Cinéma / MY SWEET PEPPERLAND de Hiner Saleem

MY SWEET PEPPERLAND de Hiner Saleem

Au Kurdistan, policier se retrouve nommé dans une zone frontalière où règne la corruption entretenue par un potentat local . Une jeune institutrice nommée dans ce même village va devoir pour exercer son métier, y affronter les préjugés d’une morale dominée par l’obscurantisme masculin. Les codes du Western et de l’humour  au rendez-vous d’une  fable  réjouissante sur  la  corruption , l’ordre  et  la morale  en questions …

 

Hiner  Saleem  , le  Réalisateur
Hiner Saleem , le Réalisateur

Le cinéaste d’origine Kurde , né à Acra qui a fui très jeune le régime de Saddam Hussein pour l’ Europe ( en Italie puis en France ) pour se tourner vers une carrière cinématographique s’y est fait remarquer dès la fin des années 1990 par des courts métrages et un premier long plein d’humour: Vive la Mariée …et la libération du Kurdistan ( 1998 ) et trouvera la consécration au Festival de Venise avec Vodka-Lemon ( 2003 ) où il remporte le Prix San Marco et le succès critique . La tonalité de ses films dont la gravité des sujets est empreinte d’une forme d’humour de la comédie décalée qui permet aux individus pris dans de situations complexes ( conditions sociales ou difficultés politiques…) de ne pas sombrer , et de les aider à vivre .
Dans My Sweet Pepperland, la subtile réunion dans le titre des mots « doux » et « poivré » , est à l’évidence déjà une indication de la tonalité d’un récit qui va s’inscrire dans cette dualité dans laquelle l’humour où l’absurde s’insinue , va trouver , sous la forme des codes du western revisités dans les superbes décors des montagnes kurdes où face à la corruption du potentat local le policier légaliste       ( shérif ) va jouer la partition du Bon, face aux Brutes et aux Truands. Une partition scandée par les tonalités envoûtantes de l’instrument , le Hang, dont les douces mains de l’institutrice, nous laissent sous le charme …

Golshifteh Farahani  et  Korkmaz  Arslan
Golshifteh Farahani et Korkmaz Arslan

Et le charme opère dès la première séquence où l’on assiste aussi médusés que les quelques représentants de la nouvelle équipe dirigeante au pouvoir après la chute du tyran , confrontée au premier « acte fort » devant symboliser une nouvelle justice, dont le mécanique va s’enrayer … de la même manière que, plus tard , à celle du stratagème mis en place par sa mère pour tenter de marier notre notre héros Baran ( Korkmaz Arslan ) , ex- officier de Police ancien combattant pour l’indépendance du Kurdistan. Ce dernier quelque peu déboussolé par les deux déconvenues cités ci-dessus va accepter ce poste lointain avec la ferme l’idée idée d’y faire respecter la loi de la nouvelle politique mise en place par le nouveau gouvernement pour lequel il a , hier, combattu. Mais le caïd Local , Aziz Aga ( Tark Akreyi ) ne l’entend pas de cette oreille lui qui , avec sa grande famille , a assis son pouvoir en soumettant la population à sa loi. D’autant que celle-ci lui a permis d’amasser une belle fortune, fruit de ses multiples  actions de corruptions et autres trafics ( drogue, médicaments ) dans cette région de montagne d’une zone frontalière isolée. Et puis,   il y a cette jeune institutrice Govend      ( Golshifteh Farahani ) passionnée par son métier et qui veut transmettre elle aussi des valeurs à des enfants laissés à l’abandon par une communauté locale qui refuse que celle-ci leur soit apportée par la voix d’une femme . Une femme combattante et insoumise qui refuse les diktats , à l’image de ceux d’un mariage « arrangé » que veut lui imposer une  famille qu’elle a fui .

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La bande du potentat local

Voilà donc réunis par le cinéaste deux personnages représentatifs d’un combat de modernité qui lui est cher , comme il le précise dans le dossier de presse du film: « au personnage du policier Baran officier de police qui va tenter de faire respecter la loi dans cette région montagneuse , j’ai eu envie comme je suis un passionné par le combat des femmes , de faire exister un personnage féminin qui s’émancipe grâce à sa force , son courage et son intelligence (…) la rencontre entre cette femme et le héros masculin qui n’est ni traditionnel, ni macho, ni corrompu et qui ne cherche pas à se marier à tout prix. Ces deux insoumis incarnent à mes yeux l’avenir du Kurdistan : ce ne sont pas des révolutionnaires mais des réformistes attachés à la laïcité et qui refusent les archaïsmes, sans rejeter toute forme de tradition », dit-il. Et c’est un rude combat qui va les opposer l’un et l’autre à cette communauté villageoise soumise à ce potentat local,  héritier de la tradition des seigneurs de guerre de jadis,  qui imposaient leur loi dans leurs fiefs . Une soumission dont ils utilisent habilement entre  autres les questions d’honneur liées à la persistance de certains archaïsmes et au poids de la religiosité . Des persistances qui constituent un frein au progrès et entretiennent une violence dont on mesure les dégâts à l’image de ces bancs d’école restés vides ou de ces multiples signes de corruption qui l’entretiennent par la force des armes .

L' officier de  Police   en mission ...
L’ officier de Police en mission …

Une dimension ,qui, par la stylisation des codes du western et le recul de l’humour offre un bel écho et ouverture au combat de nos deux héros qui laisse poindre la gravité au travers du parcours douloureux ( la scène de l’affrontement avec ses frères ) de l’institutrice pour se libérer du poids des tradition familiales et sociétales. Un parcours qui trouve son prolongement dans les scènes où débarquent pour un temps au village les femmes kurdes de Turquie qui ont pris le maquis afin de lutter pour la libération de leur peuple . Et qui expliquent «  pour une femme Kurde en Turquie , le maquis c’est la liberté ! » , offrant en miroir au combat de l’institutrice ( et  à celui de l’officier de Police )  , cette dimension d’émancipation sociale nécessaire dans laquelle la liberté de la femme à sa place . Une place magnifiquement incarnée par l’actrice Iranienne Golshifteh Farahani qui lui offre par son talent et sa beauté , la dimension d’une irrésistible et impérative nécessité !. « dans certaines sociétés , la sexualité de la femme ne lui appartient pas , et c’est ce que je condamne,  car elle est privée de liberté .Or la femme ne doit pas être réduite à l’honneur de l’homme : il est temps de séparer la question de l’honneur et la question sexuelle (…) qu’y a-t-il de plus beau que l’amour choisi en totale liberté ? . Par ailleurs cette privation de liberté engendre aussi des souffrances et de frustrations chez l’homme qui ne peut pas mesurer le bonheur perdu dans un tel climat », explique Hiner Saleem.

(Etienne Ballérini)

MY SWEET PEPPERLAND -2013-
Scénario, Réalisation : Hiner Saleem .
Avec : Golshfiteh Farahani , Korkmaz Arslan , Suat Usta , Tarik Akreyi …

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