Cinéma / LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA de Isao Takahata

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA de Isao Takahata.

Le réalisateur du mythique Tombeau des Lucioles , nous offre après 14 ans de silence  l’adaptation de  la célèbre légende Japonaise qui a traversé les siècles . Dessins au pinceau , poésie et mélodrame, mélancolie et affranchissement impossible , conte et légende éternelle , hymne à la nature et à la création . Les thèmes chers au cinéaste sont au rendez-vous de son nouveau film en forme de chef d’oeuvre. A voir absolument …

l' Affiche  du  film.
l’ Affiche du film.

C’est une vielle légende du X ème Siécle qui s’est transmise par voie orale et qui est parvenue jusqu’aux jeunes des nouvelles générations . Pour le Cinéaste Japonais l’histoire du parcours de la petite princesse Kaguya, reflète un « lien » très fort dans ce qu’elle traduit d’une certaine continuité dans la représentation de la tradition artistique par la tradition orale, et le dessin, qui la complète . Mais également, au delà des formes calligraphiques (  Pinceau , aquarelle ..) , par ce qu’il révèle comme éléments essentiels du rapport , au fil des siècles , des japonais avec la nature et la ville . En ajoutant – en filigrane du parcours et de l’ascension sociale décidée par les parents de la petite fille -à la perte de l’innocence – la soumission à l’emprise des codes moraux et sociaux de la classe ( Aristocratie ) dominante. Le conte distille sa poésie et sa magie dans le sillage des expériences de la petite fille qui grandit dans la découverte des espaces naturels et d’une vie qui s’y construit en harmonie , puis , soumise aux contraintes d’ ambitions parentales qui la dépassent . De la poésie à la gravité, empreinte de ce questionnement qui taraude toute l’oeuvre du cinéaste , sur cette symbolique dont se faisait écho le Tombeau des lucioles  (1989) ,  ces petites bestioles lumineuses à la vie fugace, qui ouvraient l’espace des possibles  au  jeunes enfants  perdus ,  au cœur de la tragédie de la guerre.

l'éclosion de  la petite  princesse  de  Bambou
l’éclosion de la petite princesse de Bambou

On les retrouve ici , tout au long du conte de cette petite fille sortie d’une jeune pousse de bambou que va découvrir dans la forêt le vieux coupeur , Okina , qui n’en revient pas … et qui l’amène dans sa maison campagnarde où elle va grandir entourée d’affection . Et le petite poupée de Bambou va brûler les étapes ( vous verrez comment..) pour devenir une petite adolescente qui va , avec ses jeunes voisins qui ne manquent pas d’être attirés par sa différence , se laisser porter aux mille plaisirs d’une nature dans laquelle elle se laisse aller à la curiosité ( et aux joies) de la découverte des animaux et des saisons qui s’écoulent avec les surprises des sensations qu’elle procure d’une sorte d’harmonie et de liberté que célèbrent en cœur les magnifiques traits et couleurs des dessins des collaborateurs               ( Hisaischi Joe, Kasua Oga et Osamu Tanabe ) du cinéaste et de sa mise en scène inventive avec ses envolées lyriques et festives .Mais voilà que le parents de la petite , qui comme beaucopu de parents , rêvent de la voir devenir Princesse et qui , à la faveur d’un étrange message divin (?) agrémenté d’une belle somme d’argent , vont vouloir réaliser leur rêve de la voir devenir princesse et lui aménager, un luxueux Palais dans la Capitale .

Kaguya   a la découverte de  la nature
Kaguya  et se  copains ,  à la découverte de la nature

Education de Princesse et volonté d’acquérir le rang aristocratique de la noblesse qui guide la volonté d’un père devenu très ambitieux qui veut la marier et en appelle aux plus hauts dignitaires qui ne maquent pas de se précipiter en prétendants ( y compris l’empereur lui- même …) irrépressiblement attirés par la réputation qui a fait son chemin sur la beauté de cette dernière . Mais sont-ils prêts à tenir les promesse faites à la princesse ?. Celle-ci , rebelle à la nouvelle vie qu’on veut lui imposer, va mettre la barre très haut . Le suspense est à son comble …Kaguya va-t-elle céder au mirage du bonheur aristocratique factice … le minuscule jardin japonais réplique de cette nature dans laquelle elle a vécu heureuse jadis , est-il suffisant ? . A l’évidence Kaguya n’est pas heureuse , comme le montre cette magnifique scène du rêve d’évasion où la fulgurance des traits et des mouvements d’une envolée libératrice vers le bonheur enfui ,  une des plus belles  scènes du film à la fois par son traitement calligraphique en même temps que par ce que, celui-ci, traduit de l’urgence d’un désir de s’affranchir de cette prison dorée dans laquelle notre princesse se morfond .

 la princesse s'ennuie dans  son palais
la princesse s’ennuie dans son palais
La princesse dans  Palais entouré des  domestiques qui    lui  font revêtir  ses   habits  d'apparat
La princesse ,   entourée des domestiques qui lui font revêtir ses habits d’apparat

Et avec elle,  Isao Takahata refuse aussi de se morfondre dans cet univers de dorures et d’apparat qu’il remplit de surcharges à l’image de ces habits dont la princesse se défait avec un  malin  plaisir , de la même manière qu’elle refusera de se plier à toutes ces mascarades ( dents peintes et sourcils épilés, rideau la dissimulant de regard des visiteurs… ) représentatives d’une caste qui se réfugie derrières ses codes sociaux et moraux. Isao Takahata a fait lui aussi son choix en trouvant les tonalités et la rythmique d’une mise en scène qui laisse sourdre au cœur de l’enfermement, le désir d’évasion de sa princesse . Un désir qu’il remplit de toutes les couleurs et possibilités de sa palette et surtout des traits des desssins qui se libèrent des carcans pour s’envoler vers d’autres horizons , trouvant tour à tour les tonalités de la provocation , de la fantaisie , de l’ironie, de la la satire et de la comédie , ou encore, de la poésie qui embrasse la tonalité du mélodrame dans un final merveilleux dont le conte se fait l’écho.

Le  Cortège des  prétendants
Le Cortège des prétendants

C’est tout simplement confondant .Tant par la magie et la beauté des dessins et de la mise en scène qui l’accompagne, avec laquelle Isao Takahata sait vous entraîner dans la féerie d’un conte pour enfants     ( ils vont se régaler …) dans lequel, adultes , on se laisse embarquer avec un plaisir non dissimulé et qu’il serait hypocrite de dire qu’il n’est pas partagé !. C’est tout simplement celà, la magie du grand cinéma qui sait traduire le merveilleux du divertissement et le remplir.( l’habiller ) de cette profondeur  humaine nécessaire explorant à la fois les sentiments , les émotions , les ambitions ou les regrets et les choix auxquels chacun est confronté tout au long , du long chemin de la vie.

(Etienne Ballérini)

LE  CONTE  DE  LA  PRINCESSE  KAGUYA-  2014-  inspiré d’une  légende  Japonaise  du  X éme siècle .                                                                                                                                              Scénario de   Isao  Takahata  et  Riko  Sakagushi .                                                                                     Compositeur :  Joe  Hisahischi                                                                                                                      Production : Studios  Ghibli  (  Japon )

 

 

 

 

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