Cinéma / HER de Spike Jonze

HER de Spike Jonze.

Le réalisateur de Dans la Peau de John Malkovitch, et de Max et les Maxi Monstres, nous invite avec son dernier film à suivre l’expérience originale d’une  « addiction »  aux moyens de communication de la société moderne. Son héros, un quadra en situation sentimentale délicate , va , au cours des échanges sur internet , tomber amoureux de Samantha la femme virtuelle  à la voix charmeuse et impertinente, de  son  nouveau logiciel  intuitif  et  ultra perfectionné   . Oscar 2014 du Meilleur Scénario original .

l' Affiche  du  film
l’ Affiche du film

Quelques jours après la sortie de The Grand Budapest Hôtel de Wes Anderson (2014) , le cinéma Américain nous propose dans la foulée , le film d’un autre cinéaste à l’univers très particulier et original dont les films constituent une bouffée d’air pur empreint de poésie qui tranche , lui aussi , avec le tout venant d’une production « formatée ».  Et  une  exploration curieuse des territoires, qui le sont rarement  et  qui ici est servie  ce qui ne gâte rien,  par une mise en scène aussi inspirée qu’originale dans la marnière d’arpenter les territoires parfois balisés dans lesquels l’inattendu vient pointer son nez . Sous l’apparence d’un récit de  science-fiction situé dans un futur proche, la mise en scène nous plonge avec son héros dans un quotidien  très réel où les relations humaines se retrouvent métamorphosées par leur dépendance aux nouveaux moyens de communication .
Comme le souligne la séquence d’ouverture du film où l’on voit Théodore Twomby ( Joacquin Phoénix , encore parfait ) employé dans une entreprise proposant un service particulier de « lettres personnalisées »  pour des clients souhaitant transmettre , via ce service, leurs missives dont ils laissent exprimer ( composer ) les mots  d’échanges  d’une intimité affective,  par cette entreprise qui en a fait  sa spécialité. Théodore en est d’ailleurs un des employés les plus apprécié -comme en témoignent les lettres de remerciements envoyées à la société – par la qualité et l’expression d’une écriture qui fait mouche,  dans l’art de toucher la sensibilité des destinataires …

Joaquin Phoenix   face  a  son ordinateur , en dialogue  virtuel avec  Samantha
Joaquin Phoenix face a son ordinateur , en dialogue virtuel avec Samantha

Mais voilà que ce « messager » des sentiments des autres,  se retrouve pris au piège par ses propres sentiments mis à mal par une histoire d’amour qui est en train de mal tourner et le désespère. Dès lors, se détachant des autres et s’enfermant dans une solitude qui ne trouve pas repos dans le sommeil, ni dans la tentation de le remplir de ces rendez-vous que le Net propose en substitut de chairs et de sentiments sans lendemains, voilà que l’achat d’un nouveau programme informatique intuitif capable de s’adapter à chaque utilisateur et lui offrir une « écoute » personnalisée , va bouleverser son quotidien. La voix ( celle, sensuelle, de Scarlett Johanson ) de l’interlocutrice va tout de suite le surprendre au delà de ses attentes par sa manière de l’aider à gérer le quotidien et le travail , et surtout , par sa présence de tous les instants comme une sorte de confidente et complice, par ces émotions qu’elle exprime comme une personne réelle .

Joaquin Phoenix  et  Rooney Mara  (  son ex )
Joaquin Phoenix et Rooney Mara ( son ex )

En fait, pour Théodore , Samantha devient cette nouvelle compagne rêvée avec laquelle il peut s’abandonner en confidences… comme c’est le cas lors de la naissance d’une aventure qui se concrétise par la recherche de cette proximité quotidienne que tous les nouveaux couples amoureux veulent partager . Et le non-dit finira par l’être , Samantha se montrant même très « excitée »  par l’expérience inédite… et cette voix dont il ne peut plus se passer , Théodore en fera la compagne de son quotidien ,  présente dans tous ses déplacements de travail ou loisir, et  s’organisant avec elle                (  oreillette constamment  à l’écoute )  des vacances à la mer où à la montagne , une vie normale d’amoureux, quoi !.

Joaquin Phoenix  et Amys  Adams , sa  voisine
Joaquin Phoenix et Amy Adams , sa voisine

La belle idée de mise en scène , c’est la manière dont Spike Jonze réussit à donner vie à la présence de Samantha comme vis à vis ,  comme  contre-champ de cinéma , de Théodore . A la fois par cette voix- off omniprésente face à l’image de Théodore  et ( ou ) les  lieux dans lesquels , il l’entraîne . Mais aussi, par,   ce que celle-ci par sa présence  (  voix ) , finit par révéler et faire sourdre sur la dépendance à la technologie dont se font le reflet ces scènes étonnantes de ces passants fantômes croisés , dans la rue   ou les  lieux  publics , suspendus à leurs portables, tablettes, et (ou) casques audio, qui les relient à d’autres inconnus fantômes d’ailleur , ou a d’autres univers musicaux. Le corps ici , et l’esprit ailleurs. C’est comme une sorte de vertige qui tout à coup s’installe avec ces objets devenus devenu moyens d’échanges à distance , faisant le lien et se substituant désormais aux rencontres réelles. Ce vertige, thème  au cœur de son œuvre,  dont déjà se faisait écho Dans la peau de John Malkovicth ( 1999 ) et qui , ici , embrasse une dimension nouvelle : entrer dans la peau non plus humaine , mais  celle d’un ordinateur !. Cet objet qui garde toute la mémoire que l’on veut ( mais il y a aussi celle que l’on peut effacer)  à laquelle les souvenir   font  écho ( les flash-baks ) les  souvenirs  des moments passés et heureux ; mais aussi   ceux  du présent  ( la scène de la signature des papiers du divorce ) entre Théodore et Catherine ( Rooney Mara ),   tandis que les amis ou la voisine , Amy ( Amy Adams ) tentent – en vain –  de renvoyer les échos de  ce  réel qui s’efface à Théodore  esprit  fixé  a  son oreillette et  à la  voix  de  Samantha  .

Joaquin Phoenix , Rooney  Mara  et Spike  Jonze   sur le tournage du  film
Joaquin Phoenix , Rooney Mara et Spike Jonze sur le tournage du film

En filigrane de ce vertige et de la réflexion sur le réel et la mémoire , il y a à l’évidence chez Spike Jonze,   l’interrogation sur l’art et le cinéma comme moyen d’expression de celle-ci au travers de ce rapport , entre le robot  ou  l’ordinateur et l’homme, initié dans les livres de Science-fiction ( Isaac Asimov, Philip K. Dick, Arthur C.Clarke …) dont s’est fait l’écho Stanley Kubrick dans les célèbres scènes de 2001 L’odyssée de l’espace (1968 ) où l’équipage est confronté à l’ordinateur Hal . Un relationnel dont on retrouve  l’écho des   rapports ( humain- machine ), entre Théodore et Samantha,    et que prolonge la réflexion sur un débat ouvert aujourd’hui par les Tablettes et autres Ebooks modernes, sur le « Palpable » et le « non palpable », que résume cette belle réplique dans le film , «  Je sens encore ta présence , ainsi que le mots de notre histoire . Mais c’est dans cet espace infini, entre le mots, que je me trouve ».  Belle Idée que Spike Jonze prolonge dans ce rapport entre réel et virtuel auquel est confronté l’évolution du cinéma de nos jours dans l’utilisation et le rapport à l’image, avec les nouvelles technologies.

Joaquin Phoenix  et Chris  Pratt , un des  collègues de  travail
Joaquin Phoenix et Chris Pratt , un des collègues de travail

En ce sens , la Samantha de son film est le double parfait de la Simone , cette actrice virtuelle obéissante destinée à remplacer la star capricieuse du film Simone d’Andrew Niccoll       ( 2002) , ou encore de cette Star vieillissante du superbe film, Le Congrès d’Ari Folman ( 2013 ) , dont on va scanner et virtualiser en 3D le corps, afin de pouvoir utiliser éternellement cette aura et ce charisme incomparable avec lequel aucune autre ne peut rivaliser dans l’interprétation des personnages. Mais ce virtuel désincarné est-il la solution ?, n’est-il pas exposé aux risques de dérapages ? , c’est aussi la question que l’aventure amoureuse de Théodore et de Samantha va devoir affronter, et,  la réponse on vous la laissera découvrir lors de la vision de cette fable fictionnelle dont le charme et l’originalité du regard ludique , sont plus que séduisants.

(Etienne Ballérini )

HER de Spike Jonze – 2014- Usa –
Avec : Joaquin Phoenix, Scarlett Johansson, Amy Adams, Rooney Mara, Olivia Wilde,
Chris Pratt, Matt Letscher….

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