Cinéma / AU FIL D’ARIANE de Robert Guédiguian

AU FIL D’ARIANE de Robert Guédiguian.

Pour son Dix-Huitième film, le réalisateur de Marius et Jeannette, s’offre une fantaisie en forme de parenthèse enchantée dans le sillage de sa « muse », Ariane Ascaride qui , laissée seule le jour de son anniversaire, va se lancer dans une escapade parsemée de rencontres et d’envolées lyriques vers un pays des Merveilles où elle tente de réinventer le rêve d’une fraternité Universelle…

l ' Affiche  du  Film.
l ‘ Affiche du Film.

Elle prépare méticuleusement dans sa cuisine les plats et surtout le magnifique gâteau d’anniversaire destiné à être le « clou » de la soirée qui se profile où ses enfants et amis viendront pour souffler ses cinquante bougies . Mais voilà, de coup de fils en messages d’excuses accompagnant les bouquets de fleurs, elle se retrouve seule et bien triste.
Afin de ne pas sombrer dans la déprime , un bon coup de fouet… et l’on sort de sa tanière pour se changer les idées. «  alors, elle prend sa jolie voiture et quitte sa jolie banlieue pour aller s’encanailler dans la grande ville… » , dit en note d’intention , le conteur Robert Guédiguian qui propose nous laisser aller , avec lui «  du côté de la fantaisie , du rêve , du non-sens … » . Et cette fantaisie, il nous la propose en parfaite continuité avec l’univers qu’on lui connaît et qu’il « habille » cette fois-ci d’un légèreté et d’une liberté de ton jubilatoire qui lui permet à la fois de se parodier , en même temps que de laisser libre cours à toutes les références et citations en forme d’hommage aux artistes qu’il admire et l’ont accompagné dans la vie, en même temps qu’ils ont nourri son cinéma . Comme une parenthèse enchantée ouverte à tous les possibles s’enrichissant au contact des différences et s’ouvrant à de nouveaux horizons, sous la houlette d’une Ariane qui « exagère , qui extravague » , comme aime le dire le cinéaste .

Adrien Jolivet , Ariane  Ascaride
Adrien Jolivet , Ariane Ascaride

Alors le secret de goûter au mieux son nouveau film, c’est de se laisser aller et emporter à son rythme, y compris dans ses hésitations , pour apprécier toute la saveur d’une déambulation où les propositions qui sont faites se font le miroir révélateur de notre disponibilité à entrer dans le jeu , comme le propose le cinéaste en forme de défi «  il y avait l’envie de lâcher prise, tout simplement de jouer un jeu sans enjeu… le scénario devait être une machine à jouer pour les acteurs, les techniciens, et bien sûr, pour moi-même » , dit-il . Il faudrait , ajouter : et pour le spectateur. Dès lors, vous serez prêts à y voir le cinéaste confier ici avec une sincérité émouvante toute son admiration à ces artistes qui « depuis toujours » , ont compté pour lui . Et il le fait de belle manière en y invitant chacun et en faisant appel aux références qui sont liées à leurs œuvres ou parcours. On soulignera d’emblée l’hommage-cadeau exceptionnel à celle , Ariane , dont «  la muse » qu’elle a été et qu’elle est toujours , a inspiré et nourri toute la filmographie du cinéaste depuis le début ( Dernier été / 1981 ) . Et qui est – ici – le fil conducteur d’une fantaisie inventée pour elle . Elle , « sa môme , qui n’est pas une starlette », et à qui il emprunte les mots des poètes pour lui dire publiquement «  que serais-je sans toi ? » . Une émouvante déclaration d’amour qu’il prolonge ( quand on est militant on ne se refait pas…) , en l’ouvrant à une dimension politique « la femme  est  l’avenir de  l’homme  » , comme le dit Aragon chanté par Jean Ferrat .

Ariane  Ascaride  , Jacques  Boudet
Ariane Ascaride , Jacques Boudet

D’ailleurs la référence à la musique ( et la chanson ) est omniprésente dès le début du film et elle sert aussi de guide à l’histoire , aux rencontres. Celles du restaurant du bord de mer ( celui de A la Vie à La Mort ) tenu par Gérard Meylan, fan de Jean Ferrat, qu’il impose comme unique bande sonore de son local , devenu sanctuaire du chanteur . Mais il y a celle , aussi , de Rachid Taha qui fait sortir les gens de leur voiture et danser dans la rue . Celle de la musique d’opéra «  la donna è mobile » ou des classiques « la truite » de Schubert et jusqu’à Kurt Weil et Bertold Brecht ( le spectacle final ) . Cette musique qui accompagna aussi , la vie d’artiste de variété légère que fut la mère d’Ariane, trop tôt disparue. Et viennent s’intégrer au fil des rencontres et pérégrinations , les références littéraires ( Sarte), théâtrales ( Tchéckhov ) , cinématographiques ( Pasolini , fellini. , Carné ..) qu’on vous laisse découvrir . Et qui se greffent aux lieux et ( ou ) aux rencontres d’Ariane au long d’un parcours parfois semé d’embûches   ( le vol de son sac, sa voiture à la fourrière ), qui la font se révolter , et puis, aussitôt se consacrer  aux tracas des autres et jouer « les anges gardiens » , ou les bons samaritains pour les aider à sortir de leurs impasses. Impasse amoureuse pour le fils ( Adrien Jolivet ) du restaurateur ; mal du pays pour le vendeur ambulant ( Youssouf Djaoro ) , ou tracas de chauffeur de taxi également et metteur en scène de théâtre ( Jean -Pierre Darroussin ). Sur fond de tempêtes et de lieux remplis d’histoire ( musée d’histoire naturelle , théâtre antique, l’île de  Frioul…  ) il y a ces tentatives d’utopie renaissante venue hanter les lieux – refuges d’un bonheur ( à jamais ? ) perdu .

Gérard  Meylan
Gérard Meylan

Robert Guédiguian les investis de son cinéma auquel la forme déambulatoire offre une dimension ludique nouvelle à son cinéma , qui, s’il continue à fonctionner en troupe avec ses habitués ( Darroussin , Meylan , Ascaride , Bourdet …), s’ouvre depuis quelques films, également à des figures nouvelles de jeunes comédiens ( ici , Anaïs Demoustier , Adrien Jolivet et Lola Neymark ) , où à la collaboration à l’écriture ( du scénario ) , avec le dramaturge Serge Valetti .

(Etienne Ballérini)

AU FIL D’ARIANE de Robert Guédiguian -2014-
Avec: Ariane Ascaride, Jacques Boudet, Jean Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier ,
Adrien Jolivet , Youssouf Djaoro, Gérard Meylan , Lola Neymark…

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