image LE TEMPS de l’artiste anglais Andy GOLDSWORTHY

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Photo © LE TEMPS, Andy Goldsworthy, Éditions Anthèse

            Un beau livre, …. mais passionnant. On prend beaucoup de plaisir à le feuilleter d’abord, plusieurs fois en laissant parler les images et puis à le lire puisque c’est un  journal .  On comprend alors que le livre est partie prenante de son oeuvre, c’est plus qu’une information c’est un témoignage de ses oeuvres éphémères, dont il ne reste que ces pages pour exister.

Il dit au début:  « Quand c’est possible, je réalise une oeuvre chaque jour ». Goldsworthy travaille les matériaux de la nature, ceux du jardin, la pierre, l’eau, et les arbres, il ajoute une quatrième dimension celle du temps. Chaque oeuvre possède une relation au temps différente. Sa formation aux Arts plastiques s’est faite « en alternance ». Il travaillait dans une ferme la moitié de son temps. Il a appris la vie dure des végétaux, l’apreté de la nature, mais aussi sa magnificence, ses aventures infinies.

Sa manière est de construire une oeuvre plastique, et de l’offrir au temps pour qu’il accomplisse son ouvrage. Ces oeuvres ne durent que le temps que le vent emporte les poussières de pierres colorées dans le paysage, le temps que le courant emporte les feuilles disposées en serpent dans la rivière, le temps que le soleil sèche la pluie sur le sol, le temps d’une marée pour recouvrir des arches de sable, celui d’une saison pour les traces dans la neige, et un temps indéfini pour l’arche en pierres rouges de Montréal, c’est fascinant. Ce sont bien des questionnements sur la nature du temps.

Mais ce ne sont pas seulement des oeuvres éphémères. On connaît le récit de leur genèse, des photos de l’évolution, des transformations, des films, quelquefois accélérés ou accompagnés de danseurs et de musique, et … ce livre. Ces témoignages entrent dans l’histoire de l’art comme les oeuvres statiques. A notre époque où toutes les images sont disponibles à tout moment, l’original éternel a perdu un peu d’intérêt, les reproductions donnent beaucoup d’informations.  On peut connaître parfaitement la biographie du Caravage, d’avoir certaines de ses oeuvres en mémoire, d’en connaître les sujets les couleurs, les ombres et les lumières sans jamais avoir vu un original. Il manque quand même quelque chose mais la démarche de l’artiste et son oeuvre nous sont connues.

Sur la couverture du livre, la rivière,( il ne veut pas parler de serpent,) apparaissant dans le mur d’argile au moment du séchage, est vraiment un travail sur le mystère du temps découvert cette fois par l’expérience. La vitesse du séchage de la surface détermine des fractures correspondant à l’épaisseur de la terre plaquée sur le mur. C’est à la préparation du fond que l’on peut dessiner le motif choisi, la rivière pour Andy Goldsworthy.

A Digne en France, en 1999 il a disposé sur le fond d’une rivière une ligne de pierres de plusieurs couleurs, et laisser le courant les déplacer, les mélanger et il a observer les nouvelles couleurs qui se créent. Il avait besoin d’une météo particulière, d’un fond de rivière suffisant pour couvrir les pierres mais pas trop pour les voir suffisamment, d’un courant assez doux pour prendre le temps de voir les transformations, il  du attendre plusieurs jours, il a fait plusieurs essais. Voici une photo du début de l’expérience :

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photo © LE TEMPS, Andy Goldsworthy, Éditions Anthèse

Une autre « rivière », feuilles mortes d’un jaune éclatant parmi d’autres aux couleurs plus automnales. Cette fois c’est le vent qui les dispersera en plusieurs rafales:

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photo © LE TEMPS, Andy Goldsworthy, Éditions Anthèse

L’hiver il profite de la neige ou de la glace pour faire des oeuvres qui dureront le temps de cette saison. Voilà un beau rectangle dans un pré couvert de neige. Tout le temps que durera la neige il y aura des lumières diverses et des effets de la transformation du rectangle et de sa disparition :

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photo © LE TEMPS, Andy Goldsworthy, Éditions Anthèse

            Et puis, il y a aussi cette aventure de l’arc de pierres rouges. Au Canada certaines constructions ont été faites de ces pierres rouges venant d’Ecosse. Les nouveaux migrants voulaient un souvenir de leur origine, ils ont fait venir des cargos pleins de ces pierres rouges. On a commandé une oeuvre à Goldsworthy. Il est allé dans la carrière écossaise et fait tailler des gros blocs de cette pierre et a monté son arche. Ensuite il l’a démontée et emmenée à Montréal où elle a été remontée pour un temps indéterminé. Cette oeuvre aura une vie comparable à celle de l’architecture, dès qu’elle est construite, elle subit l’usure et les dégradations du temps.

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            Cet ouvrage, au prix d’un livre, est un peu une oeuvre d’art, puisque les travaux qu’il représente n’existent déjà plus. A la fin du livre, une chronologie, illustrée elle aussi,  établie par Terry Friedman, sur la vie et l’oeuvre, est très instructive. On comprend que sa vie est intimement liée à ses travaux, puis qu’elle dépend toujours des conditions atmosphériques, de l’état de la terre. Il y a peut être quelque chose d’Oriental dans cette manière de proposer une matière inanimée et de laisser au temps la conclusion de l’oeuvre.

On pense au Qi des taoïstes, le grand souffle primordial qui a mis en mouvement tout l’univers. On pense aussi à Léonard de Vinci qui cherchait (et trouvait quelquefois) les lois de l’univers dans le mouvement des éléments.

Alain Goudot

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