Cinéma / AU NOM DU FILS de Vincent Lanoo

AU NOM DU FILS de Vincent Lanoo.

Le Cinéaste Belge qui s’inscrit dans la lignée d’un certain cinéma provocateur qui distille satire, pastiche , farce et humour noir… s’attaque ici à la religion , sujet tabou s’il en est d’autant qu’il met le pied dans le plat en tirant , littéralement , à boulet rouge sur les dangers des dérives intégristes , l’intolérance , et , cet autre sujet – la pédophilie – sur lequel les autorités religieuses ont construit le mur du silence …

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

Le cinéaste formé à l’institut des art et diffusion , l’école Belge qui forme aux métiers d du spectacle s’est inscrit dès ses premiers films courts dans la veine de ce cinéma à l’humour provocateur dont le film-culte C’est arrivé près de chez vous  ( 1992)  de   Rémy Belvaux, André  Bonzel et Benoît Poolvorde  fut ,  en quelque sorte le précurseur. Et , ici , le film inspiré au cinéaste par les multiples cas révélés de Pédophilie dans les milieux religieux , trouve dans son développement matière à lui permettre à radicaliser sa dénonciation par ses choix stylistiques qui lui offrent, la nécessaire soupape pour exprimer cette sorte d’insupportable hypocrisie qui cache son cynisme en bafouant sans vergogne les préceptes sensés être les fondements d’une croyance en la bonté et l’amour des autres et de ce Dieu,  qui en est le révélateur .
Et c’est au travers du drame vécu par notre héroïne , Elisabeth ( Astrid Whetnall ) dont la foi et la croyance l’ont engagée à se mettre au service d’autrui par la voie des ondes dans une émission radio en forme de talk-show qui permet de venir en aide aux auditeur en diffusant la bonne parole , qui va être confrontée à ce mensonge insupportable qui fait vaciller sa foi et l’entraîne dans une « croisade » sans merci afin d’éradiquer le mal qui gangrène la maison de Dieu …

Astrid  Whetnall
Astrid Whetnall

Imaginez donc la douleur de cette mère qui va découvrir,  à la fois,  suite au décès accidentel de son mari au cours d’une retraite religieuse, que , la maison de Dieu dévie de sa route et de ses enseignements en laissant fleurir les rassemblements intégristes dont les entraînements para-militaires en rase campagne se sont substitués a  ces retraites religieuses d’hier, pour revêtir les habits d’une nouvelle « croisade » moderne contre les Islamistes.  Et comme si cette cela ne suffit pas , le suicide de son fils va la mettre face à une autre atrocité qui l’ a conduit à cette extrémité:  la liaison avec un prêtre, le père Achille ( Achille Rodolfi ). Devant le silence et le refus des autorités religieuses de l’entendre et de chercher à faire la lumière , Elisabeth comprend que la  « loi du silence »  se fait complice de la gangrène qui ronge et dévoie sa communauté !. Alors,   au silence coupable et criminel , elle va opposer…sa révolte et sa vengeance meurtrière dont témoigne le long listing   -gardé au secret – de prêtres pédophiles faisant objet de plaintes, dont elle va s’emparer !. La charge du cinéaste s’inscrit en miroir de la sidération de cette mère assistant impuissante au suicide de son fils , et qui voit son monde et ses croyances s’effondrer . C’est de cette rage au cœur dont le film s’habille, et, l’inscrit comme un « cri » déchirant contre ce silence criminel qu’on lui renvoie le royaume des autorités aveugles.

Philippe  Nahon  et  Achille  Ridolfi
Philippe Nahon et Achille Ridolfi

Et l’habileté des auteurs c’est d’inscrire ce cri de révolte dans une forme cinématographique qui en traduit la dimension , à la fois, par la violence et l’outrance de la réaction faisant écho à la violence subie dans un « œil pour œil , dent pour dent »,  qui prend toute sa signification. Mais Vincent Lanoo par les choix stylistiques  d’un traitement qui intègre dans le récit à la fois, les éléments de charge anti-cléricale et de la satire saupoudrée d’humour noir, avec les outrances qui s’y installent sous la forme de pastiches qui font écho aux films de genres horrifiques dont on retrouve les échos ( violence en gros plan , sang qui gicle… ) dans les nombreuses séquences où la vengeance est en marche . Des échos enrobés par  les  décalages  de cet humour noir qui installe la distance à l’image de la séquence de l’affrontement entre Elisabeth et du père Achille , filmée en gros- plans,  comme un Western de Sergio Leone …ou faisant écho également au Kill Bill de Quentin Tarantino . C’est au cœur de cet habile et subtil dosage de « distance » comme choix stylistique permettant de traduire la dimension de la tragédie vécue et de la révolte suscitée, que les auteur trouvent une belle et subtile dimension qui offre à leur charge dénonciatrice de ces « faits honteux » dont ils expriment par la révolte violente de cette mère , l’insupportable chape de silence qui a protégé les responsables de ces crimes .
Et ce n’est pas un hasard non plus si le film s’ouvre sur cette séquence incroyable où le père Taon (Philippe Nahon ) fait appel aux dons et à la mobilisation des ouailles de sa paroisse ,,afin que la « bonne parole » puisse continuer à être perpétuée …

Souscription et Loterie  pour  la paroisse ...
Souscription et Loterie pour la paroisse …

S’il fallait encore vous inciter à aller à la rencontre de ce film en forme de charge sur l’intolérance, la pédophilie et autres tabous , et non pas contre la religion et la foi , mais contre ceux qui la dévoient et ne manquent jamais de montrer leurs oeillères quand on ose dénoncer les dérives intégristes         ( souvenez-vous de l’anathème et des pressions dont fut l’objet le film La dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese  ) et qui, aujourd’hui , continuent leur œuvre de sape pour faire pression envers les distributeurs et les cinémas pour les dissuader de présenter le film dans leurs salles . Madame censure a encore beaucoup de courtisans …
dans la capitale comme en Province, le film se heurte à ces pressions . Cinq salles dans le région parisienne et une vingtaine en province n’ont pas cédé !. Bravo à elles . C’est le cas à Nice du Cinéma Rialto . Mais, où que vous soyez , vous qui aimez le cinéma et la création artistique en général qui doit rester libre de toute pression, la meilleure manière de le faire savoir , c’est de vous rendre dans les salles à la rencontre de ces œuvres dont certains s’arrogent le droit ( souvent sans les avoir vues !..;) de vous en priver …

(Etienne Ballérini )
AU NOM DU FILS de Vincent Lanoo – 2012-
Avec : Astrid Whetnall, Philippe Nahon , Achille Ridolfi, Zacharie Chasseriaud, Albert
Chassagne Baradat , Marie Jeanne Maldague ….

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