Cinéma / PAS SON GENRE de Lucas Belvaux

PAS SON GENRE de Lucas Belvaux .

Le dernier film du cinéaste de La Raison du Plus faible et de 36 témoins, nous entraîne dans le sillage de ses héros au cœur d’un bluette sentimentale qui se fait révélatrice des rapports de classes . Entre l’intellectuel Parisien écrivain spécialiste en philosophie qui s’est fait une certaine idée des rapports amoureux et la coiffeuse de province , la rencontre et l’attirance se déclinent , subtilement , sous le thème de la philosophie de l’amour et de l ‘amour de la philosophie, comme élément de réflexion sur le poids du déterminisme social …

l' Affiche  du  Film
l’ Affiche du Film

Clément ( Loïc Corbery de la Comédie Française …parfait)  jeune et beau intellectuel issu d’un milieu bourgeois très aisé ,  fait partie de cette «  intelligentsia » Parisienne qui vit quelque peu en autarcie . Professeur spécialiste en philosophie et auteur d’une essai , remarqué , sur le « couple » où il décline sa vision sur l’impossibilité d’une forme d’harmonie et de relations durables. La proximité et le contact avec ce milieu « bobo » Parisien est , pour lui , comme un drogue nécessaire et il va tomber de haut lorsqu’il apprend sa mutation en Province , à Arras , qu’il vit comme une sorte de punition et de condamnation à l’exil. Malgré l’accueil qui lui est réservé par les autorités et les collègues de l’établissement où il va devoir enseigner pendant un an, il s’inscrit en situation provisoire en s’installant à l’hôtel , et , bénéficiant d’une emploi du temps d’enseignement groupé sur trois jours, aussitôt celui -ci effectué il s’enfuit vers la capitale , comme un drogué ayant besoin de sa dose !. Mais voilà , même à mi-temps, la vie en province c’est long… et la dose Parisienne ne suffit plus à Clément dont le désir de rencontres est titillé par la curiosité lors de son passage au salon de coiffure local par la beauté et le naturel de Jennifer ( Emilie Dequenne , superbe et lumineuse ), l’employée … qui « n’aime pas  shampouiner !». Laissant tomber ses lectures et ses certitudes ( philosophiques ) , sur la vie de couple et les relations amoureuses …la solitude aidant , Clément se fait violence et se lance dans une approche de Jennifer.

Loïc  Corbery  et  Emilie  Dequenne
Loïc Corbery et Emilie Dequenne

Le philosophe et la coiffeuse , la bluette en marche … et surtout le prétexte idéal pour Lucas Belvaux qui adapte , librement, le roman de Philippe Vilain ( éditions Grasset ) pour explorer au travers du jeu de séduction et des sentiments , l’intrusion d’un désir qui finit par déstabiliser les certitudes de l’un et de l’autre . Un « si loin , si proches » , dont le cinéaste va chercher à percer le mystère d’une liaison portée par une attraction irrépressible qui va les conduire à affronter , les barrières qui les séparent . Car tout sépare Jennifer et Clément , l’intello Bourgeois Parisien et la coiffeuse de province qui vit dans son Hlm avec son enfant dont elle est séparée du père. Elle qui a gardé malgré les expériences douloureuses  est restée optimiste , battante, indépendante , elle a gardé la soif de vivre … et encore l’espoir de rencontrer celui avec lequel elle partagera sa vie. Et, elle se livre , elle se lance à corps et à coeur- perdu, dans cette aventure avec Clément. Et lui qui s’y laisse  entraîner …  et glisser à reculons, cédant au désir physique et à, celui, intellectuel ( réflexe inconscient ? ) de mettre à l’épreuve ses propres certitudes . D’ailleurs c’est sous l’aspect philosophique que ce dernier ( Kant à l’appui ) défie et analyse Jennifer dans les belles séquences de leurs premières rencontres où Lucas Belvaux s’amuse -lui- à mettre en avant tout ce qui les différencie. Superbes scènes aux dialogues magnifiquement ciselés comme une sorte de match de Boxe où ils se renvoient leurs arguments , et où Kant se retrouve opposé à Jennifer Aniston , et Dostoïevski à Anna Gavalda !.

  Clément et  Jennifer   au Carnaval  d'Arras
Clément et Jennifer au Carnaval d’Arras

Et le match qui va se poursuivre , plus gravement , ensuite, lorsque les armes tactiques seront dévoilées qui peuvent conduire à un KO , laissent sourdre en filigrane tout le poids des différences sociales qui s’inscrit comme un mur impossible à franchir . Aimer à en perdre la raison , disait le poète …et c’est bien là qu’est l’enjeu ! . Mais la ( les ) raison (s) de l’un et de l’autre , au delà du désir qui les met entre parenthèses , finissent par se heurter au mur du réel et des choix à faire. Clément qui semble disposer à faire des concessions est constamment ramené par ses attaches ( parents , entourage et relations )  à son milieu social . Et lorsqu’il lui faut répondre à son désir de s’en démarquer , sollicité par Jennifer qui lui demande par exemple de l’amener dans la capitale et de la présenter à ses amis , les freins se remettent en route qui l’empêchent de franchir le pas . Comme c’est le cas dans la magnifique scène du Carnaval d’Arras , où, même dans l’euphorie de la fête , Clément n’arrive pas à se dérider et laisse le silence s’installer quand il s’agit de présenter Jennifer à ses collègues du Lycée !. De la même manière, que ,lors de la sortie nocturne dans la boite à Karaoké où Jennifer l’entraîne avec ses copines il lui faudra se forcer …pour se dérider un peu, et danser ! .

 Clément   et Jennifer  . Soirée  dans la  boîte de  Karaoké
Clément et Jennifer . Soirée dans la boîte de Karaoké

C’est dans ces moments où l’intimité qui s’était inscrite comme un possible pour faire tomber les barrières des différences sociales et culturelles , que viennent s’y glisser tous les signes d’un non – dit révélateur qui finit par rompre le silence et faire se lever le masque du compromis dans lequel chacun s’était enfermé, ou persuadé , de croire que ce serait peut-être possible . Et les questions qui se font plus pressentes pour tenter de recoller les morceaux se heurteront au mur du silence révélateur , dont chacun a compris le poids des attentes , dont Lucas Belvaux traduit magnifiquement les espoirs déçus . Et le magnifique «  I will survive » chanté par Jennfier à la soirée de Karaoké , auquel Emilie Dequenne offre un déchirant écho , exprime bien cette dimension d’une harmonie amoureuse qui se brise au mur des valeurs dont l’amour en partage , soumet,  la raison du plus faible … à la loi du plus fort. Et dans les séquences finales Lucas Belvaux fait sourdre magnifiquement la sidération d’une logique implacable qui s’installe , insensiblement,  comme une évidence pour enfermer le couple Jennifer et Clément dans cette incommunicabilité dont jadis  Michelangelo Antonioni ( de La Notte , l’Eclipse ou le désert Rouge ) , avait lui aussi , si bien traduit la dimension sociale dans laquelle elle s’inscrivait.

(Etienne Ballérini)

PAS SON GENRE de Lucas Belvaux- 2014- adapté librement du roman de Philippe Vilain
Avec : Emilie Dequenne, Loïc Corbery , Didier Sandre , Martine Chevallier , Sandra Nkale,
Charlotte Talpaert, Anne Coesens …

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