Cinéma / Journal de CANNES No 10

Journal de CANNES No 10.

En Lice pour les deux derniers films en compétition , Le Français Olivier Assayas avec Sils Maria évoque le processus de création , autour de deux personnages féminins dont la différence d’âge  est  au centre de  l’intrigue d’ une pièce de théâtre évoquant une liaison dominatrice. Tandis que le film du Cinéaste Russe Andreï Zviaguintsev, Léviathan , autour des déboires d’un homme qui va être spolié de sa maison , fustige la corruption à tous les niveaux du pouvoir  en Russie .  Dans les deux cas ambiance envoûtante et élégance de la mise en scène .                                                       Avec White God,  le Hongrois Kornel Mundruczo  construit  un conte visionnaire sur la maltraitance et le commerce illégal des chiens pour des combats clandestins…

Compétition : LEVIATHAN  de Andreï Zviagintsev

Une  scène  de  LEVIATHAN  de  Andreï  Zviagintsev
Une scène de LEVIATHAN de Andreï Zviagintsev

Le cinéaste Russe Révélé à Venise avec Le Retour (2003 , Lion d’or ) s’est construit en cinq films une belle réputation internationale avec son regard qui s’inscrit dans la continuité d’un Tarkovski dont on retrouve l’influence dans la mise en scène mais aussi dans  l’approche de l’âme Russe et plus généralement de la condition Humaine. Le Bannissement ( 2007 ) et Elena (2011 ) présentés respectivement en compétition et à Un Certain Regard , ont confirmé aussi  un Univers personnel qui dans l’approche des individus confrontés à des épreuves lui permet d’explorer à la fois les rapports avec l’état et le pouvoir,  y compris celui de l’église . Et la question de la liberté et l’idée de justice qui en découle             » vivre en esclave ou en homme libre  ? « . Une interrogation qui rejaillit , aussi sur le rapport à la foi  et  à Dieu dont on retrouve au travers de la référence du titre Léviathan , faisant écho au philosophe Thomas Hobbes et son Le Léviathan ou le traité de la matière, conceptualisant l’idée de l’ état de nature et du contrat social , et l’idée de refonder un nouvel ordre politique qui eût une influence sur l’émergence du libéralisme . Il y a aussi dans le film la référence au Léviathan faisant référence à la mythologie Phénicienne qui en fait le monstre ( marin) du chaos primitif, auquel la Bible fait également   fait  écho.    On retrouve tout au long du récit et du film, l’écho glissé dans les séquences au long des affrontements des protagonistes , mais aussi , dans la séquence d’ouverture où l’on voit sur le sable de la plage un squelette gigantesque échoué , et dans la séquence finale venant appuyer le verdict , les fortes sonorités musicales annonçant la puissance d’une immense vague de laquelle le Léviathan engendré par l’homme pourrait surgir .
Le cadre ainsi posé de la réflexion politico-philosophique , celui du quotidien et du réel auquel Kolia le héros va être confronté dans la petite ville Portuaire de la mer de Barens située dans le Nord de la Russie . Ce dernier dont le terrain et la maison où il habite , ainsi que le petit garage qui y est adossé, sont convoités  par le maire de la ville pour un projet spéculatif . Kolia, refuse de céder aux pressions aidé par son ami expert et juriste en la matière qui monte un dossier accablant sur la corruption qui est à l’origine de cette manœuvre . Le premier magistrat de la ville sentant venir le danger va employer les grands moyens et la violence , car si l’affaire éclate au grand jour elle pourrait lui coûter son prochain mandat de maire !. Le mécanisme se met en place et la charge est virulente sur un pouvoir gangrèné à tous les niveaux qui va détruire  Kolia non seulement de tout ce qu’il possède , mais également dans sa vie privée !. Une descente aux enfers d’une force fulgurante . Et les popos du cinéaste dans le dossier de presse ne laissent pas de doute «  Nous sommes tous confronté à l’alternative suivante : vivre en esclave ou vivre en homme libre . Si nous pensons qu’il doit bien y avoir un type de régime étatique qui nous libère de ce choix , nous nous fourvoyans totalement », dit-il.

Compétition : SILS MARIA de Olivier Assayas.

une scène de  SILS MARIA  d'Olivier  Assayas
une scène de SILS MARIA d’Olivier Assayas

Le « pitch » ou Synopsis qui nous a été concocté est très simple : A Dix Huit ans Maria Enders a connu le succès au théâtre incarnant Sigrid une jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre , Helena . Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce , mais cette fois-ci de l’autre côté du miroir , dans le rôle d’ Héléna. On pourrait ajouter que sous cette simplicité de l’histoire vient s’ajouter la complexité d’un récit qui ajoute à son thème central de l’approche par une comédienne , le sensible sujet du vieillissement du corps et du passage du temps. .  et qui fait « lien » au travers de la transmission du rôle à une jeune comédienne qui va jouer celui qui , hier , l’avait rendue célèbre. La richesse et la complexité de la réflexion est complétée par celle de la nouvelle approche des personnage par les deux artistes . Exploration et approche intime par les méandres de la fiction et d’une distanciation par l’intrusion de la comédie qui la rend à la fois légère , et , en même temps offre un écho a ce miroir qu’est la perception extérieure d’un métier auquel la résonance médiatique donne une image toute autre. A cet égard le face à face entre les deux comédiennes la Maria d’hier qui devient Héléna ( Juliette Binoche ) et la nouvelle ( Chloé Grace Moretz ) qui prendre le relais de la nouvelle Maria , est remarquablement décrit dans tout ce qui les oppose , et que vient encore, subtilement, mettre en relief la secrétaire ( (Kristen Stewart ) de Maria . Il y a du Eve de Mankiewicz sans doute , mais il y a aussi toute une réflexion et ses thémes adjacents, sur la création . Avec par exemple ce décès soudain de l’auteur qui s’était retiré dans les montagnes , et dont le fantôme va planer constamment sur le nouveau projet , et vient même lui apporter un éclairage nouveau par la lecture qu’en fait le metteur en  scène qui dirigera la nouvelle création de la pièce , à laquelle s’ajoute celle de la jeune comédienne de la nouvelle générationqui lui offre sa  modernité .
Mais c’est aussi le cadre dans lequel les événements se déroulent , celui des montagnes dans lesquelles l’auteur Wilhelm Melchior s’était retiré , qui vont jouer de leur influence à l’image du phénomène nuageux de Malaja , qui venant des montagnes envahit la vallée , comme un immense serpent. Phénomène spectaculaire filmé par Arnold Frank en 1924 que revisite Olivier Assayas qui l’utilise comme reflet-miroir d’un même processus de création . Le mystère naturel de l’un , rejoint dans ses méandres serpentueuses  celui de l’autre,  qui finit par se révéler et se répandre sur la scène la « magie» qui finit par  faire  sourdre  le mystérieux et subtil lien cinématographique entre le passé et le présent . Olivier Assayas a une élégance de mise en scène et une justesse de ton, ici , qui fait mouche et qui éclaire magnifiquement le double mystère et le vertige de la création artistique .

Un Certain regard : WHITE DOG  de  Kornel Mundruczo

Mundruczo
Une scène du film WHITE DOG de Kornel Mundruczo

Le sixiéme long métrage du réalisateur Hongrois qui s’est fait une belle réputation dans les Festivals dont le Delta (2008) qui reçut un accueil critique unanime . C’est aussi un cinéaste dont l’originlité du regard et du traitement , innovant , et parfois choc , ne laisse pas indifférent . Et c’est confirmé à la fois par le traitement et l’originlaité du sujet ici qui nous plonge dans un conte visionnaire où le réel trouve son prolongement dans une réflexion faisant écho à la maltraitance animale qui trouve des échos politiques  , en même temps qu’une dimension aux accents fantastiques .
Une jeune fille , lill , en osmose avec son chien , Hagen, se retrouve confiée par sa mère
à son père qui déteste les chiens,  refuse d’accepter celui de sa fille à la maison et l’abandonne dans la rue… une mesure étatique privilégiant l’élevage des chiens de race , relègue les bâtards aux refuges après avoir étés pourchassés et capturés par les servces d’hygiène qui ne veulent pas les voir trainer dans les rues …c’est ce qui arrive à Hayden qui va réussir à s’échapper mais sera capturé par des trafiquants qui organisent des réseaux de revente en vue de les préparer pour des combats objets de paris clandestins .
Au travers de l’odyssée de Hayden c’est à une charge virulente sur la maltraitance des animaux et son corollaire, l’exploitation par des gens sans scrupules  pour  en faire des bêtes de combat , objet de juteux profits pour des organisations   mafieuses qui ne manquent pas de faire fructifier leur gains , via internet . «  White God m’a été grandement inspiré par les rapports sociaux invraisemblables et de plus en plus hostiles de nos jours (…) à  la place des minorités j’ai choisi des animaux comme le sujet de mon film (…) je raconte donc l’histoire d’une espèce qui était autrefois l’amie de l’homme et que l’homme a trahie »    , dit- il . Et celle-ci va se rebeller contre son maître . Mais , lorsque la fable de la révolte canine bascule dans le fantastique , il refuse de tomber dans la surenchère du cliché qui réduirait à néant son propos  et  propose  un final éblouissant qu’on vous laissera découvrir . Car tenez-vous le pour dit, le sens du récit, du rythme , de la mise en scène et de la réflexion sur certains thèmes qui touchent au rapport homme et animal, le  cinéaste  ajoute  :  » mon intention était de  démontrer  que l’humanité  et les animaux  partagent le même univers. Seulement si nous sommes  capables  de nous  mettre  dans la perspective d’autres  espèces avons- nous les chances de baisser les armes ? » .                                                                        En faisant du chien le symbole de l’éternel marginal pour lequel son maître est un Dieu , il  nous offre un superbe divertissement qui donne à réfléchir, et qui , par l’incroyable direction de nos amis les chiens et un récit palpitant et surprenant , va devenir   sans  aucun doute ,  un film-culte… D’ailleurs on vient d’apprendre que le Jury présidé par Pablo Trapero , lui a décerné son Prix  Un Certain  Regard . On est d’accord …

(Etienne Ballérini )

Les Premiers Prix :

Prix de la critique internationale : Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan

Prix Un certain Regard :
-Grand Prix du Jury : White Dog de Kornel Mundruczo
Prix du Jury : Force Majeure de Ruben Ostlund
Prix spécial du Jury : Le sel de la terre de Wim Wenders et Juliano Ribeiro Salgado
Prix d’ensemble : Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis
Prix du Meilleur acteur : David Gulpilil pour Charlie’s Country de Rof De Heer

Aujour’dhuiLe  Palmarès   Officiel  sera  dévoilà  à  19h30

 

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