Tchekhov s’invite chez Czapski

 

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Au théâtre Antibea à Antibes, on est certain que tous les ans on peut réviser « ses classiques », les grands auteurs sont toujours présents dans la programmation du directeur artistique et metteur en scène Dominique Czapski. Pour ce premier trimestre, on ne rencontre que du beau monde : Racine, Molière, Harold Pinter, Israël Horovitz et Edward Bond. Pour cette fin mars et début avril, c’est la Mouette d’Anton Tchekhov qui devrait passionner les spectateurs toujours avides de découvrir une nouvelle mise en scène de ce chef d’œuvre déjà monté il y a quelques années. Dominique Czapski explique pourquoi il aime programmer des cycles d’auteurs et en particulier son choix pour Tchekhov et la Mouette après Oncle Vania et Les Plaisanteries.

 

Dominique Czapski : À Antibea, on est ce qu’on peut appeler Théâtre du Verbe, c’est-à-dire un théâtre de répertoire qu’il soit classique ou contemporain. Au mois de février, on a eu un cycle Harold pinter avec le Retour et le Nouvel Ordre Mondial et j’ai voulu poursuivre avec Pinter c’était le prix Nobel de littérature, un grand écrivain anglais contemporain et comme j’ai une passion particulière pour Tchekhov, j’ai voulu faire un cycle Tchekhov, là on est dans les grands auteurs universels. Avec Pinter, Tchekhov et Edward Bond, on a trois formes de théâtre avec des immenses auteurs mais avec des styles de théâtre complètement différents. Le théâtre de société absurde chez Pinter, le théâtre de la menace chez Tchekhov, théâtre psychologique, théâtre où le quatrième mur existe, très important dans l’art dramatique, l’art du comédien du 20ème siècle avec l’explosion du cinéma, un monde d’images, c’est vrai et ensuite le dialogue mais il y a eu des périodes dans le cinéma, surtout dans le cinéma américain qui s’est inspiré totalement de la technique du théâtre créée par Constantin Stanislavski qui était directeur du théâtre d’Art de Moscou, il a inventé ce qu’on appelle maintenant l’art de la mise en scène grâce à Tchekhov. Quand il s’empare d’une œuvre, par exemple la Mouette, il y a une anecdote, Tchekhov envoie le manuscrit, il dit à Constantin, j’écris des comédies comme pour la Cerisaie et Constantin répond « mais moi, maître, j’ai pleuré à chaque page », c’est-à-dire que le metteur en scène, quand il s’empare d’une œuvre, il propose sa propre lecture et pas forcément appropriée à l’écriture. Pour moi, je mets l’accent sur la société russe qui est en train de mourir, on est en 1900 à la fin du tsarisme avec déjà des révolutions dans la société, ensuite 1905, 1917 révolutions prolétariennes mais aussi intellectuelles. Lénine, c’est un grand intellectuel, c’est vrai que Tchekhov a senti ces changements d’attitude dans la société, alors, nous pour la Mouette ça a été surtout un parti pris d’ordre collectif parce que dans Tchekhov c’est le théâtre de la démocratie, il n’y a pas de petit rôle, bien sur il y a des rôles plus importants que d’autres mais chacun, chaque rouage est important dans la pièce et çà c’est très russe, il y a chez lui tout un collectif à respecter avec en même temps des individus qu’il faut respecter aussi, c’est peut être la façon qu’on a eu de créer le communisme.

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JP L : Est-ce que c’est facile à faire comprendre aux spectateurs ou faut-il une explication de textes ?

DC : Non, disons que j’aime bien présenter les spectacles parce que je sais que les spectateurs en sont friands. Moi, je crois que c’est dans le sourire de Tchekhov, sa beauté dans les portraits de jeunesse où l’on voit un homme plein de tendresse et en même temps un homme qui a un œil très acéré sur ce qu’il regarde, on voit çà dans les photos, moi je laisse libre court à l’énergie des acteurs en essayant de faire çà d’une façon slave. Le parti pris, c’est la « slavitude », ce sont des gens qui sont à la fois très profonds, très torturés qui commencent une phrase en pleurant et qui la terminent en riant et inversement, ce sont des gens qui ont toujours soifs comme des enfants et dans la Mouette, c’est aussi un grand comparatif avec Hamlet où il y a le théâtre dans le théâtre, où tous ces jeunes russes et moins jeunes veulent tous devenir comédiens ou écrivains. Il y a une notion de l’art dans la Mouette, il y a aussi quelque chose de très important chez ce dramaturge, il y a toujours un docteur, un médecin dans les personnages, là dans la Mouette, le docteur Dorn est d’un grand cynisme, Tchekhov était médecin de formation, très vite, il sait qu’il a la tuberculose, il a les symptômes depuis l’âge de 20 ans, quand on crache le sang et qu’on fait des études de médecine, on sait qu’on n’en a pas pour très longtemps, Anton qui était un homme très doux, très gentil avec toute sa famille, tout ce qu’il gagnait , il le donnait pour payer le loyer de ses parents à Moscou.

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JP L : Vous rappelez vous de votre mise en scène, il y a une quinzaine d’années ?

DC : Oui, ce qui a changé c’est moi, j’avais 15 ans de moins, on acquiert un savoir faire dans la direction d’acteurs, la suggestion et puis quand on connaît bien l’œuvre, ça va plus vite, je ne me pose plus de question en étant un metteur en scène plus mur, je m’aperçois que c’est un art, il y a 15 ans je pensais que c’était plus facile. En gagnant en maturité et en savoir faire, il y a des formules qui sont plus commodes, plus faciles à aborder et en même temps on se dit que le chemin est très long et qu’on n’y arrivera jamais. J’aime bien citer le mot un peu intraduisible de Giorgio Strehler « sterben » en français on traduirait tendre vers quelque chose, on tend vers sa propre vieillesse, sa propre mort mais on essaie quelque chose, on tend vers…mais on ne réussit jamais.

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Dominique Czapski aime toujours terminer sa présentation face au public en disant une petite phrase qui honore le théâtre en général, celle-ci est de Schiller « ce n’est que par la représentation théâtrale que l’œuvre du poète tragique forme un Tout ».

 

                                                                          Jean Pierre Lamouroux

 

Représentations, les 28, 29,30 mars et les 4, 5, 6 avril avec Suzanne Ananias, Jeremy Fouix, Mathieu Glasson, Nathalie Le Cann, Julien Le Coq, Véronique Le Gratiet, Sébastien Le Roy, Patrick Megevant, Aurélia Morini, Jpnathan Roux avec une scénographie de Myriam Querio

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