Théatre / la compagnie B.A.L., cet OTNI !

Scènes de la vie théâtrale niçoise : chapitre 2  

BAL HMTElle se définit comme un O.T.N.I (Objet Théâtral Non Identifié) et c’est vrai qu’il y a un peu de ça, ne serait-ce que par son art de brouiller les pistes. A Commencer par son nom : la compagnie B.A.L. On pense à un bal, et on se dit : « non, ce n’est pas être ça. » Et pourtant : Bal d’Arts Légers…

Thierry Vincent, son lider maximo, nous doit bien un brin d’explication.
Il y a peut-être deux explications. D’abord pour rendre hommage à Rosella Hightower1, étoile de la danse qui j’ai longtemps travaillé à son école : la danse, art léger par excellence. Et deuxièmement parce que, après quelques années de résidence au Théâtre de Nice avec Jacques Weber, je m’apercevais de la difficulté  de tourner des productions qui, sans être gigantesques étaient difficilement transportables. Il fallait que je réinvente pour ma compagnie un théâtre léger qui puisse aller dans des véhicules légers et qui puisse aller dans des endroits improbables  et compliqués comme par exemple une mine de cuivre au Pradet.

BAL NoctambulesDans la compagnie BAL il y a plusieurs « corps de métiers » : écriture, comédiens, musiciens, mais tous se retrouvent sur scène. Il y a là comme un syncrétisme : le fait de jouer, et de jouer ensemble, va être un dénominateur fondamental.

Dèjà nous sommes une équipe qui est le quatuor de base de la compagnie avec lequel on se réunit comme se réunissent des adolescents pour faire un groupe de rock. Dans notre compagnonnage artistique qui est assez important on aime bien avoir cette mobilité et d’aller dans des lieux avec chacun son domaine : les actrices, moi le texte et aussi le jeu, Henri, les compositions : arts légers.

Il y a quelqu’un de très important pour toi mais aussi pour la compagnie : c’est Fernando Pessoa².
C’est un peu notre bon génie, quelqu’un vers qui l’on revient souvent, d’abord parce qu’il est fondamental : c’est lui qui a ouvert le BAL. On y revient parce que nous avons des lectures. Pour moi cela représente une sorte d’idéal théâtral  car c’est une langue extraordinaire. Curieusement ce n’est pas du tout une langue qui est destinée au théâtre mais qui s’y porte bien : se sont des gens qui sont tellement du monde social – Pessoa était à la fois impliqué dans la vie quotidienne et grand chercheur en quête d’âme.

BAL UBUUn autre compagnonnage : Jarry.
Avec Ubu on avait un défi à relever dans la compagnie : on sortait d’une grosse production qui s’appelait Les funambules avec le Théâtre de Nice et le Théâtre de Grasse, qui avait été houleuse, comme j’en ai eu deux fois dans ma vie de metteur en scène. On a rencontré Jarry et on s’est aperçu que s’était un petit frère de la compagnie. Quand il allait au lycée de Nantes, il y avait un groupe de théâtre qui devait monter une pièce, Les Polonais, il s’est intégré dans cette troupe, il a donné le titre, Ubu, il a pratiquement assez peu réécrit cette pièce. Cette pièce est écrite par des jeunes gens qui disent tout le bien (sic) qu’ils pensent des grands. Cette pièce tombait pile poil : on était à un moment de notre compagnie où on avait envie de dire tout ce qu’on pensait du monde des grands. Et tout ça avec trois francs six sous : le sponsoring incroyable d’Emmaüs qui pour 50€ nous a fourni la scénographie et les costumes. On a trouvé un cheval pour 5€, des costumes extraordinaires jaune moutarde que personne n’ose fabriquer aujourd’hui  parce que ça fait mail aux yeux. Un costume de théâtre, cela peut revenir à 1000€, là 5€.

Ubu roi, par la compagnie B.A.L.
Ubu roi, par la compagnie B.A.L.

Et puis vinrent les célèbres comédies jardinières…
C’est une idée qui nous est venue après deux ans d’existence. On avait créé des Objets Théâtraux Non Identifiés, on s’était dit : « si on veut continuer l’aventure, il faudrait que l’on trouve le mont de rencontre entre nous et le public. » On vit dans une espèce d’endroit homérique, la Méditerranée,  des jardins extraordinaires, des scénographies qui ont été construites depuis des centaines d’années. Je me suis dit : « profitons de ces endroits fabuleux pour écrire des spectacles pour nous mettre en relation avec un public qui ne viendrait pas forcement au théâtre mais qui viendrait dèjà au jardin. » C’est une aventure qui dure maintenant depuis sept ans.

Il ya a quelque chose que j’aime beaucoup dans votre production, et qui n’est pas forcement que du théâtre pour enfants comme c’est parfois présenté, ce sont les « Histoires minuscules du théâtre » avec, hé oui, cette légèreté à nous faire comprendre le mystère de 5000 ans du théâtre.
C’était un défi : on rencontre souvent des enseignants, qui sont des spectateurs privilégiés, ils nous demandent si nous pouvons venir dans leur école… Je me suis dit qu’il fallait qu’on prépare quelque chose d’un peu sur mesure. Il y a ce livre extraordinaire qui s’appelle « Histoire du théâtre dessiné », de André Degaine. Nous nous sommes inspirés de ce livre pour tracer, en une heure de temps, l’histoire du théâtre, ce qui paraît impossible, mais le théâtre est le lieu de l’impossible. Nous le tournons depuis dix ans avec une sorte de mise en garde : on voit que beaucoup n’entendent plus aucune des références. Il y a un boulot préparatoire, on va dans les écoles et on leur parle. Il y a des gens, même le nom ne leur parle plus : Corneille, pour eux, c’est un chanteur.

L'enfant Samourai, Elodie Tampon Lajariette, Elise Clary
L’enfant Samourai avec Elodie Tampon Lajariette et Elise Clary

Et le théâtre pour enfants ?
C’est le jardin qui nous a mené aux enfants. A une représentation d’une comédie jardinière, une inspectrice d’académie nous a demandé si nous pouvions jouer ce spectacle pour les enfants. Nous n’y avions pas vraiment pensé, mais il y a toujours des enfants dans nos comédies jardinières, avec les parents, ils s’installent avec nous dans l’herbe, ils voient des grands jouer, il y a au moins cette curiosité-là, de voir des grands qui jouent. C’est vrai que, au niveau du vocabulaire, de la langue, ce n’est pas évident pour eux. Et là elle a cité une phrase magique : « Puisque de toutes façons, on passera dessous, autant placer la barre assez haut ». On a suivi son conseil : les enfants se sont emparés des mots curieux du spectacle. Suite aux représentations, le rectorat nous a passé commande d’une pièce jeune public et je me suis rendu compte que c’était un peu plus difficile que pour tout-public. Il fallait être efficace, et en même temps je voulais garder mon écriture. Comme pour les adultes, mais à un niveau supplémentaire. Les grands sont aussi intéressés que le jeune public par le jeu : il y a deux trois couches dans le langage où les grands peuvent entendre d’une manière et les petits d’une autre.

Quelle est l’actualité de la compagnie B.A.L ?
Cela fait dix ans que nous existons. Nous avons un répertoire, ce qui est fondamental. C’est important pour nous d’avoir cette « maison » de pièces qui nous accompagne. On fait une pause, on réfléchit, on créé un peu d’espace vide, pour voir ce qui va surgir… Pendant 8 ans nous avons répondu à des commandes. J’attend ma commande intérieure, comme Pessoa, elle va venir sans doute avec l’écrivain néo-zélandais Janet Frame, auteur de Un ange à ma table. Cette fois dans une configuration toujours légère, mais en s’associant avec les théâtres : on adore gambader dans les jardins, mais j’adore aussi le luxe des théâtres

Jacques Barbarin

B.A.L intervient pendant le printemps des  poètes :
– Cocteau, La difficulté d’être, Samedi 8 mars à 14h30, C.U.M Centre Universitaire Méditerranéen, 65 promenade des Anglais Nice
– Cocteau/Picasso, samedi 15 mars, 14h30 et 18h Musée Cocteau, 2 quai de Monléon Menton

Compagnie B.A.L – Jeu : Elise Clary, Elodie Tampon-Lajarriette & Thierry Vincent Musique et chansons : Henry Manini

1 Rosella Hightower,  danseuse étoile et professeur de danse franco-américaine  (1920-2008) En 1961 elle fonde à  Cannes le Centre de danse international Rosella Hightower.  L’école se veut multidisciplinaire, Rosella ayant été l’une des premières à prôner cette diversité, de la danse classique au contemporain.

² Fernando Pessoa est un écrivain, critique, polémiste et poète portugais (1888 1935). Théoricien de la littérature engagé dans une époque troublée par la guerre et les dictatures, ses vers mystiques et sa prose poétique ont été les principaux agents du surgissement du modernisme  au Portugal. Son œuvre principale : Le livre de l’intranquillité.

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