image « DVD Memories » : Yasujiro Ozu, David Lean et Bernard Pivot

Une sélection de Gérard Camy

 

Deux chefs-d’œuvre de Yasujiro Ozu restaurés HD en DVD et Blu Ray

« Si notre siècle donnait encore sa place au sacré, s’il devait s’élever un sanctuaire du cinéma, j’y mettrais pour ma part l’œuvre d’Ozu »

Wim Wenders

 

Unknown
Le Fils unique de Yasujiro Ozu

Le Fils unique (1936)
ED. CARLOTTA

A Shinshu, petit village de montagne au centre du Japon, une fileuse de soie élève seule son fils Ryosuke. Bon élève, celui-ci est en âge d’aller au lycée mais la mère s’y oppose car les études sont trop coûteuses. Elle finit néanmoins par accepter, faisant le choix de tout sacrifier pour l’éducation de son fils qui part à la ville. Treize années plus tard, Ryosuke est installé à Tokyo, marié et jeune papa, et sa mère lui rend visite pour la première fois…

images-2

Ce premier film parlant d’Ozu raconte, comme dans Choeur de Tokyo (1931),  les désillusions de personnages minés par l’échec. Avec un réalisme sombre, il décrit les difficiles conditions sociales du Japon d’avant-guerre. A la fois intime et universel, ce récit de sacrifices et d’espoirs anéantis se déploie sur une quinzaine d’années, captant ave une belle sensibilité les rapports mère-fils dans une époque charnière marquée par la  fracture définitive entre la vie rurale et l’essor urbain. Avec cette chronique juste et pudique où les silences gênés des protagonistes traduisent leur bouleversante émotion, la honte de l’un et l’incompréhension de l’autre, Ozu, avec ses plans fixes à hauteur de tatamis, ses hors champs poignants et une maîtrise immédiate du son, réalise l’un des drames sociaux les plus poignants du cinéma.

En complément : jean-Jacques Beineix (qui cultive depuis longtemps un rapport de proximité avec le Japon) nous livre, dans un entretien exclusif, son regard acéré et pertinent sur le film et l’œuvre  du maître japonais.

Voyage à Tokyo (1953)
images
Ed. CARLOTTA

Un couple âgé entreprend un voyage pour rendre visite à ses enfants. D’abord accueillis avec les égards qui leur sont dus, les parents s’avèrent bientôt dérangeants. Seule Noriko, la veuve de leur fils mort à la guerre, leur consacre du temps. Les enfants, quant à eux, se cotisent pour leur offrir un séjour dans une station thermale, loin de Tokyo…

Voyage à Tokyo est un des derniers films d‘Ozu qui continue, inlassable, à proposer un regard terrible, à la fois réaliste et fataliste sur le gouffre infranchissable qui sépare les générations. Déjà dans Le Fils unique en 1936, une mère rendait visite à son fils. Le cinéaste bâtit ses histoires et ses personnages avec minutie et parvient à toucher profondément le spectateur. Plan après plan, il prend le temps nécessaire pour faire ressentir l’inexorable : la vieillesse, l’éloignement, l’abandon des traditions, la mort. Bouleversant, Voyage à Tokyo reste l’une des œuvres les plus accessibles, les plus fascinantes et les plus abouties d’Ozu.

En complément : Hormis un retour sur les lieux de tournage  (Voyage dans le cinéma) et l’illustration d’un texte du cinéaste et écrivain Kijû Yoshida (Récit de Tokyo), le bonus propose une réflexion très intéressante(Jeux de rôles, 26 minutes) sur les domaines particuliers assignés aux personnages dans Voyage à Tokyo.

Le dernier film de David Lean restauré HD en DVD et Blu Ray

La Route des Indes (1984)
Ed. CARLOTTA

images-1Dans l’Inde coloniale des années 1920, une jeune femme anglaise, Adela Quested, entreprend de rejoindre son fiancé dans la petite ville de Chandrapore où il est magistrat. Accompagnée de la mère de ce dernier, une vieille dame très ouverte d’esprit, elle est très trouble par la découverte d’un pays rongé par la discrimination des colons qui méprisent les autochtones. Un incident dont elle est victime lors de la visite des grottes de Marabar exacerbent les tensions tandis que les revendications indépendantistes se durcissent…

Dernier film de David Lean, cinéaste dont les grandes fresques épiques ont illuminé le cinéma (Oliver Twist, Le Pont de la rivière Kwai, Lawrence d’Arabie, Le Docteur JIvago, La Fille de Ryan,…), réalisé après quatorze ans d’absence derrière la caméra, La Route des Indes est l’adapté du roman éponyme d’Edward Morgan Foster, un grand classique de la littérature britannique. A la fois intimiste et mystique, liant au drame de l’histoire coloniale de l’Inde, David Lean croise les destins de plusieurs personnages qui gravitent autour d’Adela dont le destin bascule à l’instant où elle commence son voyage magnifique et fascinant à travers ce pays magique et mystérieux. Lean nous livre un film d’une fluidité impressionnante, passionnant de bout en bout, au casting superbe (Judy Davis, Sir Alec Guinness, James Fox,…) et sublimé par une extraordinaire musique signée Maurice Jarre qui récolta d’ailleurs un Oscar pour l’occasion.

David Lean se lancera ensuite dans l’adaptation de Nostromo de Joseph Conrad. Il devait tourner plusieurs séquences à la Victorine où il fit un bref séjour à la fin de l’année 1990, se faisant projeter Dans avec les loups afin de voir le travail du directeur de la photographie Dean Semler qu’il pressentait après avoir travaillé depuis Lawrence d’Arabie avec Ernest Day. Nostromo restera à l’état de projet car David Lean meurt le 16 avril 1991.

Complément : L’Inde ténébreuse (31’) un documentaire qui, du choix des acteurs à la dimension mystique du scénario, propose une lecture inédite du film signée par l’historien du cinéma Pierre Berthomieu.

Coffret DVD de douze numéros du magazine « Apostrophes »

apostrophes-pivot-620x350En éditant ce précieux coffret qui ressuscite l’émission culte et référence de Bernard Pivot, les Editions Montparnasse, continue, inlassables, leur travail de mémoire de la télévision. En imposant pendant quinze ans (1975-1990), tous les vendredis sur « Antenne 2 », en vrai direct, un plateau de cinq romanciers, poètes, essayistes, philosophes qui pendant 75 minutes parlaient de leur dernier livre, de leur œuvre et se livraient à des joutes orales passionnantes autour d’un thème et modérées à la perfection par le maître des lieux tour à tour incisif, enthousiaste, ironique mais toujours respectueux de ses invités dont il connaissait parfaitement le travail.

En 6 DVD (2 émissions par DVD), le coffret propose un beau panel, choisi par Bernard Pivot lui-même, de cette émission d’un temps révolu qui donnait aux téléspectateurs le goût des mots et des livres. L’« effet Apostrophes ». voyait la vente des  livres dont on avait parlé augmenter dès le lendemain.

PACK164574091Qu’il soit question de l’Italie, ses Dieux, ses hommes (avec Umberto Eco qui raconte la genèse de son roman à succès Au nom de la Rose, d’en « jacter des vertes et des pas mûres » (avec Pierre Bourdieu et Pierre Perret), de partir « ailleurs » (en compagnie de J.M.G. Le Clezio et Claude Levi-Strauss), de faire revivre Romain Gary (avec les mots de Michel Tournier) ou de questionner le degré de l’ « esprit militaire » de Bernard Clavel, Georges Brassens et Charles Hernu… « Apostrophes » reste un sacré voyage qui pouvait d’ailleurs être pris dans quelques tempêtes imprévues (les risques du direct) à l’image de l’éreintement de Maria-Antonietta Macciocchi (De la Chine, 1970) par Simon Leys (Ombres Chinoises, 1976) lors de l’émission du 27 mai 1983. « Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais moi qui ai vu chaque jour depuis ma fenêtre le Fleuve jaune charrier des cadavres, je ne peux accepter cette présentation idyllique par madame Macciocchi de la Révolution culturelle. » Dès le lendemain de cette mise à mort, les ventes du livre de Maria Antonietta s’effondrent et son prestige est singulièrement terni. C’était aussi cela   « effet Apostrophes ».

Un coffret à découvrir sans attendre et à regarder sans modération.

Complément : 3 extraits autour de Charles Bukowski : Lors de l’émission du 22 septembre 1978, Pivot recevait l’auteur américain totalement « bourré » et qui continuera à boire, à marmonner et à fumer. Incapable de répondre à ses questions, Bukowski finira pas quitter le plateau soutenu par plusieurs personnes. Aléas du direct…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s