Cinéma / STATES OF GRACE de Destin Cretton.

STATES OF GRACE de Destin Cretton.

Plongée au cœur d’un centre d’accueil d’adolescents en difficulté où les blessures intimes à fleur de peau vont être soumises à deux éducateurs qui y ont étés eux-mêmes , jadis, confrontés. Vécu et expérience de terrain en forme de thérapie pour film d’autant plus émouvant qu’il ne surcharge jamais le trait . Sa justesse de ton et sa sensibilité du regard font mouche pour traduire le désarroi émotionnel d’une certaine jeunesse. Coup de cœur …

l'Affiche  du  Film.
l’Affiche du Film.

La belle séquence d’ouverture annonce d’emblée la tonalité du récit et les enjeux qui y sont au cœur, en même temps qu’ils le sont dans ce centre d’éducation et d’accueil pour adolescents en difficultés. Dans le parc du centre, Mason ( John Gallagher Jr) l’un des éducateurs de terrain, toujours avec la bonne histoire à raconter en fait la primeur de sa dernière à l’un des jeunes stagiaires, récit interrompu par un jeune garçon qui tente de s’évader du centre en hurlant, sous l’ œil ahuri du stagiaire . Il n’en est pas à sa première … il sera rattrapé et calmé . A la réunion des pensionnaires où le jeune stagiaire , Nate        ( Rami Malek) est invité à se présenter et explique qu’en quête de travail après ses études il a accepté l’offre d’une an de formation dans ce centre pour « jeunes défavorisés ». Il sera interpellé « ça veut dire quoi défavorisés , en difficulté ?… on est moins bien que vous ! » , lui lance le jeune black , Marcus         ( Keith Stanfield ) , jugeant cette phrase blessante et discriminatoire . Nate , qui fera des excuses et dont l’entrée en matière en forme de « bizutage » , est un clin-d’oeil, comme l’explique le cinéaste dans le dossier du film qui a été ,après ses études , lui aussi éducateur comme Nate
dans un centre de ce type. Une expérience dont il a médité les enseignements, au point d’en faire le sujet de son film. ( 1 )

la  séance de réunion   des  pensionnaires ; A  gauche  Marcus (  John Senfield ) . A  droite   Nate ( Rami Malek ) et  Mason (  John Gallagher  Jr)
la séance de réunion des pensionnaires ; A gauche Marcus ( John Stanfield ) . A droite Nate ( Rami Malek ) et Mason ( John Gallagher Jr)

Et ce sont ces enseignements tirés qui font le prix du film dont on mesure à ses déclarations combien il s’est attaché à vouloir traduire dans son récit l’authenticité d’un vécu qui a changé sa vie :  « au début j’étais persuadé que j’allais remettre ces adolescents  dans le droit chemin ( …) involontairement je les prenais de haut . je n’avais pas forcément les outils pour répondre à leurs angoisses ou  leur mal- être . J’avais occulté toute la part humaine (…) une fois que les liens entre eux et moi ont étés noués, la confiance s’est instauré et cela été plus facile . Ce fut une expérience unique et magnifique (…) lorsque j’ai quitté cette fonction je me suis rendu compte que j’avais plus appris à leur contact que je ne leur avait appris (…) j’étais admiratif de leur courage.Ils restaient en dépit d’événements tragiques , des êtres éveillés , amusés , blagueurs . La vie ne les avait pas bouffés , ils avaient encore cette part de légèreté en eux » , dit -il. Et son film en est le beau reflet d’autant qu’il s’enrichit de cette autre belle idée scénaristique et fictionnelle qui le complète en faisant le lien des blessures dont les deux éducateurs – Mason et Grace -se font les confidents , avec ce qu’elles leur renvoient de leur passé .

John Gallagher Jr  et Brie  Larson , les  deux  éducateurs de  térrain
John Gallagher Jr et Brie Larson , les deux éducateurs de térrain

A cet égard le lien qui se tisse entre Grace ( Brie Larson , Superbe) et la jeune Jayden ( Kaitlyn Dever) nouvelle arrivée au centre , s’inscrit dans cette double thérapie que l’on a évoquée . Et la réussite du cinéaste, c’est d’en exprimer dans toutes les scènes qui en déclinent l’insupportable souffrance qui s’est murée en silence au long de cet échange dont personne ne peut en dehors des concernées , mesurer l’incommensurable des cicatrices qui se manifestent par les auto-mutilations, et ( ou ) autres « crises » violentes en forme d’appels au secours …parce que les mots ne peuvent sortir de la bouche pour les confier , même à la personne que l’on aime le plus. Comme c’est le cas pour Grace dans sa relation amoureuse avec Mason  auquel elle  ne pourra confier ( belle séquence ) sa douleur des séquelles        d ‘un passé qui revient à la surface, réveillé par Jayden .

John Gallagher  Jr  et  Kaitlyn  Dever  ( Jayden )
John Gallagher Jr et Kaitlyn Dever ( Jayden )

Et Grace sera la spectatrice de cette souffrance intérieure de Jayden dont elle devra endiguer le flot des douleurs , qui la renvoie à son propre passé . Et cette double dimension est – aussi – l’un des enjeux du film qui , au travers du conflit entre Grace et certains médecins et psychologues spécialistes du Centre , met en lumière la difficulté d’une certaine forme d’encadrement à comprendre et à déceler ces « messages »   des douleurs , dont ces enfants cachent, au plus profond , les secrets . En n’en mesurant pas le danger ils font courir à Jayden  le risque …. de la renvoyer dans gueule du loup !.           Et Grace qui ne peut l’accepter,  sortira de ses réserves et du cadre qui lui est imparti. C’est toute la complexité d’une mission et d’un travail que Destin Cretton va nous faire découvrir au travers de ses éducateurs Mason, Grace et Nate qui  vont s’atteler à percer les failles de ces enfants en souffrance qu’ils veulent sortir des griffes de leurs peurs et cauchemars , sans les juger ni condamner , mais en cherchant à  les  comprendre . Comprendre pourquoi Luis( Kevin Hernnandez ) se cramponne à ses jouets et à ses rêves , jusqu’à en régresser …
Comprendre pourquoi Marcus, à l’image de son poisson rouge dans son bocal dont il prend soin , ne veut pas quitter le bocal protecteur du centre , comme le veut le règlement pour tout adolescent ayant atteint ses 18 ans doit le faire  pour se mesurer à la vie du dehors . Marcus l’expliquera par son langage empruntant les mots et la musique Rap pour en faire un  (  beau  ) poème  qu’il déclamera à Mason…

Brie  Larson et  Kaitlyn Dever
Brie Larson et Kaitlyn Dever

Et c’est un superbe portrait de groupe (  et  du centre d’acceuil  avec  ses  règles de   fonctionnement  et  de  vie  commune … )  que Destin Cretton nous donne à voir et à méditer par le regard qu’il a lui- même exploré et dont il nous renvoie le message d’espoir «  ces adolescents souffrent, mais vous pouvez les voir communiquer , partager, aimer ; ils ne connaissent pas l’égoïsme,ils vont vers les autres. Bien sûr il y a des hauts et des bas en termes d’émotions ( …) ce n’est jamais tiède. Il y a beaucoup de larmes et d’éclats de rire . Je voulais qu’il y ait cette ambivalence » , dit -il
Et c’est magnifique à l’image de l’anniversaire des Trente ans de Mariage de sa famille d’adoption auquel Mason invite tout le petit monde du centre,  à la fête …. comme l’est ce final où il raconte encore, le bavard ( mais ce n’est pas inventé… ), avoir rencontré un des jeunes pensionnaires qui avait refait sa vie grâce à une aventure … qui avait débuté dans le centre d’accueil !. Clin d’oeil subtil et amusé , en forme de happy-end  inattendu, et qui fait mouche…parce qu’il est le prolongement d’un message humaniste adressé aux spectateurs , et non pas ce subterfuge cynique qui consisterait  à faire croire que tout est bien qui finit bien …
Vous savez quel est le film préféré de Destin Cretton ?  «  La Vie est Belle, de Frank Capra ( 1946), il représente exactement ma conception de vie » dit-il !… Et dans le film de Capra il y a aussi un happy-end , en parfaite osmose et en cohérence avec le récit !.
Alors , si vous aussi vous avez aimé le film du grand Frank Capra , vous savez ce qu’il vous reste à faire …

(Etienne Ballérini)

( 1) Destin Cretton est né en 1978 à l’ ïle de Maui ( Hawai ) où il a grandi .C’est après des études Universitaires qu’il se tourne vers le cinéma en réalisant des courts métrages avec lesquels il se fera remarquer en décrochant des prix aux  Student Academy Awards puis au festival de Sundance. Il réalise également des longs métrages documentaires pour la HBO ( Drakmar a vassal’s journey ) et pour Discovery Channel ( Born Without Arms). Son premier long métrage de Fiction I ‘m not a hispster  a  été présenté au Festival de Sundance en 2012.

STATES OF GRACE de Destin Cretton – 2014-
Avec : Brie Larson, John GallagherJr., Kaitlyn Dever, Rami Malek, Keith Stanfield, Kevin
Hernandez, Melora Walters, Stéphanie Beatriz ….

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