image Jean Zay, une pièce de théâtre

Qui se souvient encore de Jean Zay ? L’histoire a effacé de nos mémoires le souvenir de ce ministre du Front populaire qui a payé de sa vie son opposition au gouvernement de Vichy. L’homme injustement emprisonné, écrira du fond de sa cellule, « Souvenirs et solitude », un texte de réflexion sur son époque et les projets qu’il souhaite pour la France, mais il sera assassiné en 1944. Une pièce en a été tirée. Créé au théâtre Toursky en 2013, elle fut jouée à Cannes le 11 janvier dernier. 

Jean Zay
Jean Zay

Jean Zay est né à Orléans en 1904. Ses grands-parents paternels étaient des juifs alsaciens qui avaient opté pour la France en 1871. Son père, secrétaire général des Prud’hommes, était rédacteur en chef du journal radical local « Le Progrès du Loiret ». Sa mère, institutrice, était de lignée protestante. Jean Zay est un brillant élève ; après le bac, il entre au Progrès du Loiret et prépare une licence en droit tout en militant au Parti Radical. Il se fait élire aux législatives de 1932 et entre en 1936 au gouvernement comme Sous- Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil. Cette ascension rapide provoque beaucoup de polémique.
En 1936, Léon BLUM lui propose le ministère de l’Education Nationale et de la Culture. En septembre 1939, Jean Zay se porte volontaire pour le front et entre ensuite dans la résistance. Arrêté le 15 août 1940, il sera emprisonné, et le 20 juin 1944 des miliciens déguisés en résistants l’abattront puis le jetteront dans un puits. Son corps ne sera retrouvé qu’en 1946. Étant juif par son père, protestant par sa mère, franc-maçon et radical de gauche… Il suscitait la haine de la part des nazis et miliciens.

Jean Zay compte à son actif la scolarité obligatoire de 13 à 14 ans, il contribua à faire de l’école un lieu d’instruction pour tous : riches et pauvres, Il est à l’initiative de la médecine préventive, de la radio scolaire, du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), il modifia la notion de droit d’auteur dans les domaines de l’écrit, du cinéma et de la radio. Il proposera également la création d’un festival de cinéma…à Cannes, venant concurrencer l’image de la Mostra de Venise, devenue la vitrine du fascisme italien. La première édition devait se tenir en septembre 39 mais l’histoire et la guerre devait en décider autrement.

Ce n’est donc pas sans un symbolisme empreint de toute cette histoire que la pièce était jouée dans le palais des Festivals de Cannes.

La pièce, Jean Zay
La pièce avec Michel Séjourné et Mathieu Tanguy

La pièce. C’est à Cannes que j’ai assisté à Jean Zay, une pièce de théâtre écrite à partir de Souvenirs et solitudes livre écrit sous forme de journal dans Jean Zay décrit sa vie de solitude en prison. Cette pièce est le fruit du travail en commun de Raymond Vinciguerra, homme de théâtre, metteur en scène, et de Jean Manuel Bertrand, journaliste.

La pièce se conjugue comme la cohabitation de 3 espaces : celui de la prison où est détenu Jean Zay, celui de la France des années 40 et celui de la France contemporaine. Ces trois  espaces sont matérialisés par la scénographie qui, si je puis dire, « met en scène » l’Histoire.

Jean Zay, dans sa cellule, évoque son parcours politique, parle de son quotidien et de tout ce qui peut lui permettre de « tenir ». Puis un gardien de prison, ancien de 14, la foi vouée au Maréchal et que nous suivrons jusqu’à  la remise en question de ses croyances.

Vichy est représenté par deux personnages : un riche industriel, membre de la Cagoule à l’analyse froide et inaltérable, et un jeune milicien, au parcours erratique qui s’achève par une surenchère fatale.

Le dispositif scénographique est pertinent : Jean Zay est disposé coté cour, en fond de scène. L’industriel est à cour, en milieu de scène. Cet emplacement dégage une ligne de force. Le milicien occupe l’espace du plateau, donnant le sentiment d’un mouvement brownien. Autre personnage, une jeune femme qui symbolise l’Histoire en train de s’écrire : elle est liée à l’époque présentée, puisqu’elle est présentée comme la petite fille de l’industriel, mais en même temps elle est notre époque qui jette un regard sur le trouble de ces temps.

La pièce, Jean Zay
La pièce avec Michel Panier, Mathieu Tanguy et Nancy Madiou (la petite fille de Jean Zay)

Mais il faut dire que tous les protagonistes sont montrés avec une relative bienveillance. Car il  ne s’agit pas de faire acte de juger, mais de considérer. L’Histoire va rencontre la petite histoire. Ce n’est pas un procès, c’est la mécanique d’un processus.

Philippe Séjourné (Jean Zay) est impeccable, il ne joue ni révolte, ni colère, son propos reste toujours limpide. Michel Panier (le gardien) rend humain son personnage. Mathieu Tanguy (le milicien) est guidé par la frustration et une vraie rage d’exister. Michel Grisoni (l’industriel) fait très bien passer qu’il es beaucoup plus lucide et responsable que les autres. Nancy Madiou (sa petite fille) a une position plus ambiguë et difficile à tenir. Elle pourrait avoir  le danger d’entrainer le texte vers le didactique et pourrait tirer la pièce vers ce que voulait éviter Raymond Vinciguerra : un procès manichéen. Mais il n’y a absolument pas ce jeu-là chez la comédienne : elle est nos yeux et nos oreilles et nos yeux et nous oreilles ne sont pas des juges.

La première de ce spectacle a eu lieu le 17 octobre au Théâtre Toursky, théâtre dont nous avons parlé pour la session de l’université populaire  « Jean Jaurès, une grande voix » théâtre dont nous reparlerons certainement encore.

Jean Zay, un théâtre militant ? Et pourquoi non ? Ce théâtre fait partie de notre éveil, de notre lucidité, il est en compagnonnage avec la phrase de Léo Ferré : « Nous donnons l’alarme avec des cris d’oiseaux. »

Jacques Barbarin

 

 

 

 

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