image De l’Enfer au Paradis

benva1-IImaginez, vous vivez au Moyen Age, vous êtes sur votre charrette tirée par des mules sur cette voie de communication du Var  qui relie Lorgues à Entrecasteaux mais sur ce chemin au milieu de la forêt vous êtes obligé de passer sous un porche à quatre piliers celui de la chapelle Notre Dame de Benva*.

benva 3A ce moment là, les mules se cabrent, hennissent au risque de vous faire basculer dans le fossé, elles viennent de voir sur les murs les peintures d’un immense dragon, ce monstre de tous les malheurs…alors, vous vous dites, qu’ai-je fait pour attirer tout cela, la frayeur passée, il vous revient à l’esprit que vous avez entendu dire qu’à l’intérieur de la chapelle, la bonté divine représentée par des Saints pourrait vous éviter ce désagrément. Sitôt dit, sitôt fait,  une prière pour St Christophe, une pour St Fiacre et pourquoi pas une autre pour St Bernard des Alpes le protecteur des voyageurs, vous voilà un peu calmé et votre curiosité se porte sur d’autres peintures qui représentent des hommes et des femmes qui font des « CHOSES » … pas au Paradis, un peu au Purgatoire mais beaucoup  en Enfer !

 benva l'enfer

Les représentants de la chrétienté, à cette époque un peu troublée, n’avaient pas lésiné sur les moyens à employer pour faire revenir les mécréants illettrés sur le bon chemin. En dehors des saints qui, comme Eloi, Blaise ou Maur, avaient la réputation de les protéger de tous les fléaux, il fallait que cette population comprenne bien, qu’en dehors du Paradis, il n’y avait pas de salut et avant d’y entrer, il fallait passer par une porte étroite, on la voit sur la fresque du Purgatoire où une vingtaine de femmes, le corps nu aux seins rebondis, regardent vers le ciel derrière des grilles…elles attendent la purification.

benva purgatoire avec l'ange

Sur une autre œuvre, on les voit, toujours en tenue d’Eve, gravir les marches du Paradis. Mais…mais, attention, pour ceux qui ont tant de péchés sur la conscience, la bonté divine ne peut rien faire pour eux, la punition c’est l’Enfer et là le peintre s’en est donné à cœur joie, les œuvres sont surréalistes sur fond de symboles religieux. Imaginez vous dans cette fournaise, on aperçoit une femme nue aux longs cheveux chevauchée par un démon, une autre, pendant un acte sexuel se fait avaler une jambe par une créature maléfique sous l’œil d’une pécheresse dénudée, peu effarouchée elle est perchée sur les épaules d’un autre démon souriant et heureux de l’aubaine, si l’on regarde en détail les autres peintures, la torture pour les hommes se traduit par un coup de fourche, l’amputation de la langue ou être brûlé vif sur un bûcher ardent. Pour André Doublat membre de l’Association des Amis de St Ferréol et du Vieux Lorgues, tout est ici étonnant et mystérieux

benva l'enfer 2

«  On ne connaît pas le nom de l’artiste  qui a réussi à imposer de telles scènes dans un espace religieux en étant aussi un acteur très attentif de la société de son époque…étonnant aussi, malgré les dégradations, l’état de conservation est par endroit extraordinaire, il faut savoir que pour la fabrication des peintures, les ingrédients proviennent du terroir avec des terres et des pierres broyées en fonction de la couleur désirée, c’est une réalisation exceptionnelle dans la mesure où le nombre de symboles a été mis en scène dans un espace aussi réduit que ses 85 m2 où s’affirment fortement les convictions religieuses de l’époque, avec des représentations picturales terrifiantes comprises au premier degré par une population peu éduquée mais fascinée par des personnages qui ne leur ressemblent pas »

benva montée au paradis

Quand vous aurez regardé en détail toutes les fresques, il y en a une moins provocante, on voit une réunion d’ecclésiastiques, certainement un pape, des évêques, des membres du clergé, mais au milieu, regardez bien, on distingue un personnage avec un béret noir, pour certains historiens, il s’agirait de l’artiste peintre , on dit même que c’était un piémontais…si vous ne le trouvez pas, restez zen et ne faites pas comme le montre une autre œuvre, celle de la Pénitence l’une des sept Vertus où l’on voit de jeunes femmes sereines, très dénudées, brandir le fouet et se flageller. On dit que l’histoire finit bien, l’archange St Michel va mettre un peu d’ordre dans la maison, il va écraser Lucifer.

Jean Pierre Lamouroux

 

Benva, Bona Via, bonne route, bon voyage, a été construite au 15ème siècle, sur la commune de Lorgues, un diverticule du chemin de St Jean de Compostelle qui passait normalement à Vidauban. Classée monument historique en 1929, la chapelle restera jusqu’en 1942 le lieu de passage sous le porche. On peut remarquer que certaines fresques ont été grattées ou badigeonnées par les instances religieuses au fil des siècles quand elles représentent trop de scènes sexuelles. On peut visiter Benva en téléphonant au 04 94 73 92 37

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