image Cinéma / PHILOMENA de Stephen Frears

PHILOMENA de Stephen Frears .

Le nouveau film de l’auteur de  The  Snaper et The Queen a été présenté au festival de Venise 2013 où il a reçu le prix du scénario. Inspiré d’une histoire vraie, celle du trafic d’enfants perpétré par des religieuses, soustrayant les jeunes créatures à leurs mères coupables de relations illégitimes, pour les vendre a des familles adoptives fortunées.   Philomena  mettra 50 ans à connaître la vérité sur le sort de son enfant. Porté par une Judi  Dench exceptionnelle et une mis en scène subtile, maniant comédie et ( mélo) drame, le film est une belle réussite …

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l’Affiche du film

En 1952 dans le Sud-Ouest de l’Irlande , le couvent des Roscrea des sœurs du Sacré Cœur de Limerick , est le refuge de jeunes filles abandonnées par leurs familles pour avoir commis l’irréparable d’une liaison coupable et se retrouvant enceinte. Dans l’établissement où elle enfante avec douleur , la jeune Philomena ( Sophie Kennedy Clark) se retrouve avec d’autres pêcheresses , sous la coupe de religieuses qui sous couvert de leur faire expier leurs fautes ont mis en place un système qui s’apparente à de l’esclavage éhonté . Comme forme de compensation du refuge  donné  et  des  soins prodigués , les jeunes filles sont  soumises à une discipline de fer , contraintes à travailler à la blanchisserie et quasiment séparées de leurs enfants qu’elle ne peuvent voir que rarement. Ces derniers élevés par les religieuses, sont en effet destinés à l’âge de trois ans à être vendus à  des familles Américaines Fortunées.  C’est le traumatisme subi par ces jeunes pêcheresses qui sera révélé , Cinquante ans plus tard à un journaliste , par Philomena   ( Judi Dench , aussi émouvante qu’exceptionnelle ) désormais  infirmière  à la  retraite  , et qui , en bonne catholique culpabilisée  était restée muette sur une souffrance quotidienne qui la faisait penser à son enfant , Anthony,  dont les autorités religieuses ont toujours refusé de lui confier le moindre indice pouvant lui permettre de le retrouver !.   Une histoire vraie dont la révélation fit à nouveau scandale, à l’époque de la sortie du livre en 2009 , après celui qu’avait déjà suscité , en 2002 , le film de Peter Mullan.

Sophie  Kennedy Clark     ( Philomena  jeune )
Sophie Kennedy Clark ( Philomena jeune )  serrant  dans ses  bras  son enfant  sur  le point de  lui être  enlevé …

Vous vous souvenez sans doute du très beau film de Peter Mullan The Magdalena Sisters ( 2002, Lion d’or au Festival de Venise ) qui décrivait , lui aussi, le destin tragique de ces files perdues  (  violées  ou  filles-mères…)  à qui une certaine Irlande Puritaine ne pardonnait  rien.   Stephen Frears y fait d’ailleurs référence explicite en nous replongent en flash-bask , dans  le couvent des  années du Calvaire de Philomena dont il souligne avec une phrase assassine «  les années ont passé,  mais rien n’a vraiment changé  aujourd’hui » , faisant référence à la chappe de plomb du silence qui persiste 50 ans après,   par le biais de la nouvelle Directrice de l’établissement aux apparences plus avenantes  ( hypocrites? )   au regard  de  celles  d’ Hildegarde,  la directrice d’hier  aujourd’hui ,  vieillie  et maintenue  au secret . Celle-ci, dont la porte sera forcée par  le journaliste Martin Sixsmith ( Steve Coogan, remarquable, lui aussi )  perdure  dans son hystérie sexuelle refoulée  et refuse de demander pardon à Philomena pour lui avoir caché, si longtemps , la vérité  sur  le sort de  son enfant .
A la cruauté de celle-ci , le visage pétrifié de Philomena,  qui,  restée ferme dans sa foi, finira par apprendre ce qui sépare, pardon et oubli . L’oubli et le pardon , c’est bien ce  à quoi Martin Sixsmith , dans sa quête de vérité  , n’est pas prêt à concéder à Hildegarde  ( et au delà , à une institution catholique qui l’a soutenue ) ,  qui s’est érigée en justicière sous le masque de la foi bien-pensante   de  cette repentance et culpabilité dont elle se défausse  « seul Dieu pourra me juger , pas vous ! »,  lance-t-elle au journaliste . Et pourtant ces preuves révélées d’un trafic et d’une exploitation éhontée de la dignité humaine , ne sont-elles pas le constat implacable d’un  forme de dévoiement des préceptes même de cette religion,  que l’on prétend servir ?.

Judi  Dench  et  Steve  Coogan
Judi Dench et Steve Coogan

Stephen Frears,  après des digressions plus légères ( Chéri / 2009 ou Lady Las vegas / 2012 ) mais toujours de bonne qualité , revient aux thèmes qui lui sont les plus chers,  et qui lui ont permis d’écrire les plus belles pages de sa filmographie . On retrouve en effet,  ici , les éléments du réalisme dans lequel il aime ancrer ses récits sur les personnages marqués ou emporté par le contexte social et ( ou ) l’éducation. Des hommes , des femmes ou des enfants subissant le rejet par ce qu’ils renvoient de leurs différences à une société étriquée et puritaine qui leur promet la damnation . Différences sociales et de classes , mais aussi sexuelles ou raciales traitées admirablement dans My Beautiful Laundrette  , ou,  concernant l’éducation religieuse comme ici,   déjà  dans  son  Liam ( 2009 ) où  il  portait  un regard implacable sur la  manière  dont celle-ci emprisonnait le jeune  garçon du quartier ouvrier de Liverpool dans les années 1930 , qui tentait de s’en évader  par  la  fantaisie et l’humour  qui  était au rendez- vous salvateur du jeune héros et du récit de ses mésaventures. Le cinéaste  qui a toujours aimé jouer avec les codes et les genres du cinéma  offre  à  nouveau cette  dimension  au  récit de la quête de Philomena  qui  lui permet d’écrire les plus belles séquences , et surtout de laisser sourdre en filigrane  des digressions où l’humour et l’émotion   se mêlent subtilement au   » tempo »  d’une oppositions de caractères  et d’une  charge pointant les excès  d’  un certain cynisme  bien-pensant . Sa ns pour autant verser dans la caricature et l’amalgame  en  opposant  par exemple  habilement,  à Soeur Hildegarde et à la duplicité complice de la mère supérieure qui  lui a succédé , le comportement bienveillant de sœur Annunciata, offrant à Philomena la photo d’Anthony prise en secret… seul  souvenir  qui  lui  sera  resté  de  l’enfant  qu’on lui a  soustrait.

Judi Dench  et Steve  Coogan    entourant la  nouvelle mère  supérieure  du  couvent
Judi Dench et Steve Coogan entourant la nouvelle mère supérieure du couvent

Le récit dont on vous laissera le plaisir de la découverte des péripéties ( recherches au couvent  et  rencontre  des  -rares- témoins …qui se poursuivra, aussi ,  outre-Atlantique )  qui l’enrichissent , et dont la mise en scène est sans cesse remise en mouvement par des indices , qui via par exemple,  les photos ( l’insigne du trèfle Irlandais sur la veste  ou  la photo d’une  star célèbre …) relancent  comme ceux d’un Polar , l’enquête sur Anthony,  le fils perdu . Ou ceux,  qui se terrent dans les non-dits des deux protagonistes victimes tous  deux  , d’une injustice dont le traumatisme les poursuit et qui trouvent dans la recherche du disparu  les motifs et les raisons d’une quête en forme de remise en question personnelle .  Au delà de celle de Philomena,  dont la difficulté de s’extraire d’une culpabilité dont les formes du mélodrame, finissent par trouver un écho ironique dans les romans à l’eau de rose dont elle est devenue une lectrice assidue . Il y a, celle de Martin  Sixsmith,  qui se moque de son goût du mélo et qui n’en est pas  pour autant ménagé avec ses airs supérieurs et sa façon de faire la leçon … mais ,  ne se privant  pas de se compromettre dans les « arrangements » avec l’univers de la communication pour offrir, l’angle le plus vendeur, du drame de Philomena .

Stephen Frears, Judi Dench  et Steve  Coogan   à la Mostra de Venise  2013 - Photo  officielle -
Stephen Frears, Judi Dench et Steve Coogan à la Mostra de Venise 2013 – Photo officielle –

Stephen Frears , joue admirablement de ce reflet pervers de l’alibi du contraire  qu’on se  donne  pour se  persuader  du vrai ,  comme une forme de thérapie avec laquelle jouent ses personnages , et avec laquelle il construit , lui , un récit empreint de ces contradictions qui font le sel de son film et lui insufflent une vraie émotion . Comment ne pas souligner les performances des deux comédiens principaux , Steve Coogan ( par ailleurs également co-auteur du scénario) et surtout Judi Dench dont on ne dira jamais assez l’immense comédienne  de  Théâtre et de  Cinéma ,  qu’elle est ( elle mérite tous les oscars!)  et qui, ici , est tout simplement , littéralement bouleversante dans le rôle de Philomena , faisant percevoir avec une finesse infinie la profonde douleur d’une mère dont la culpabilité dans laquelle elle a été enfermée l’aura privée du fruit de son amour, au nom d’une morale religieuse qui s’arroge le droit de s’ériger … en justice divine. Bouleversante , on vous dit …

(Etienne Ballérini)

PHILOMENA de Stephen Frears – 2013-
Avec : Judi Dench, Steve Coogan, Sophie Kennedy Clark , Anna Maxwell Martin , Peter
Hermann , Michelle Fairley , Barbara Jefford , Ruth McCabe ….
Musique : Alexandre Desplat – Photographie : Robbie Ryan.
-Sélection Mostra de Venise – Prix du scénario .

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