En juin les saltimbanques sont dans la rue

Cie Bilbobasso, POLAR 2

Cie Bilbobasso, Polar

Avec les jours qui rallongent et les soirées qui deviennent plus chaudes, l’envie de ballades, en fin de journée bras dessus bras dessous sur son boulevard ou sa rue principale, prend toute son importance car c’est au même moment que les saltimbanques choisissent de montrer leur savoir faire. Jongleurs, acrobates, conteurs, bonimenteurs, cracheurs de feu…nous proposent de nous arrêter un moment, les rues et les places deviennent leurs scènes.

 Les filles du 2ème

Les filles du 2èm

Les divertissements dans la rue ne datent pas d’aujourd’hui, au Moyen Age déjà, les spectacles artistiques en tous genres enthousiasmaient la population, elle attendait aussi de ces comédiens des parodies qui mettaient en scène les dirigeants, en montrant leurs abus dans l’exercice du pouvoir, c’est le moment de la contestation par la voix de concitoyens qui peuvent faire passer leurs messages sous le signe de la caricature, les spectacles étant censés ne pas représenter la réalité…c’est pour rire ! Au fil des années, il y aura des hauts et des bas avec des interdictions, des reprises en main par des municipalités, le théâtre dans la rue aura par période des heures difficiles mais aussi ses grands moments ouverts à la politique contestataire . Le metteur en scène Jacques Livchine (1) très branché sur les arts de la Rue, écrit dans un livre sur le sujet où il évoque quelques exemples, comme en 1965 avec les manifestations contre la guerre du Vietnam et le spectacle donné a New York par Peter Schuman qui utilisa des marionnettes géantes ou encore en France en 1968 avec Jean Vilar qui invita le Living Theater en Avignon afin de demander la gratuité des spectacles. Depuis, le théâtre de la rue s’est radouci et le professionnalisme des artistes s’est considérablement amélioré, de nombreuses compagnies ne jouent pas qu’en saison estivale, ils ont un pied à terre dans leur ville et pour les spectacles dans la rue, ils font preuve côté technique d’une grande imagination, ils savent utiliser une place, une rue ou une cour d’école, ils s’adaptent spécialement pour cette saison d’été en utilisant les infrastructures que leur proposent les villes et les villages.

les cliquets

Les Cliquets

Pour le début de cette saison dans les Alpes Maritimes, ce sont les Déantibulations (2) d’Antibes qui ouvrent la fête, une manifestation organisée par l’association A.C.L.A (Association Culture Loisirs Antibes) présidée par Olivier Riouffe aidé par une trentaine de bénévoles « c’est toujours pour moi une grande joie quand arrive le premier jour du festival, après des jours et des jours de travail où les complications techniques arrivent, où les imprévus surviennent, avec la panique d’une mauvaise météo, on a l’impression que l’on peut souffler…un peu » Pour cette onzième manifestation, ce sont une vingtaine de spectacles et une cinquantaine de représentations sur treize lieux différents qui sont offerts avec une affiche très alléchante, de nombreuses compagnies désirent de plus en plus venir se produire à Antibes, notamment celles de l’étranger. Il faut rappeler que les spectacles de rue ont désormais une belle assise culturelle avec des Centres Nationaux de formation aux quatre coins de la France, ce qui permet à une trentaine de troupes de vivre de leur métier et de leur passion. Olivier Riouffe en connaît de nombreuses, quand son métier d’enseignant le lui permet, il part à la découverte de nouveaux spectacles « vous savez, c’est souvent le coup de cœur qui prévaut mais aussi, il faut penser dans quelles conditions de lieux je peux accueillir la troupe car désormais, les comédiens affichent une telle technicité dans les représentations qu’il n’est pas évident de recevoir une compagnie de cirque dans un endroit trop petit ou des comédiens à texte dans un autre trop bruyant…et puis faire un programme, c’est essayer de contenter un large public et pour cela , il faut de la diversité et cette année, notre festival acquiert une nouvelle reconnaissance en effet le nouveau théâtre de la ville Anthea a voulu nous accueillir pour deux spectacles, l’un dans l’atrium et l’autre sur l’immense esplanade , ce qui fait que le public habituel du théâtre pourra découvrir pour certains d’entre eux ce que font d’autres comédiens, un même métier bien sur mais exercé dans des conditions de travail bien différentes ».

 

tadem

Post Scriptum

Il serait trop long d’énumérer tous les spectacles qui vont se produire pendant quatre jours, pour n’en citer que quelques uns : la Compagnie Bilbobasso basée dans le Doubs qui présentera un superbe numéro où vont se mêler l’art du feu, de la danse, du chant et des exercices de jonglerie et de cirque. La diversité dont parlait Olivier Riouffe est proposé par la troupe du Nord de la France, Le Fardeau, un couple essaye de construire une machine, semble-t-il à l’aide d’objets de récupération mais chaque geste est acrobatique et le résultat sera incertain, toujours dans ce style un spectacle qui est présenté par la Cie Les Baigneurs de Haute Garonne, 25 minutes autour d’une chaise. Un spectacle innovant avec les espagnols de la Cie Terron où se mélangent du théâtre d’ombres, du cinéma, de la chorégraphie pour une succession de tableaux animés entre ombre et lumière.

post scriptum

Tadem

Les Déantibulations n’en seraient pas vraiment sans la présence de musiciens ou de bonnimenteurs qui exercent leurs talents en suivant le fil rouge qui relient les lieux de représentations avec les percussions des Alpes Maritimes Tumaraka, la Cie de l’Arpette et les joyeux troubadours de la troupe Ciao Basta. Si en général, ce sont les rues et les places qui sont attribuées aux comédiens, l’un d’eux n’a pas hésité, il a ajouté une autre difficulté, il dansera seulement sur les marches de la place Marvejol, danseur de la Cie Antipode, il a choisi son thème le Solo du Libre- Danseur. Il est intéressant de terminer cette évocation du théâtre de rue avec toujours l’écrivain Jacques Livchine « qu’est ce que ces groupes ont en commun ? Ils veulent se réapproprier les espaces publics et s’adresser directement à une population, ils refusent « le public de théâtre » ils veulent jouer dehors parce que dedans, il fait froid »

 

Jean Pierre Lamouroux

 

(1)   Dans les rues d’Antibes du 12 au 15 juin, le programme est disponible dans tous les offices de tourisme et tous les spectacles sont gratuits.

(2)   Histoire express et subjective du Théâtre de Rue

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