Cinéma / Journal de CANNES No 3

JOURNAL DE CANNES No 3.

Une nouvelle journée encore assez sombre au niveau des thèmes abordés par  les cinéastes mais d’une qualité indéniable . En Compétition Atom Egoyan avec Captives interpelle sur les sites internet destinés à attirés les enfants dans la pièges de la pédophilie et autre violences . Avec Winter Sleep Nuri Bilge Ceylan explore les rapports de classes . Tandis que Mathieu Amalric adapte La Chambre Bleue de Simenon et explore le théme des amants criminels avec originalité …

CAPTIVES de Atom Egoyan ( Compétition )

Une scène  de  CAPTIVES  d'Atom Egayan
Une scène de CAPTIVES d’Atom Egayan

Le cinéaste Canadien d’origine Arménienne nous propose avec Captives une nouvelle exploration de ses thèmes favoris et notamment celui des blessure intimes liés a des tragédies comme c’était le cas dans De Beaux lendemains ( 1997 , Grand prix du jury à Cannes ) où un accident de car plongeait les familles des victimes ( des enfants ) confrontés au drame de la perte et à l’acceptation du deuil . Ici , avec Captives , c’est la tragédie d’une famille dont la petite fille a été enlevée par de dangereux malfaiteurs opérant sur Internet et y recrutant leurs futures victimes. Autour de la tragédie vécue par les parents et les recherches faites par la police , le Cinéaste construit un récit palpitant qui dans le sillage des investigations menées par la cellule de Police spécialisée , s’inscrit dans la thématique du polar et de la traque .
Mais le cinéaste, dont on connaît la subtilité d’écriture et de mise en scène , déconstruit totalement le thème du polar pour nous entraîner , par le biais d’une bande sonore musicale qui ne lâche pas le spectateur un seul instant installant un climat inquiétant et oppressant .
Et celui-ci est encore rendu plus opaque par un récit dont les tonalités changent en même temps que l’enquête évolue dont il traduit les incertitudes des fausses pistes que les manipulateurs du réseau inscrivent comme leurres pour échapper à la traque . Mais c’est aussi dans l’étude des personnages , les policiers chargés de démêler la secrets de la toile , et dans la lente descente aux enfers vécue par le couple durant les huit années de souffrances endurées, qu’Atom Egoyan  autour d’une mise en scène en forme de mise en abîme inscrit le suspense fragmenté par des ruptures de temps et d’espace dans lequel s’introduit une voix -off qui , parfois , semble anticiper sur le déroulement des faits . Le mystère et l’insoutenable sont prolongés par une réflexion qui au delà de la dénonciation de ces criminels qui se cachent dans la toile , vient pointer les dangers d’une manipulation à grande échelle des esprits à laquelle elle peut conduire . Le Big Brother sur la toile peut , s’introduire aujourd’hui dans n’importe quel foyer et manipuler les esprits , comment faire face à ces dangers ?, c’est le débat que soulève le film en toile de fond d’une tragédie familiale .

WINTER  SLEEP de Nuri Bilge Ceyla ( Compétition)

Une scène  de  WINTER  SLEEP  de  Nuri Bilge  Ceylan
Une scène de WINTER SLEEP de Nuri Bilge Ceylan

Le cinéaste Turc de Il était une fois en Anatolie ( 2011 , prix du Jury à Cannes ) , nous entraîne encore dans la région centrale de celle-ci et  montagneuse magnifique, où les maisons sont construites au cœur même des roches , comme c’est la cas de cet hôtel magnifique tenu par un ancien Comédien, Aydin , aidé par sa jeune femme et de sa sœur auxquels s’ajoute , une homme à tout faire . C’est avec celui-ci s, Nadal  que  se  rendant au village , sur le chemin un jeune garçon lance une pierre et brise une vitre . Rattrappé et ramené dans sa famille locataire d’une maison appartenant à Aydin  . Autour des excuses demandées , les choses s’enveniment et font apparaître des dissensions autour de loyers impayés. Tandis que l’hiver approche , la vie de l’hôtel s’anime autour des rares clients , et surtout autour de débats qui s’installent sur les sujets de société : comment lutter contre les violences et le mal, et  encore , sur la nécessité de l’entr’aide et ou des actions de charité . Les dissensions sentimentales du couple Aydin se répercutent sur ces sujets de  conversations  , notamment lorsque sa jeune femme lui impose une réunion devant décider une action d’aide et de soutien financier aux écoliers défavorisés. Pris à défaut Aydin va se retrouver confronté à une fronde qui va révéler l’ampleur d’un rejet sur  lequel  même ses amis vont enfin délier la langue ( dans un final époustouflant ) sur son comportement pas toujours en conformité avec des idées dont la prétendue générosité intellectuelle, n’est pas mise en pratique . Sa richesse et sa manière de se comporter se reflète dans un rapport de force et de classes . Nuri Bile Ceylan qui change de style et n’utilise pas les plans séquences , mène par contre un récit très construit et écrit porté par un montage subtil et des cadrages servis par une photographie magnifique que viennent compléter les interprétations des comédiens en état de grâce…

LA CHAMBRE BLEUE de Mathieu Amalric ( Un Certain Regard )

Une  scène de  LA CHAMBRE  BLEUE  de  Mathieu  Amalric
Une scène de LA CHAMBRE BLEUE de Mathieu Amalric

Après le triomphe de Tournée ( 2010, Prix de la Mise en scène à cannes ) , c’est avec curiosité que l’on attendait le nouveau film derrière la caméra du comédien qui adapte ici le romande Georges Simenon , et changeant don de registre et de tonalité . Et c’est une nouvelle fois un bel exercice de style qu’il nous offre , en s’aventurant du côté du Polar avec ses thèmes de l’adultère et de meurtre , avec en toile de fond passion et désir qui conduisent un étrange bal de jeu de rôle où mensonges et rendez-vous secrets adultérins s’inscrivent dans une sorte de rêve où le désir s’insinue comme moteur … et qui va basculer dans la tragédie . Mais de celle-ci l’enquête , les interrogatoires et le procès n’apporteront aucun éclairage qui permette de définir les culpabilités de l’un ou de l’autre , ou des deux «  ils n’ont pas réussi a nous séparer » dira Esther ( Stépahanie Cleau ) à Julien ( Mathieu Amalric ) . C’est de ce mystère qui reste entier pour le spectateur que Mathieu Amalric , dans une beau travail de mise en scène qui s’autorise quelques images inattendues et surprenantes en forme de pause où d’évasion , inscrit au cœur du récit lui aussi déconstruit comme celui d’Atom Egoyan , et dans lequel le suspense revêt les formes d’un cauchemar cérébral où viennent s’insinuer les fantasmes d’une passion-possession qui devient déraison de désir , à moins qu’elle ne mue par d’autres pulsions incontrôlables que les intérréssés eux -mêmes n’arrivent pas à maîtriser , si l’on s’en se réfère à certaines expressions de Julien qui semble perdu dans le brouillard …
(Etienen Ballérini )

Aujourd’hui ,
En compétition :
Saint Laurent de Bertrand Bonello et Relatos Salvages de Damian Szifron
Section un Certain regard :
Run de Philippe Lacôte et The disappearence of Eleanor Rigby  de  Ned  Benson

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