Cinéma / LE VENT SE LEVE de Hayao Miyazaki

LE VENT SE LEVE de Hayao Miyazaki.

Autour de la destinée du jeune Jiro, passionné d’aviation qui deviendra un des plus grands ingénieurs d’aéronautique du monde , le cinéaste du Chateau dans le ciel et de Ponyo sur la falaise, nous offre une magnifique fable sur la beauté des rêves emportés par le vent de l’histoire. Le souffle épique de la fresque historique confronté au scalpel de l’ambiguïté et transcendé par la poésie de l’imaginaire , l’énergie de la survie et la beauté de la romance mélodramatique  …

l'Affiche  du  film
l’Affiche du film

Dans le Japon de l’après première guerre mondiale le jeune Jiro affublé de ses lunettes de vue pour myopes,  est une lecteur assidu des revues scientifiques et notamment de celles qui traitent de l’aviation et de ces engins magnifiques conçus par celui à qui il voue une admiration sans bornes, l’italien Gianni Caproni concepteur de prototypes magnifiques et qui rêve d’un développement industriel harmonieux avec ses machines volantes destinées a faire découvrir le monde . Un envol sous la voûte étoilée ( les belles scène rêvées ) en compagnie de celui dont il aimerait bien adopter la devise empruntée à Paul Valéry «  le vent se lève …il faut tenter de vivre ! » . Handicapé par sa vue , Jiro, qui ne peut espérer devenir pilote mais veut concrétiser ses rêves , va se tourner vers des études d’ingénieur spécialisé dans l’aéronautique  pour  faire s’ouvrir les portes …qui vont le conduire à une carrière prestigieuse de créateur et d’inventeur dont les rêves seront emportés par le vent de l’histoire. Les magnifiques machines de sa passion adolescente qui devaient concrétiser ses rêves d’évasion et de liberté vont  en effet , devenir – raison d’état oblige – des machines de guerre redoutables ( les avions zéro) , des engins de mort et de désolation. Celle de la guerre meurtrière qui fera écho quelques années plus tard à cet autre fléau, le tremblement de terre ( celui de Kanto en 1923) dont Jiro, a vu et vécu adolescent, les terribles ravages dont les cicatrices perdurent dans les mémoires .

Le  jeune  Jiro  (en bas )  à la poursuite de ses rêves  ( sur  l'avion  son  mentor ,  Gianni Caproni )
Le jeune Jiro (en bas ) à la poursuite de ses rêves ( sur l’avion son mentor , Gianni Caproni )

C’est cette enfance et cette histoire d’un pays marqué par les épisodes tragiques ( dépression , crise économique, tremblement de terre , guerre ..) que le cinéaste de Kiki , La petite sorcière,  a choisi, ici , de raconter en s’inscrivant dans la thématique qui a hanté toute son œuvre, celle de la souffrance, de la mort, de la violence et de la guerre. Si les envolées poétique restent présentent comme exutoire et en forme d’espoir de ce « il faut tenter de vivre ! » constamment entretenu en fil rouge d’un récit où la noirceur et la mélancolie dominent . Le bestiaire qui incarne dans la plupart de ses films l’évasion vers le rêve et l’utopie en forme de quête poétique , se retrouve ici confronté à un réel et un quotidien , dont le sens  ( vent  )  de l’histoire , vient pervertir la donne du souffle d’idéal de liberté qu’il symbolise . La gravité est plus présente , est-ce dû au fait que cette fois-ci Miyazaki ( 72 ans ), l’ a juré (?), ce serait son dernier travail , auquel il a consacré cinq ans de sa vie, qui fait que le pessimisme semble dominer. Peut-être …mais, c’est sans doute  aussi ,  l’opportunité pour le maître du cinéma d’Animation Japonais d ‘apporter la touche qui lui tient à cœur ( et restée jusqu’ici en toile de fond ), d’explorer les souffrances , en même temps que les zones d’ombres de l’histoire de son pays.

Jiro  prend  son envol
Jiro prend son envol

Ces souffrances d’hier qui font référence à un présent dont la séquence du tremblement de terre de Kanto évoqué plus haut n’est pas – ici – présente par hasard et dont les effets de désolation     ( images terribles de dévastation et de mort ) , ne peuvent chez le spectateur   ( qu’il soit Japonais, ou pas ..) que faire écho au spectre  récent de la catastrophe de Fukushima.      Surtout, quand on sait l’attachement du cinéaste à la question de la cause écologique.             Dès lors le rêve de Jiro, au long des étapes de sa vie des années 1920  et jusqu’à la seconde guerre mondiale, qui va se retrouver confronté à l’évolution de l’histoire de son pays ne peut que révéler,  en filigrane, les zones d’ombres d’un passé fait de compromissions, avec notamment la montée de la politique belliciste du pays qui trouve son apogée avec le pacte le liant à l’Allemagne Nazie durant la seconde guerre mondiale . C’est dans cette exploration des compromissions que le film trouve , à notre sens , une belle et passionnante dimension. Dans la mesure où, c’est au cœur même des éléments de la narration qu ‘il fait sourdre, tout en notations subtiles et nuancées , les éléments d’un constat qui n’en est que plus efficace .

Les  avions de  combat  à l'usine de  construction
Les avions de combat à l’usine de construction

Lorsque par exemple au détour d’une séquence qui relate la visite des ateliers aéronautiques Allemands par les Japonais , on voit Jiro, libéré des obligations protocolaires,  se promenant dans les rues de la ville la nuit , assister   à la traque par les policiers d’un opposant au régime. Ou encore, dans  la séquence où le voyageur Allemand rencontré à la station thermale , se laisse aller aux confidences évoquant une certaine culture Allemande d’opposition, citant  notamment Thomas Mann (  exilé  et déchu de  la nationalité  Allemande par  le régine  Nazi )    et son  roman  « la montagne magique ». De la même manière, ce sont des petits indices qui viennent s’insinuer au cœur du quotidien de l’usine où travaille Jiro, lorsqu’il y est fait état de « surveillance  secrètes » et de licenciements de «  certains éléments », suggérant le poids des pressions politiques du régime Japonais sur le secret de la production de guerre . Comme il est également sous- entendu dans les multiples scènes qui laissent percevoir le malaise de Jiro déchiré et tiraillé entre le devoir et sa passion , qui voit son rêve s’évanouir dans le cauchemar d’un cimetière ( superbe séquence ) de carcasses d’avions abattus ….*

Le  mystérieux   client  de  la  station thermale
Le mystérieux client de la station thermale

Le cinéaste oppose , habilement, à ces « notations » révélatrices à la fois la capacité de la nation Nippone à se relever des pires catastrophes et cauchemars à l’image des magnifiques scènes illustrant la solidarité collective au cœur de l’exode consécutif au tremblement de terre . Comme est significative la belle humanité dont Jiro fait preuve vis à vis de ceux qui ont eu besoin de lui et qui fait dire «  c’est un gars bien… » .Une humanité qui trouve son écho également dans les notations d’une vie quotidienne, familiale et sociale dont le cinéaste , par petits traits incisifs accentués par son art du dessin et de l’ellipse, dit l’importance. C’est cet espoir entretenu d’une dimension humaine qu’il est nécessaire de préserver ( garder cette part de l’enfance ) qui apporte par les envolées poétiques et libératrices le contrepoint nécessaire d’une ouverture à ces « possibles » qu’il faut saisir, le moment voulu . A cet égard , ce n’est pas un homme ( un héros ) tiraillé par le remord ou la culpabilité que le cinéaste propose , mais un homme qui a su garder cette part d’humanité nécessaire pour savoir , tendre la main quand il le fallait .

Jiro  et  Nahoko   sous la  pluie
Jiro et Nahoko sous la pluie

Et ce n’est pas un hasard non plus si celle-ci se retrouve dans cette magnifique romance d’amour, de soutien ( de dévotion ), qui va se nouer avec cette jeune fille – Nahoko – qu’il avait jadis aidée , et qui devenue adulte, fait à nouveau irruption dans sa vie pour en changer le cours. Au cœur des soubresauts de l’histoire , des grondements des machines de mort , ou , d’une nature qui se rebelle, ce sont les espoirs entretenus des rêves et les élans du cœur, qui maintiennent ce souffle de vie indispensable à un nouveau départ. Même si la douleur et la souffrance … peuvent encore se retrouver sur le chemin. C’est au cœur de la noirceur et de la gravité que le cinéaste offre le plus beau message de son œuvre, celui celui d’une renaissance aux autres, et donc, à la vie dont Jiro va faire l’apprentissage … «  et le vent vous emportera » dit, aussi, le poète. Ce vent dont le cinéaste n’a cessé au long de son œuvre de saisir les multiples facettes de la poétique du mouvement dont il capte admirablement la variété et le cheminement des vibrations qui font se soulever la nature, et dont le cinéaste emprunte le mouvement de sa mise en scène ( en images ) pour saisir à son tour , les vibrations du cœur et de l’âme humaine .
(Etienne Ballérini )

LE VENT SE LEVE Scénario et réalisation de Hayao Miyazaki -2013 –

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