Cinema / NEBRASKA d’ Alexander Payne

NEBRASKA d’ Alexander Payne .

Le réalisateur de Sideways ( 2002 ) et de The descendants ( 2011) , continue avec son dernier road-movie , l’exploration de l’Amérique profonde qui subit les ravages de la crise économique dont le superbe Noir et blanc des images traduit un regard empreint d’ironie, dans le sillage de son héros décidé, contre l’avis de tous , à aller chercher le pactole promis par le dépliant d’ une de ces publicité commerciale mensongères . Porté par un Bruce Dern génial et émouvant ( Prix d’interprétation au Festival de Cannes 2013 ), le film est un petit bijou dont la sensibilité du regard distille avec une certaine mélancolie critique, la perte des valeurs authentiques dans une Amérique profonde, rendue exsangue …

l' Affiche  du Film.
l’ Affiche du Film.

Un vieil homme, Woody Grant ( Bruce Dern ) marche en titubant sur les bas côtés de la route . Une voiture de Police s’approche et le policier l’interpelle « où allez-vous ? , avez vous besoin d’aide ? », le vieil homme grogne et continue sa route . Cut . On le retrouve au commissariat où son fils , David ( Will Forte ) est venu le chercher pour le ramener à la maison. Où l’on finit par comprendre la raison de cette escapade , objet d’un litige avec ses proches, sur son obsession à vouloir se rendre dans le Nebraska pour y retirer le gros lot d’un million de dollars dont il est persuadé être le gagnant, comme l’atteste le document avec son nom comme vainqueur du tirage d’une loterie promotionnelle  !.
Le débat sur la sénilité du vieil homme que l’on envisage de placer en maison de retraite parce qu’il rend la vie impossible à sa femme, Kate ( June Squibb , grande  dame  du théâtre , géniale elle aussi ) , va tourner court lorsque David , le fils cadet décide  pour lui donner une leçon, de l’emmener chercher ce chèque de l’arnaque qu’il va pouvoir vérifier de ses propres yeux !. La long parcours pour arriver à destination sera le cœur de ce road-movie fait de haltes pipi et dans les bars à Bières , au long du chemin et de la traversée de quatre états, du Montana au Nebraska du titre . Un parcours qui va refléter le caractère capricieux de son personnage avec lequel le fils, va découvrir au cours de celui-ci les mystères derrière lesquels son père n’a cessé de se réfugier pour donner , en quelque sorte , le change.

Bruce  Dern  et Will Forte  sur  la  route ...
Bruce Dern et Will Forte sur la route …

L’approche d’une relation père-fils qui se complète par celle d’une famille dispersée dont les retrouvailles avec les cousins du Nébraska ( un moment d’anthologie…) et de la population de cette petite ville de province dont Woody est natif et qu’il a quitté pour aller construire son avenir avec sa femme, dans un autre état. Des retrouvailles qui font remonter des souvenirs agrémentés de quelques péripéties savoureuses des écarts d’une jeunesse marquée par les séquelles d’une guerre de Corée, dont il est revenu marqué et changé,  par ce qu’il y a vécu. Un retour dans la ville de son enfance qui laisse sourdre aussi quelques éléments éclairant une certaine hypocrisie des relations d’hier dont les séquelles se reflètent , accentuées , par un présent que la situation économique ( Crise ,chômage… ) a rendus encore un peu plus agressives, dont témoignent les règlements de comptes qui vont se déchaîner, suscités par cet argent dont la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre, qui va déclencher  les jalousies . A l’image de celle que révèle le vieux contentieux avec cet ex-associé , Ed Pegram ( Stacy Keach , remarquable lui aussi ) resté en suspens sur les dettes d’argent que  ce dernier  revendique avec un chantage et une agressivité , qui n’ont rien à envier à celle d’ un mafieux !…

Bruce  dern ( Woody) et June  Squibb ( Kate, Sa  femme )
Bruce dern ( Woody) et June Squibb ( Kate, Sa femme )

Des péripéties qui prennent à la fois la dimension de la comédie qui croque les travers de ses personnages à la manière de la Comédie à l’italienne du grand cru à  l’image de cette famille du bidonville d’ Affreux , Sâles et méchants d’Ettore Scola ( 1976 ) qui fait surgir au travers de l’appât du magot du chef de famille, les comportements les plus mesquins objets d’un jeu de massacre dont on retrouve,  ici , l’écho familial  qui se prolonge à celui de la communauté de la petite ville du Nebraska . La satire est d’autant plus féroce que les effets des comportements excessifs se retrouvent dynamités par les ceux  pervers qu’ils provoquent en miroir, mettant à jour les véritables visages des uns et des autres , et finissant par révéler en filigrane l’un des thèmes auquel le cinéma Américain a souvent abordé , celui de la désillusion ( du rêve Américain?), à laquelle les individus sont confrontés. Et auquel s’attache Woody Grant qui veut le croire réel, jusqu’au bout !.…

Alexander  Payne  et Bruce  Derne  lors  du  tournage du  Film.
Alexander Payne et Bruce Derne lors du tournage du Film.

Mais l’habileté d’Alexander Payne c’est de l’habiller , y compris au travers de se personnages les moins « sauvables », de cette part de sincérité dont ils sont remplis et persuadés à leurs yeux ,qu’elle est juste. La quête d’authenticité est la marque du cinéaste qui refuse de manipuler avec des effets ( ici pas de musique appuyée …) qui pourraient surligner pour les spectateurs les émotions à ressentir. Une authenticité qui fait mouche et qui éclate dans ce naturel  dans les séquences où l’émotion et le rire surgissent quand on ne s’y attend pas vraiment. Comme le prouve cette scène irrésistible de la visite des Grant au cimetière de leur ville natale où l’émotion des souvenirs qui remontent à la surface, trouve   une chute inattendue !. Ce décalage dont se fait écho également la séquence finale en forme de pied de nez, quand Woody parcourt la rue principale de sa ville natale au volant de son pik-up sur lequel trône également ce « compresseur » , autre objet d’obsession de son rêve de possession.
Et , pour ajouter à notre plaisir, le cinéaste l’inscrit dans le rêve-souvenir d’un certain cinéma d’hier auquel il rend hommage à la fois par le choix du noir et blanc des films de son enfance dont le référence n’est pas seulement nostalgique , mais permet aussi de revisiter les lieux avec la tonalité esthétique d’une chromatique qui ouvre les portes d’une perception insoupçonnée . D’ailleurs cet inattendu qui s’insinue dans le road-movie passe , par un hommage original à Alfred Hitchcock avec une visite aux figures sculptées des présidents dans la roche du Mont Rushmore, où se déroule une des célèbres scènes de La mort aux trousses ( 1959 ). Superbe …

(Etienne Ballérini )

NEBRASKA d’Alexander Payne – 2013- Usa .
Avec : Bruce Dern, Will Forte , June Squibb, Bob Odenkirk, Stacy Keach, Marie Louise
Wilson, Rance Howard …

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