Cinéma / TOM A LA FERME de Xavier Dolan.

TOM A LA FERME de Xavier Dolan.

Le Jeune Cinéaste Canadien très prolixe ( 25 ans et déjà 5 films ), nous propose son avant dernier  en avant-goût de la sélection Cannoise  dont son cinquième ,  Mommy , sera en Compétition.   Ici, Tom,  jeune Gay  en deuil de  la mort de son ami , va se retrouver confronté dans la famille de ce dernier au rejet et soumis à des tensions qui l’entraînent dans une emprise dont il aura du mal à maîtriser  les enjeux. Servi par une mise en scène habitée et  au couteau, qui prendra les formes du thriller et de la tragédie,  un film superbe …

l' Affiche  du  Film
l’ Affiche du Film

Décidément,  Xavier Dolan à l’art de bousculer les habitudes et les clichés d’un cinéma d’aujourd’hui  qui a parfois tendance à s’endormir sous la vacuité de la surenchère des effets qui cachent manque d’inspiration, originalité d’écriture et de récit –  ou encore-  ceux, d’un cinéma plus ambitieux qui se complaît dans un certain conformisme en se pliant aux «  désidératas » normatifs des circuits de production et de diffusions.
Alors, on se réjouit de voir ce jeune cinéaste qui s’est révélé à vingt ans à peine accomplis en signant J’ai tué ma mère ( 2009 ), un  film d’une liberté et d’une sincérité de ton ( qui n’est pas sans rappeler celle dont firent preuve, hier, les films de la nouvelle vague , ou ceux, du John Cassavetes de Shadows, par exemple ) , et dont les questionnements sur les thèmes de société ,  se retrouvent dans des récits dont la dimension biographique ne fait qu’amplifier, la sincérité et l’urgence d’une mise en scène qui met son intelligence et son inventivité au service d’un récit où les thèmes qui reflètent les sentiments qui sont au cœur de celui-ci,  et  qui deviennent les éléments inspirateurs et moteurs d’une mise en abîme,  révélatrice d’une blessure déchirante dont il faut explorer les méandres du vide dans lequel elle entraîne, pour ( tenter?) de refaire surface .

Pierre -Yves  Cardinal  ( Francis)  et  Xavier  Dolan  ( Tom )
Pierre -Yves Cardinal ( Francis) et Xavier Dolan ( Tom )

A l’image de Tom (Xavier Dolan à fleur de peau , superbe aussi devant la caméra), dont le deuil et la perte qui l’entraîne dans cette ferme d’une campagne hostile dans laquelle il va se retrouver happé , et dont il va devoir affronter les humiliations . Des humiliations dont on mesure – et c’est aussi une des forces du film –  la tentation de s’y laisser entraîner dans une fascination -attraction , faisant écho à une forme d’auto-flagellation dont la dimension dévastatrice , reflète une profonde douleur intime dont la reconnaissance  lui est refusée .  Car dans cette famille de Guillaume son ami-amant, il ne faut surtout pas évoquer cette homosexualité bannie dont le gardien est le frère Francis ( Pierre-Yves Cardinal , inquiétant ) qui y veille en utilisant les formes violentes d’une soumission empreintes de pulsions sexuelles révélatrice d’une déviance non assumée .
Une violence dont l’emprise , s’inscrit autour des formes du Thriller psychologiques et des références musicales ( la belle partition originale de Gabriel Yared et le choix des musiques additionnelles ) , littéraires et cinématographiques revendiquées , à l’image des deux séquences-clé ( celle du bar à Strip -tease et celle de la poursuite dans le champ de maïs ) qui y font écho, comme objets dont le référent fait fonction d’élément révélateur  pour  Tom , afin de se sortir de l’acceptation de l’emprise dans laquelle il s’est laissé glisser. Belle idée de récit et de mise en scène en forme de miroir , réfléchissant les formes dans lesquelles il s’immerge pour en faire sourdre cette nécessaire vérité, au coeur du mensonge et des faux- semblants  qui l’emprisonnent.

Lise  Roy ( Agathe , la  Mère)
Lise Roy ( Agathe , la Mère)

C’est dans ces moments  là , que le film et le travail de mise en scène de Xavier Dolan trouvent leur profonde justification dans l’exploration des cicatrices intérieures dans lesquelles en dehors de Tom , ses personnages,  Francis et Agathe la mère ( Lise Roy ), se sont enfermés , cloîtrés , au point de sombrer dans une forme de folie précipitée par la mort de celui que l’on a voulu enfermer dans les faux -semblants d’une vie vertueuse et normale que l’on demandera à Tom de valider , par le confirmation de la liaison amoureuse avec cette Sara ( Evelyne Brochu) dont on veut perpétuer l’image de la compagne idéale qu’elle aurait été , pour le défunt.                                                               Autre mensonge dans lequel la famille se réfugie et se complaît,  en totale négation d’une vérité que l’on ne veut pas se résoudre ( mais le peut-on encore?) à entendre, ni à affronter. C’est d’ailleurs , elle, Sara qui  par son refus de se plier aux volontés et à la violence de Francis , va donner le premier signe d’alarme à Tom , guetté par la folie ambiante d’une ferme dont Xavier Dolan en fait une sorte de prison,  et dont séquences et les plans ( des lieux, du bétail, de la grange ou des champs de cultures et de maïs….) se muent en plans de film  d’horreur où s’insinue , les signes d’une sorte de dévastation qui aurait ,aussi  au delà des propriétaires, envahi et atteint les lieux . Une ferme dans laquelle , un instant, se déroule cette scène incroyable d’une improbable fusion dansée sur un air de tango entre Francis et Tom. Dernier (?) leurre pour Tom dans ce lieu dans lequel il s’est laissé enfermer et qui pourrait devenir… sa chambre mortifère !.

Evelyne  Brochu  ( Sara )
Evelyne Brochu ( Sara )

La révolte de Sara , les demi-mots d’un rejet susurré par les gens de la petite ville voisine et cette vérité qui finira par venir du bar bien nommé « des amis » , la blessure qui n’en finissait pas de ne pas vouloir se cicatriser   pour permettre à Tom de faire le deuil , va pouvoir se refermer après avoir affronté l’inconnu qui a failli le faire sombre dans la régression et lui a fait – aussi – découvrir , un autre visage de lui-même.
Superbe plan final avec cette image en contre-champ de celle de Tom , du visage de cet inconnu dont la cicatrice révélatrice fait un écho à la fois déchirant et libérateur à la douleur de Tom. Désormais débarrassé de ses fantômes , il pourra faire le deuil d’un amour et d’une vie dont le souvenir, n’a trouvé aucune compréhension . Rideau …
Dans le dossier de presse du film Xavier Dolan dit avoir toujours eu a l’esprit durant le tournage et concernant le personnage de Tom, cette phrase en exergue de la pièce de Michel Marc Bouchard ( 1 ) dont le film est l’adaptation «  avant d’apprendre à aimer, les homosexuels apprennent à mentir »
(Etienne Ballérini )

TOM A LA FERME de Xavier Dolan – Canada / France -2014-
Avec : Xavier Dolan , Pierre-Yves Cardinal , Lise Roy, Evelyne Brochu, Manuel Trados,
Jacques Lavallée , Anne Caron , Olivier Morin .

(1)- La pièce de Marc Michel Bouchard est disponible en France aux éditions Théâtrales

Un commentaire

  1. Appréciation : Tom à la ferme, de Xavier Dolan

    Il lui crache dans la bouche et marque ainsi d’une éjaculation salivaire son territoire, nouvellement acquis. Puis, il le lèche au visage pour que tous viennent à reconnaître que cette proie lui appartient. Tom désormais est à lui, Francis, fermier de profession, qui en fait son souffre-douleur.
    La férocité de cette agression, remarquablement rendue, est frappante. Elle est d’autant plus déroutante qu’elle se solde par une caresse du moins troublante comme si l’on peinait d’avoir brutalisé à ce point cette pâture si convoitée. Et rouges, rouges sont les lèvres de Tom.
    Tom à la ferme de Xavier Dolan est une œuvre inestimable. Je n’ai jamais rien vu d’aussi enivrant. Je me suis gavée de plaisir en visionnant ce film qui d’ailleurs m’a rendu malade de désir. J’ai beaucoup apprécié les vidéos qui l’accompagnent, (I’m pretty when I cry, Pastoral fantasy, Coming home…) qui ont su rendre davantage poignant le véritable drame vécu ici dans toute sa force destructrice, celui de l’amour impossible. Amour exaspéré par l’infidélité de Francis qui, à l’instar de Guillaume son frère décédé, baisera avec la même femme, délaissant Tom le temps d’un soir. L’Amour, cet attachement insondable et morbide, exacerbé ici par la violence domestique. Endeuillés, esseulés, Tom et Francis cherchent de mal en pis à former une famille reconstituée.
    Francis va droit au but. Il sait que Tom le trouve beau et cela lui semble suffisant pour qu’il lui demande d’emménager chez lui, le reste suivra. Mais, le temps presse et Francis qui se doit de lui faire la cour précipite une première sortie et davantage. Donc, Francis invite Tom un soir à venir boire avec lui dans un lieu quelconque, perdu dans la campagne. Il est à son meilleur, beau et parfumé, attentif. Francis attend le consentement de Tom avant d’entamer une pratique sexuelle vieille comme le monde. ‘On se parfume aux noces’, dira Tom à Francis – sa façon d’acquiescer, d’accepter de plein gré que leur union soit consommée. C’est la scène la plus palpitante et émouvante du film. Puis tout sombre.
    Il n’est pas donné à tout grand cinéaste d’exploiter avec courage et brio ce thème de la beauté transfigurée par la douleur comme si ce film n’avait été tourné et interprété que dans le seul but de faire valoir la beauté de l’acteur dans son rôle d’endeuillé et d’homme humilié, terrassé par la cruauté de son bourreau.
    Mes sincères remerciements Monsieur Dolan.
    Milena Pavicevic 2021-07-22

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