viennent se greffer sur le parcours de la prédatrice dont se fait doublement écho le cinéaste par ses choix. Le choix voulu  ( à la Bresson ) , de comédiens amateurs afin d’apporter la touche de l’imprévu et de la surprise dans la confrontation avec la Comédienne Scarlett Johansson pour renforcer le mystère des rapports prédatrice- victimes . Le choix, dans la transcription du rapport à la ville par celle-ci   avec l’utilisation de caméras cachées ( la scène où elle est victime d’un malaise en pleine rue et secourue par les passants ) afin de restituer l’authenticité des séquences . Et , dans celles qui se déroulant hors de hors de la ville , le superbe travail dans la manière de capter la fureur des éléments ( la scène à la mer ) , du temps , des lumières   ( le soleil , le brouillard, la neige, les couleurs de la nature ) dans les séquences à la campagne et dans la forêt .

Ma  prédatrice au contact de  la chair
La prédatrice au contact de la chair

On vous invite donc à vous laisser entraîner à la curiosité de la découverte de ce film expérimental et original dont  la distribution nous offre – trop  rarement-  la surprise d’une belle liberté d’expression  qui  reste  vivante malgré les blockbusters qui occupent l’espace  (  les  écrans ) et y  règnent en maîtres. De temps en temps, respirer un air différent sur les chemins de traverse , ça peut pas faire de mal …

(Etienne Ballérini)

UNDER THE SKIN de Jonathan Glazer – 2014-
Avec : Scarlett Johansson, Jeremy McWilliams, Paul Brannigan et des comédiens non
Professionnels
-Scénario : Walter Campbell et Jonatha Glazer d’après le Roman de Michael Faber

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