The Tribe, Grand Prix de la Semaine de la critique

The Tribe, le film choc de la Semaine de la Critique, rafle le Grand Prix et le Prix Découverte. 

 

The Tribe de Myroslav Slaboshpytskiy a secoué le public comme il avait secoué le comité de sélection. Une tribu qui ressemblerait à celle de « Los Ovidados » transposée en Ukraine ou à « La Ciudad de los Perros » de Vargas Llosa, à la seule différence qu’il s’agit ici d’une institution pour sourds-muets.

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Le film a donc entièrement été réalisé en langue des signes, il nous est présenté sans sous-titres et sans voix off, sans musique, avec la seule présence sonore des bruits ambiants. C’est évidemment un choc pour les « entendants, c’est à dire pour la majorité du public de cinéma qui va demeurer dans cet état de choc, comme sous hypnose, tout le long du film.

Car ce qui nous est donné à voir est terriblement âpre. La vie de ces jeunes gens dans et hors les murs se déroule dans une tension extrême, qui est celle de la survie de tous les instants. Tous les trafics sont bons, tous les coups tordus sont bienvenus pourvu qu’ils permettent de se maintenir quelques millimètres au-dessus de la ligne de flottaison.

Le réalisateur Myroslav Slaboshpytskiy
Le réalisateur Myroslav Slaboshpytskiy

Dans cet étrange pensionnat où l’on ne voit jamais aucun gardien, c’est évidemment la loi du plus fort qui règne, la hiérarchie entre les pensionnaires est féroce et ne fait pas partie de la tribu qui veut. Il va de soit qu’il faut faire ses preuves (cf la scène du combat du nouveau venu à trois contre un). D’ailleurs, mis à part les toutes premières scènes d’introduction, le réalisateur choisit de ne pas montrer les cours ou les professeurs ( dont certains participent d’ailleurs à cette économie du trafic), mais bien plutôt la « vraie » vie qui occupe vraiment nos protagonistes : vols à la tire dans les trains, contre-bande d’ alcool et de cigarettes, prostitution : la violence est omniprésente. Certaines scènes sont insoutenables : la baise dans les camions avec les routiers ou plus encore celle de l’avortement chez une faiseuse d’ange, dont rien ne nous sera épargné.

Le film est tourné en longs plans séquence qui permettent de laisser du champ à cette gestuelle si particulière de la langue des signes qui s’exprime en réalité par tout le corps. Ce qui est tout à fait étonnant pour le spectateur qui ne maîtrise pas cette langue, c’est à quel point rien de lui échappe de ce qu’il voit à l’écran. A plusieurs reprises, il est même facile d’anticiper le tour que va prendre le scénario ( serait-ce- un excès de lisibilité de ce côté -là ?). En tout cas, l’attention à l’image est bien évidemment accrue et doit nécessairement se maintenir intacte pendant tout le film. Et ça marche!

L’existence de la bande-son pose question. Les protagonistes ne l’entendent pas, elle nous est donc entièrement destinée. Le réalisateur a-t-il pensé que son film risquait d’être totalement insoutenable pour les « entendants » s’ils ne pouvaient au moins se raccrocher aux bruits familiers de leur vie de tous les jours ? Or cette bande-son est très travaillée, les bruits de pas qui résonnent dans les couloirs, les portes qui grincent ou qui claquent sont souvent amplifiés et contribuent d’ailleurs grandement à la montée de la tension au fur et à mesure que le film gagne en intensité dramatique. La distance instaurée ainsi entre les personnages et les spectateurs, distance qui nous est entièrement imposée, nous place dans une position de voyeur qui rend la vision du film encore plus difficile.

 

03_PlemyaDans cet univers très noir, seul Sergey, le dernier arrivé, semble encore capable de s’émouvoir. Ses rapports avec une des jeunes pensionnaires qui se prostitue sont à la fois très terre à terre et empreints d’une étrange douceur dans un monde où l’on ne voit pas comment celle-ci pourrait s’épanouir, ni même comment elle pourrait être partagée. Le réalisateur a l’habileté de laisser planer une légère ambiguïté quant à la réaction de la jeune fille vis à vis de Sergey qui ne veut pas bien plus que du sexe tarifé, mais l’attrait du visa pour l’Italie est bien évidemment sans commune mesure avec les quelques cadeaux ou même l’argent que Sergey peut voler pour elle.

La fin sera terrible, à la hauteur de tout ce que nous avons vu jusque là, en une scène relativement brève et implacable. No future en ukrainien en quelque sorte.

Les différents jurys de la Semaine de la Critique ont été séduits par le choix de mise en scène radical de ce jeune réalisateur qui repart à la fois avec le Grand Prix de la SIC et le Prix Découverte.

 

Josiane Scoleri

 

 

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