Cinéma / DANS LA COUR de Pierre Salvadori

DANS LA COUR de Pierre Salvadori.

Dans la cour d’un immeuble Parisien en forme de concentré d’un monde au bord du gouffre, le gardien tout frais de l’immeuble et la retraitée déphasée , se lient d’amitié et se confient leurs angoisses. Poésie et envolées lyriques teintées de folie et de désespoir enrobées de l’humour décalé empreint d’un regard sensible sur ces écorchés de la vie , qui sont au cœur de l’oeuvre de cinéaste depuis Cible émouvante / 1993, Les Apprentis / 1994 ), jusqu’à  De Vrais mensonges (2010) .

l'  Affiche  du  Film.
l’ Affiche du Film.

Dans les films du cinéaste on a l’impression en effet qu’ à l’image de l’héroïne ( Marie Trintignant ) de Comme elle respire ( 1998 ) déphasée d’une réalité qui lui échappe et qui se réfugie dans le mensonge , les personnages sont en souffrance dans un quotidien où ils ne trouvent pas leur place, ni les réponses à ces angoisses qui les hantent et les font basculer dans une forme dérive   en forme  d’appel au secours  et  dans laquelle  en attendant , ils tentent de trouver un certain équilibre … C’est le cas d’ Antoine ( Gustave Kervern ) musicien qui met fin à sa carrière et cherche aussi semble-t-il, à tourner la page d’une vie ( y compris sentimentale ), vécue comme un échec…et qui , faute de mieux, va se faire embaucher comme concierge d’immeuble … seule proposition faite par Pôle emploi !. Et c’est dans celui-ci qu’ il va découvrir toute une faune de personnages en forme  de  « panel » représentatif  d’une certaine forme de vie communautaire dans laquelle va se « glisser » ce dérèglement révélateur des signes d’un … air du temps et de la crise . Un air du temps sur lequel Pierre Salvadori va surfer avec son écriture ciselée par des situations et des dialogues qui en déclinent les tourments et les dérives dans lesquels les individus finissent par être engloutis. C’est la cas de Mathilde( Catherine Deneuve ) , retraitée qui tente d’endiguer ses angoisses en s’impliquant dans des activités associatives et dans la vie de la Copropriété …

Entretien d'embauche   dans l'immeuble .  de  Gauche à  Droite , Féodor  Atkine, Catherine Deneuve, Gustave Kervern
Entretien d’embauche dans l’immeuble . de Gauche à Droite , Féodor Atkine, Catherine Deneuve, Gustave Kervern

Mais est-ce suffisant ?, pas si sûr car à l’image de cette fissure au plafond de son appartement qui hante Mathilde, qui la voit et la pressent, comme une sorte d’avertissement d’une de ces catastrophes qui nous guettent et dont les journaux se font l’écho quotidien … c’est même pour s’en préserver , dit-elle à Antoine , qu’elle en fait la lecture à ce voisin aveugle dont elle s’occupe. Mathilde qui ne fait pas que broire le noir des catastrophes , elle en a fait les compagnes de ses cauchemars nocturnes et de son quotidien , et le malaise s’amplifie d’autant plus qu’à l’image de son compagnon de mari qui se moque de ses phobies , personne ne se préoccupe de cette dépression qui l’envahit au point de la faire sombrer dans un engrenage où son imaginaire torturé ne fait que les amplifier. A l’image de cette fissure au plafond dont elle guette les détails obsessionnels d’une possible évolution révélatrice des vices cachés de construction dont elle va faire son cheval de bataille , et qui finira par déborder de l’immeuble jusqu’au quartier avec sa campagne d’affiches dénonçant les dangers d’effondrement , qui les menacent !. La force du récit et de la mise en scène  du  Cinéaste , c’est de nous entraîner dans le sillage des raisons et déraisons de Mathilde , comme dans celles d’Antoine dont la dépression se transforme en une sorte de soumission qui se traduit par  son  impossibilité à dire « non »   au désidératas des habitants de l’immeuble , qui vont l’entraîner dans une sorte d’accumulation ingérable .
Tandis qu’en marge , puis en premier plan , va s’installer subtilement l’approche de ces deux êtres décalés et dont le régression maladive, va se transformer en une forme de soutien et d’entraide, comme une main tendue à laquelle on s’accroche désespérément pour ne pas sombrer… c’est dans ce moments là que Pierre Salvadori inscrit au cœur de sa mise en scène,  la mise en abîme des obsessions des peurs et phobies,  par ses envolées comiques et poétiques , et ses décalages burlesques révélateurs de névroses et dérives, empreints d’une belle empathie.

Catherine  Deneuve  .  Au mur  la  fissure  qui l'obsède ...
Catherine Deneuve . Au mur la fissure qui l’obsède …

Servi par Gustave Kervern et Catherine Denuve en osmose dans un face à face où il donnent à leurs personnages , la pleine mesure des dérèglements dont ils distillent tout en  finesse, les blessures intimes . Lui , par un jeu tout en retenue qui les laisse en pointillés et en révoltes nuancées. Elle, sombrant dans une folie dont elle ne peut endiguer la chute, perdue et si touchante . Tous deux portés par le désir de s’accrocher à l’autre afin de sortir la tête de l’eau, cherchant cette entr’aide salvatrice qui leur permettrait de s’immuniser contre l’inéluctable qui les guette . Ils sont admirables.                              Et dès lors Pierre Salvadori peut dérouler la petite musique habile de son récit dont la gravité se marie avec cet humour ( parfois ,noir ) dont il l’habille pour nous interroger sur notre rapport à l’autre. D’ailleurs , le final qu’on vous laisse découvrir , est on ne peut plus significatif de cette dimension humaine nécessaire pour survivre à un monde dont la cour le l’immeuble est emblématique «  ce microcosme un peu déglingué . Cette cour qui par un effet loupe peut être considéré comme un concentré de l’époque dans laquelle on baigne ( …) pendant l’écriture j’avais tout le temps en tête cette expression qui revient quand on parle des comédies italiennes des années Soixante : l’idée qu’elles prenaient leur époque en flagrant délit » , dit -il   dans le  dossier  de  Presse  du  film..

La  distribution de  tracts dans  la rue -  Catherine Deneuve , Gustave  Kerven, Monique  Moretti
La distribution de tracts dans la rue – Catherine Deneuve , Gustave Kerven, Michèle  Moretti

Et comme dans celles -ci,  il y a dans le films du Cinéaste – en marge et faisant miroir aux problèmes des deux personnages principaux – les magnifiques personnages secondaires qui traînent eux aussi leurs misères et obsessions . Ce n’est pas un hasard si dans la scène d’ouverture , Antoine , dans les bureaux de Pôle emploi se retrouve face à une employée débordée . ..qui a perdu la feuille sur laquelle elle avait noté un emploi qui pourrait lui convenir !. Et ils sont nombreux à porter le fardeau , comme c’est le cas de Maillard ( Nicolas  Bouchaud ) le propriétaire de l’appartement du troisième et ses obsessions sécuritaires , ou de Stéphane ( Pio Marmaï ) qui,  parce qu’il n’a pas les moyens de se payer un local entrepose les vélos dont il est censé faire le commerce dans la cour…et cherche  à   s’évade de  ses  angoisses  vers d’autres horizons avec certains produits dont les effets le permettent . Et il y a aussi , Serge ( Feodor Atkine ) le mari dépassé par les dérives de Mathilde , et Colette                ( Michèle  Moretti ) la librairie ésotérique , sans oublier  Lev ( Oleg Kupchik) affublé de son chien et à la recherche d’un abri , Lev vigile pour une société de sécurité et qui fait aussi dans la représentation pour une secte et qui bascule du mysticisme vers la violence.

 Lev (  Oleg Kupchik)  et son chien . Catherine Deneuve
Lev ( Oleg Kupchik) et son chien . Catherine Deneuve

Le cinéma de Pierre Salvadori, s’est inscrit depuis quelques années avec ses films empreints d’une tonalité et dune écriture singulière et originale qui apporte à la fois la fraîcheur et ce petit grain de folie qui offre un écho rare dans le cinéma Français,  au regard sur les individus et la société …et  on aime  ce  regard original.

(Etienne Ballérini)

DANS LA COUR de Pierre Salvadori – 2014-
Avec : Catherine Deneuve , Gustave Kervern , Féodor Atkine, Pio Marmaï, Michèle
Morettti, Nicolas Bouchaud, Oleg Kupchik ,Grance Clavel , Bruno Netter…

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