Cinéma / GERONTOPHILIA de Bruce LaBruce.

GERONTOPHILIA de Bruce LaBruce .

Le cinéaste canadien réputé pour ses films gay provocateurs , nous propose avec son nouveau film , une comédie romantique aux accents subversifs . Au cœur d’une maison de retraite une jeune employé d’une vingtaine d’année tombe amoureux d’un patient de 82 ans … une liaison qui aborde avec délicatesse et sensibilité le subtil trouble d’une relation humaine qui explore la différence , bien au delà des barrières et de tabous sexuels et de l’âge . Stimulant …

l'Affiche  du  film
l’Affiche du film

Depuis le début des années 1990 le cinéaste Canadien réputé pour ses films aux accents provocateurs à l’image de son film qui a défié la censure , et devenu culte, Hustler White ( 1996) immersion dans le milieu des prostituées et du plus récent L.A Zombie (2011) sur le thème du viol et du cannibalisme en milieu Urbain . Dès ses débuts pour des fanzines Punk gay ou dans la photographie pour des magazines X , puis dans ses premiers courts métrages en Super 8 et qui se poursuivra dans ses longs métrages , il montre son attirance pour des marginaux , des rebelles romantiques qui n’arrivent pas à s’intégrer à la société qui prennent des chemins de traverse et dont l’expérience sexuelle traduit les fantasmes et le cheminement alternatif.

Katie  Boland  et  Pier-Gabriel Lajoie
Katie Boland et Pier-Gabriel Lajoie

Dans une des premières séquences du film il y a une belle scène significative entre le jeune héros, Lake ( Pier-Gabriel Lajoie ) et sa petite amie désirée ( Katie Boland ) dont les baisers échangés sont entrecoupés par les noms de femmes révolutionnaires qui ont marqué l’histoire , prononcés par cette dernière. Et on retrouvera chez celle-ci qui va souffrir du désamour de son ami , la cohérence d’une démarche dont elle aurait voulu enrober sa liaison avec Lake , et dont elle finira par comprendre la dimension subversive et révolutionnaire de  l’attirance de son petit ami pour ce M. Peabody (Walter Borden ) dont la souffrance et la solitude dans cette maison de retraite, va trouver une renaissance à la vie par la présence et l’attention de Lake .

Pier  Gabriel Lajoie  et  Walter  Borden , la  rencontre  dans  la maison de  retraite
Pier Gabriel Lajoie et Walter Borden , la rencontre dans la maison de retraite

Et puis , finalement ce Jeune et bel éphèbe, n’est-il pas une sorte d’ ange protecteur de que beaucoup aimeraient avoir comme présence dans ces maisons sordides , où l’on est condamné à attendre que le mort vienne. La dimension de la fable est rendue encore plus significative si  l’on prend ( et accepte ) , cette dimension subversive sexuelle de l’amour qui s’y insinue, comme un simple désir d’amour et d’attention dont M.Peabody dit n’avoir plus eu depuis très longtemps, la moindre manifestation . Son Homosexualité qui l’a contraint à un mariage arrangé «  dans les années 1970, il fallait se caser , sinon on était pointés du doigt » qui l’a conduit au divorce . Et un mariage qui a donné naissance à un enfant,   un enfant qui devenu adulte «  quand il appris qui j’étais , s’est détaché de moi ! » .  Le rejet et la solitude insupportable que Lake vient remplir de son innocence et de sa beauté , est une sorte de miracle dont la fugue en amoureux est l’accomplissement rêvé.  Et M.Peabody qui revit , y retrouve même la fougue d’une jeunesse dont il avait oublié les charmes et qui le fait se parer de ses plus beaux habits lorsqu’il est de sortie pour attirer les regards dans le pubs… suscitant l’irritation jalouse de Lake ! . C’est pour lu , radieux, l’arme suprême pour se faire aimer encore plus … et profiter de ces moments fragiles d’intimité et d’intensité dont il n’aurait jamais pu imaginer le retour que lui offre ce jeune garçon qui pourrait être… son « petit- fils !  » .

le  passage  à l'acte . Pier -Gabriel Lajoie  et Walter  Borden
le passage à l’acte .
Pier -Gabriel Lajoie et Walter Borden

La belle idée du cinéaste c’est, aussi , de nous  faire suivre le cheminement et la prise de conscience de Lake dans cette sorte d’attirance irrépressible  du titre du film  qu’il  habille  des  codes  de  la  comédie romantique .Une attirance  dont le trouble se manifeste au cœur de la scène de la piscine et du bouche à bouche qui lui permet de sauver le vieux monsieur qui était en  train de s’y noyer … et cette distance ironique avec laquelle il enrobe le trouble de l’érection ressentie .  Une distance, Un second degré revendiqué par le cinéaste «  dans tous mes films il y a une pointe d’ironie (…) mais en même temps c’est fait avec une complète sincérité ( …) et dans Gérontophilia il y a une certaine ironie dans le fait que ce jeune homme sublime que tout le monde trouve désirable et qui pourrait avoir n’importe quelle personne de son âge, choisisse de mec de 82 ans ! , et je joue beaucoup avec les conventions de la comédie romantique… », explique-t-il dans le dossier de presse du film.

Walter  Borden  et  Pier-Gabriel Lajoie -l'échapée   belle   des deux  amoureux
Walter Borden et Pier-Gabriel Lajoie – l’échapée belle des deux amoureux

Et le glissement du trouble vers celui de la provocation, puis vers le trouble des sentiments retrouve dans les traits des dessins que Lake fait de M.Peabody ( le visage , les expressions, et le corps nu …) , exprimant par la belle traduction visuelle de l’acceptation d’une liaison transgressive assumée. Il y a un vrai et beau regard du cinéaste sur les individus dont se font écho les interprètes sensibles , qui , tous deux expriment magnifiquement le plus difficile à faire percevoir au spectateur. Il y avait eu la belle échappée de la vielle Maude et du jeune d’Harold sortant des sentiers battus           ( Harold et Maude d’ Hal Hasby/ 1971 ) , mais il s’agissait d’une aventure entre hétéros. Il y avait eu également l’attirance du vieil homme pour le jeune éphèbe du film de Visconti Mort à Venise (1971), d’après Thomas Mann . Mais dans les deux cas il n’y avait pas passage à l’acte , comme ici , et d’ailleurs celui-ci est volontairement suggéré   ( les scènes d’après l’acte où les corps traduisent à la fois cette sérénité nouvelle empreinte de l’inquiétude de Lake dont le regard au réveil guette le frémissement de vie sur le corps de M.Peabody ) par le cinéaste qui ne succombe pas à la tentation des scènes explicites , et c’est d’autant plus fort .

(Etienne Ballérini)

GERONTOPHILIA de Bruce LaBruce – 2014- Canada
Avec : Pier-Gabriel Lajoie , Walter Borden , Katie Boland, Marie-Hélène Thibault …

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