Cinema / PALERME de Emma Dante

PALERME de Emma Dante

Premiers pas au cinéma de la femme de théâtre et dramaturge italienne avec l’ adaptation de sa  pièce  sur deux femmes obstinées au volant de leur voiture,  refusant de céder la priorité à l’autre. Récit en forme de métaphore emblématique d’une société italienne au bord de la rupture. Comédie et charge satirique au rendez-vous de ce « western Palermitain » salué par la presse italienne au Festival de Venise 2013.

l'Affiche  Italienne  du  film
l’Affiche Italienne du film

En Italie Emma Dante est devenue une figure incontournable du théâtre par ses créations et ses écrits qui ont pour cadre sa Sicile natale ( elle est née à Palerme en 1967 ) qui avec sa «  compania sud occidentale » ( Compagnie sud Occidentale ) crée en I999 s’est consacrée à proposer « théâtre social » ancré dans la réalité Sicilienne dont les dialogues des spectacles utilisent la langue . C’est dans cette direction qu’elle s’est investie après avoir acquis une formation théâtrale ( Rome , Turin) qui lui a permis de visiter les textes des grands classiques et ceux des auteurs Italiens, Pirandello ou Dario Fo . C’est un théâtre de « dénonciation sociale » qu’elle revendique «  mon théâtre a pour but de dénoncer les incivilités du monde » , dit-elle. Et c’est bien ce que l’on retrouve ici dans sa première incursion dans la mise en scène de Cinéma pour y adapter sa pièce «  Via Castellana Bandiera » , exploration jusqu’au-boutiste d’une situation absurde d’entêtement de deux femmes accrochées à leur principes. Situation de blocage où les réactions de habitants du quartier vont devenir le miroir révélateur de ces « incivilités » dont la dramaturge fait de ce  « duel » muet qui se consume dans la violence intimes de leurs regards », le reflet d’ une situation de blocage dont l’étroitesse de la rue dans laquelle il se déroule, est révélateur de l’impasse dans laquelle, la vie sociale se réfugie dans le repli sur soi .

Emma  Dante  et Alba  Rorhwacher
Emma Dante et Alba Rorhwacher

La force du récit et du film est là dans le choix d’analyser, au long des multiples accrocs qui viennent s’y greffer et les réactions qu’ils suscitent. Dans les réflexes collectifs déclenchés, en même temps que dans la façon de proposer l’introspection intime des raisons qui poussent les deux protagonistes à une telle obstination. Et le miracle de la mise en scène c’est de les faire sourdre en forme d’état des lieux en utilisant les éléments et les codes de la tradition Italienne de la « comedia dell’Arte » dont la mise en scène s’habille des habits et d’un regard qui se fait tour à tour contemplatif ( les scènes d’attente  et des réactions de l’autre …) , puis tout à coup est dynamité par le mouvement tentant de capter l’hystérie collective ( les réactions des habitants du quartier ), et enfin , se glissant dans l’intimité ( le deuil de la vieille dame, le relationnel conflictuel des deux femmes qui lui font face ) des protagonistes afin d’en percer les secrets. Habilement la mise en scène  élargit son espace avec les références cinématographiques à la tradition de la Comédie Italienne , on pense notamment, à Ettore Scola et son Affreux , sales et méchants. Mais il y a aussi la référence à un autre genre du cinéma Italien que la cinéaste , « glisse » ( à la manière de Tarantino) dans sa mise en scène pour offrir au « duel » des deux entêtées , la dimension d’un «  Western Palermitain » ( la belle séquence dans la nuit et la rue déserte où les deux protagonistes sorties de leur voiture se défient et se font face ) que les critiques italiens n’ont pas manquer de relever , lors de la projection du film au Festival de Venise.

Elena Cotta
Elena Cotta

C’est donc dans le microcosme de cette rue étroite , Via Castellana Bandiera , d’un quartier populaire de Palerme que les deux femmes Rosa ( Emma Dante, aussi devant la caméra ) et Samira ( Elena Cotta ) vont se rencontrer et se livrer un « duel » impitoyable aux  accents de  tragédie  grecque  . Partie de Rome avec sa compagne  ( Alba Rorwacher) pour se rendre à un mariage auquel cette dernière est invitée, Rosa qui n’était pas très disposée à s’y rendre , multiplie les détours dans les rues de Palerme pour retarder le rendez-vous, et va se retrouver face a Samira accompagnée de sa famille qui rentre chez elle . Samira  qui refuse de faire marche arrière pour laisser la passage à Rosa pourtant engagée avant elle dans la ruelle … les caractères obstinés de l’une et l’autre déclinés d’entrée de jeu et affinés en cours de récit pour,  un  « bras de fer » qui en fait les protagonistes emblématiques d’une société italienne bloquée – elle aussi – dans une impasse . Une société dans laquelle on préfère camper sur ses positions et ne pas céder le moindre espace à l’autre. Affrontements de toutes sortes se déclinent : oppositions régionales , culturelles et ( ou ) sociales , rejet de l’autre et des modèles ( société patriarcale et refus de la permissivité des différences ), replis, violences et rapports de forces . Emma Dante surfe, y compris sur les clichés ( la famille mafieuse sicilienne),  pour mettre à jour les dangers des relents d’incivisme qui amplifient les solitudes.

La scène de  tentaiive de  conciliation des  femmes   du quartier
La scène de tentaiive de conciliation des femmes du quartier

La manière dont est détourné le « duel » des deux femmes de la tragique réalité qu’il reflète pour le transformer en un jeu ( de société ) de paris sur « celle qui va céder à l’autre » , est significatif de cette sorte d’inconscience aveugle , qui ne fait qu’amplifier le désastre . A cet égard la belle et longue séquence finale  en plan fixe, des habitants  qui envahissent la ruelle pour s’en aller, en voyeurs, contempler le spectacle apporte une note poétique libératrice , scandée par la belle partition sonore et la chanson  «  cumu è sula la strada » de l’album « Bella Maria » , signée par les frères Mancuso , est de toute beauté.

(Etienne Ballérini)

PALERME de Emma Dante – 2013 – Sélection Mostra de Venise 2013-
Avec : Emma Dante , Alba Rorhwacher, Elena Cotta , Renato Malfati, Dario Cassarolo…

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Un commentaire

  1. […] Cinema / PALERME de Emma DanteciaovivalaculturePremiers pas au cinéma de la femme de théâtre et dramaturge italienne avec l' adaptation de sa pièce sur deux femmes obstinées au volant de leur voiture, refusant de céder la priorité à l'autre. Récit en forme de métaphore emblématique d'une société …Huis clos de rue et impasse humaineL’Alsace.fr2 autres articles » […]

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