Cinéma / GLORIA de Sébastian Lelio

GLORIA de Sébastian Lelio

Proche de la Soixantaine et encore pleine de vitalité, Gloria divorcée et deux grands enfants , ne veut pas céder à l’inéluctable d’un troisième âge sans éclats de vie. Sa vie elle veut continuer à en faire une fête de rencontres et tomber encore amoureuse quitte à se cogner aux désillusions…et  renaître , comme le Phoenix, à un nouveau chapitre de sa vie. Porté par une comédienne épatante, Paulina Garcia ( prix d’interprétation au Festival de Berlin 2013 ) , le film    ( Ours d’Argent à Berlin,  et candidat à l’Oscar du meilleur film étranger ) est un petit bijou de sensibilité….

l' Affiche  du  Film.
l’ Affiche du Film.

Le troisième film du jeune cinéaste Chilien ( La Sagrada Familia / 2006 et Navidad / 2009 ), confirme les qualités d’un auteur qui porte un grand intérêt à la vie quotidienne de ses personnages qu’il sait admirablement intégrer dans un contexte de vie sociale et collective. Il confirme aussi, par ailleurs, les qualités d’une cinématographie qui grâce aux cinéastes de la jeune génération ( dont quelques exemples sont révélateurs, à l’image du Machuca d’Andrès Wood,  de Santiago 73, Post Mortem et No de Pablo Larrain , et plus récemment du Magic Magic de Sébastian Silva, référencé sur notre site ), dont les films nous parviennent encore trop rarement. Une génération qui est en train de se construire une identité en forme de renaissance cinématographique porteuse d’espoirs comme de réflexion sur le pays , après les années sombres de la Dictature qui lui avait porté un coup fatal. Le cinéaste est d’ailleurs à ce sujet très clair sur sa volonté de décrire au travers du vécu de ses personnages, un certain quotidien du Chili d’Aujourd’hui : « Gloria m’a été inspiré par les choses de la vie. Des faits qui sont advenus à des gens que je connais. Des anecdotes parfois même apportées par les comédiens du film et insérées dans le scénario. Je voulais décrire comment l’on vit actuellement au Chili, et précisément à Santiago », dit-il dans le dossier de presse du film.

Paulina Garcia  ( Gloria )
Paulina Garcia ( Gloria )

Et le personnage de Gloria ( Paulina Garcia, superbe), qui fait partie de l’ancienne génération , confrontée à une nouvelle génération dont ses enfants font partie, est le  révélateur qui permet au cinéaste de traduire les différents points de vues sur cette évolution, avec -en inévitable référence- ce lourd passé impossible à oublier auquel une séquence centrale du film , fait écho lors d’une réunion d’anciens autour d’un repas.
Ce passé comme identité porteur d’une blessure qui ne veut ( peut ) pas se fermer, et qui est rendue vivace par les incertitudes que lui renvoient les choix politiques d’un Chili moderne en pleine mutation et dont la soif de changement se retrouve à la croisée des chemins , comme le soulignent les images des manifestations étudiantes de 2013, dont Gloria est l’une des spectatrices concernées , et dont la participation au débat d’idées reflète une réalité nationale «  il existe chez nous une vraie culture de la pratique politique.La politique a toujours été au centre de la vie des chiliens , et ça n’a pas changé... », dit le cinéaste. Et la modernité de Gloria se reflète dans ce comportement ouvert aux possibles dont son quotidien s’habille – au delà de la vie travaillée et familiale- d’une quête personnelle et d’une soif de vivre dont l’énergie à quelque chose d’emblématique par le choix du cinéaste, dans le rapport voulu entre son personnage et les spectateurs Chiliens.«  je suis un total admirateur de cette actrice depuis des années. Elle est très connue depuis les années 1980, elle a son propre soap-Opéra, c’est une personnalité très spéciale pour les Chiliens . C’est aussi une très grande actrice de théâtre qui assure des mise en scène. Ce film a été écrit pour  elle , c’est un hommage, une lettre d’amour adressée à Paulina » , dit-il

" ... alors on  danse ! "
 » … alors on danse ! « 

C’est la belle idée du film , qui emporte l’adhésion , tant elle est rendue « palpable » par une mise en scène qui en fait son fil rouge tout au long d’un récit où les situations vécues par les héros font écho, à celles d’une vie quotidienne   qu’elle reflète  et  partagée par des milliers de Chiliens. Et, tour de force , cette identification qui pourrait paraître limitée, trouve par ces situations familiales emblématiques  un « vécu » Universel que vient souligner une bande sonore remplie de « tubes » modernes , dont celui du « Gloria » d’Umberto Tozzi qui donne son titre au film, en même temps qu’il fait écho, en hommage revendiqué par le Cinéaste à la Gena Rowlands du Gloria de John Cassavetes , autre femme forte dont la Gloria Chilienne , perpétue en quelque sorte, le combat d’un désir de liberté qui sait faire face aux désillusions de la vie . Dès lors on se retrouve en totale adéquation dans les références à ces situations de familles décomposées par les divorces et autres liens d’enfermements sentimentaux qui paralysent , de la même manière que l’on est familiarisés avec ses enfants qui en sont les héritiers et qui veulent voler de leurs propres ailes, à l’image de la Fille de Gloria qui a décidé de partir rejoindre ( la belle scène de la séparation familiale à l’aéroport ) sa passion Suédoise .

Paulina  Garcia  et  Sergio Hernandez  ( Rodolfo )
Paulina Garcia et Sergio Hernandez ( Rodolfo )

Sébastian Lelio a le sens des détails et de la concision du regard  , par exemple un seul échange de regards entre la fille de Gloria et son père,  suffit pour faire comprendre les nuages qui se sont installés dans leurs rapports. De la même manière que Gloria dans sa quête d’une autre passion qui pourrait se concrétiser avec la rencontre de ce Rodolfo ( Sergio Hernandez ) susceptible de lui offrir un nouveau départ, va se retrouver confrontée à ces « fuites » de l’autre , qui l’interpellent. Gloria qui ne veut plus de promesses évasives et, demande en échange, la compréhension, et des actes suivis d’effets car…. pour les échappatoires , elle a déjà donné! . Gloria qui veut rester libre et vivante dans la vie et en Amour, et être regardée pour ce qu’elle est . Voyez là donc,  sur les pistes de danse des boîtes de nuit attirer les regards à faire pâlir beaucoup de « jeunettes ». Et, surtout voyez ce corps en attente et frémissant ( les belles scènes d’amour ) de désir et de plaisir. Pour Gloria la (re) conquête de la vie est son champ de bataille. Sébastian Lelio au delà du chant d’amour à une actrice , propulse Gloria dans la lumière et au travers d’elle et de son magnifique portrait de femme qui assume son âge , il offre à toutes les femmes un superbe film -symbole qui les incite à suivre l’exemple d’ une belle « nature  »  de féminine qui n’a pas froid au yeux, ni peur d’affronter les préjuges …pour profiter, tout simplement de la vie et se donner encore du bon temps à vivre  !….

(Etienne Ballérini)

GLORIA de Sébastian Lelio – 2013- Chili
Avec : Paulina Garcia , Sergio Hernandez, Marcial Tagle, Diego Fontecilla, Fabiola
Zamora, Antonia Santa Maria.

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