Cinéma / THE BEST OFFER de Giuseppe Tornatore

THE BEST OFFER ( La Meilleure Offre) de Giuseppe Tornatore

Le réalisateur de l’inoubliable Cinéma Paradiso et de La légende du Pianiste sur l’Océan, nous entraîne avec son dernier film dans le monde de l’art et dans le pas d’un commissaire-priseur dont la vie va être bouleversée par une inconnue qui fait appel à ses services. Une subtile réflexion sur la passion de l’art et de la passion amoureuse …et sur l’art de la contrefaçon.

1

Virgil Oldman ( Geoffrey Rush ) est un des Commissaires- Priseurs les plus renommés au monde , reconnu par la qualité de son intuition à déceler les pièces rares , et surtout , celles qui pourraient avoir fait l’objet de copies par les nombreux faussaires qui ont sévi au cours de siècles . Il est devenu incontournable dans le monde de l’art et on ne cesse de le solliciter pour les expertises comme pour mener les enchères dans les salles de ventes aux quatre coins du monde. C’est aussi un personnage secret , solitaire et quelque peu misanthrope qui n’aime pas le contact avec ses semblables dont les gants qui ne quittent pas ses mains sont les révélateurs d’un distance entretenue et quasi maladive au contact de l’autre. Mais un jour au téléphone , la voix d’une femme le sollicite pour lui confier         l ‘estimation et la vente de tous les meubles et objets d’art qui sont restés entreposés dans une maison-palais restée à l’abandon à la mort de ses parents. Virgil qui accepte la mission va se retrouver confronté au mystère de cette inconnue ( Sylvia Hoeks) qui décline tous les rendez-vous et sa présence, lors des visites d’expertise .

 

Virgil (  Geoffrey Rush)   face a  la porte close derrière laquelle se  cache  la belle  inconnue ...
Virgil ( Geoffrey Rush) face a la porte close derrière laquelle se cache la belle inconnue …

Une curieuse attitude qui intrigue Virgil, qui semble déceler en cette inconnue qui refuse de se montrer, certains indices lui laissant supposer qu’elle semble avoir la même aversion que lui au monde extérieur… la curiosité va se muer en une  irrépressible  attirance,  envers cette inconnue qui semble représenter l’image idéale qu’il se fait de la femme , comme en témoignent les tableaux de sa collection personnelle qui ornent les murs de la salle -musée qui leur est consacrée dans son appartement cossu.

...  qui  finira par  montrer  le  bout de  son nez  (  Sylvia  Hoeks)
… qui finira par montrer le bout de son nez ( Sylvia Hoeks)

Giuseppe Tornatore décline autour du mystère  et de  l’approche ,  de ces deux êtres devenus presque « autistes » au monde extérieur , la tonalité de la romance en même temps que celle du mystère qu’elle cache , qui se mue vers celle d’un suspense psychologique qui prend les formes du thriller, dont le secret vous sera révélé …mais qu’on vous laissera découvrir en salles . « C’est une histoire d’amour aux allures de thriller, sans que pour autant il s’agisse d’un thriller : il n’y a ni meurtre, ni police, ni tueur, ni enquête » explique le cinéaste en forme d’intention dans le dossier de Presse du film .

Les  portrait de  femmes  dans  le musée de  l'appartement de Virgil
Les portrait de femmes dans le musée de l’appartement de Virgil

Et il construit autour des enjeux  psychologiques qu’ils   représentent une subtile et élégante mise en scène , avec une superbe utilisation des décors -des villes et des lieux- investis par Virgil dans lesquels son métier l’entraîne ( Trieste , Varsovie …) et dont le mystère,  en forme de miroir révélateur , est entretenu par des dialogues et des  situations portées –  par une belle partition musicale entremêlant trois thèmes musicaux et signée par Ennio Morricone –  jusqu’au dénouement final .

Billy  (  Donald  Sutherland )
Billy ( Donald Sutherland )

Il y a aussi ces beaux portraits de personnages qui gravitent autour de Virgil , à l’image du marchand d’art , Billy ( Donald Sutherland) , vieil ami et complice qui a du mal quelquefois à cerner la carapace de Virgil. Il y a également le beau personnage de Robert ( Jim Struges ) réparateur en tous genres à qui Virgil confiera la responsabilité d’assembler les pièces mystérieuses de ce qui se révélera être d’une ancienne machine , un automate d’une valeur inestimable! . Cette dernière   en dehors de  celle avec  son ami  Billy,  est  la  seule  relation  « intime » entre Virgil et  un inconnu qui prend la double dimension d’une relation où l’art et la confidence s’inscrivent en un rapport d’admiration et de respect de l’un envers l’autre . Et Virgil  fera  de  Robert ,  le confident et conseiller dans ses rapports avec Claire, l’inconnue dont il veut percer le mystère et trouver les moyens de l’approcher . Et la symbolique de l’automate dont les pièces s’agencent et qui prend forme tout au long du récit , est aussi une belle idée de fil rouge.. . de  l’évolution parallèle d’une    approche amoureuse  qui  se  construit   à la manière  d’un puzzle  dont les  pièces  doivent être assemblées , à la manière de celles  de  l’automate ….

Robert (  Jim Sturges )
Robert ( Jim Sturges )

Il y a surtout , comme c’est souvent le cas dans les films du cinéaste, autour de ces personnages confrontés à leurs secrets et passions dont les destinées traduisent , cette interrogation sur l’art qui est au cœur  son oeuvre  dont   il a  exploré  les  thèmes . Comme  dans Cinéma Paradiso, celui de la création confrontée à la censure ( les scènes des baisers  coupées par les ciseaux moralisateurs des curés projectionnistes des cinémas des paroisses en Italie) , dont se fait écho, aussi , par son refus    ( l’art est-il une marchandise négociable?),   le Pianiste virtuose de Le Pianiste sur l’Océan, qui refuse de céder aux appels de la renommée.                                                                                         Ici la réflexion , se décline autour du thème de la Vente aux enchères , des expertises et de la contrefaçon qui est au cœur du film, incarnée par les personnages principaux dont le Cinéaste explore la déclinaison du thème vers celui de la passion amoureuse … qui devient le terrain d’expertise du cinéaste   qui  s’interroge  sur  sa  capacité  elle aussi  à  jouer  la partition  du  faux   et  dont  il investit les dérèglements suscités par leurs phobies secrètes de la même manière que  l’expert  en peinture cherche, le  détail,  signe révélateur qui va  trahir le  faussaire  « parce qu’il ne résiste  face au maître , d’apposer  secrètement  dans sa contrefaçon,  l’empreinte de sa signature qui – aussi subtile qu’elle soit-  finit,  par le trahir »,  dira Virgil.

(Etienne Ballérini )

THE BEST OFFER de Giuseppe Tornatore – 2013 – Donatello du Meilleur film Italien
Avec : Geoffrey Rush, Jim Struges, Sylvia Hoeks, Donald Sutherland , Philip Jackson …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s