galerie Cinéma / CASSE-TETE CHINOIS de Cédric Klapisch

Après L’Auberge Espagnole et Les poupées Russes , le cinéaste nous offre un troisième volet en suivant les péripéties et les destinées de ses personnages qui ont vieilli et mûri , et notamment celle de Xavier en plein Casse -tête Chinois … avec sa vie, son travail, ses amours et ses emmerdes. Une comédie très enlevée et jubilatoire, qui nous mène outre-atlantique et qui aborde quelques sujets dans l’air du temps dont l’homo -parentalité, avec légèreté et humour.

Audrey Tautou  et Romain Duris
Audrey Tautou et Romain Duris

On retrouve donc Xavier ( Romain Duris , impeccable ) bien installé dans la vie , Marié 2 enfants et romancier , mais dont la vie de couple avec Wendy ( Kelly Reilly) est en train de tourner au vinaigre après dix ans de vie commune. D’ailleurs après une énième dispute Wendy va lui annoncer sa décision de retourner au pays et à New-York !. Une décision qui bouleverse Xavier ne peut se résoudre à se séparer de ses enfants et ne les voir qu’une fois l’an. Après un moment de flottement et de déprime , il décide d’aller vivre à New-York où il pourra demander la garde partagée et les voir régulièrement.

Xavier ( Romain Duris  ) en plein déménagement à New-York
Xavier ( Romain Duris ) en plein déménagement à New-York

C’est là que le casse -tête chinois va commencer pour Xavier dans une ville qu’il va devoir apprivoiser et où il va lui falloir se plier aux lois Américaines vis à vis de sa situation d’étranger ( donc, de potentiel clandestin ) , régulariser son divorce, trouver un travail et un logement qui lui permette de recevoir correctement ses enfants . De surcroît la vie sentimentale de Xavier n’aura pas de répit,  avec   à obtenir  en terre étrangère ,  et  avec Isabelle sa « pote » lesbienne qui l’héberge et vit en couple et qui  lui propose de lui faire un enfant , tandis que son ancienne petite amie Martine ( Audrey Tautou ) va se pointer à New-york ,  et lui demande de l’accueillir … alors que par ailleurs , il s’est engagé à convoler en mariage blanc pou obtenir les Papiers !….

Xavier dans son  immeuble  de  Chinatown
Xavier dans son immeuble de Chinatown

Cédric Klapisch construit un récit plein de péripéties autour du quotidien de Xavier dans sa nouvelle vie dont chaque épisode se retrouve dans le miroir réfléchissant -en forme de mise en abîme- de son roman où il confie les détails en accord avec son éditeur ( Dominique Besnehard ) qui se réjouit de tous les rebondissements qui apportent le piment, au futur lecteur . La vie de Xavier devient donc objet de création, nourrissant sa plume . C’est, parmi d’autres, la très belle idée du film qui renvoie à d’autres destinées de personnages dont les cinéastes ont suivi le parcours  –  comme l’a fait François Truffaut avec son Antoine Doinel ( Jean-Paul Léaud ) –  au cœur d’un société et d’une époque traduisant ainsi les mutations qui bouleversent leurs vies , emblématiques de celles collectives, de milliers d’hommes et de femmes. Le clin d’oeil à François Truffaut est assumé avec un Romain Duris qui lui aussi est une sorte de « double » du cinéaste et interprète de la plupart de ses films .

Xaxier  et ses enfants  à la découverte de la ville
Xaxier et ses enfants à la découverte de la ville

Comme l’est , la référence à une certaine comédie populaire qui n’hésite pas à brasser les thèmes de société , dont il s’inscrit dans l’héritage et qui est présente dès les débuts de sa filmographie avec Riens du tout ( 1992) et Péril Jeune (1994) . On pourrait dire que le récit avec ses multiples renversements et quiproquos s’inscrit , aussi, dans la veine de la comédie de boulevard dont Eugéne Labiche avait le secret pour , en filigrane, faire sourdre les éléments révélateurs d’une époque.

Le  Mariage  arrangé
Le Mariage arrangé

Cédric Klapisch , distille un récit tout en finesse et en empathie d’un Xavier pris dans le tourbillon d’une société au cœur de laquelle il faut se faire sa place et composer avec des  éléments ( sentiments, relations sociales , réalités économiques ) que l’on ne maîtrise pas toujours . Séparation , famille recomposée, homo-parentalité, immigration, travail clandestin , mondialisation , mais aussi rôle de père … et aussi de fils, à assumer comme l’illustre la belle séquence de la visite de son père (Benoît Jacquot) et d’un difficile relationnel qui se dissipe , autour de la révélation d’un secret …

Xavier présente a ses enfants  leur   nouvelle soeur
Xavier présente a ses enfants leur nouvelle soeur

Dans ce Chinatown de New-york où il s’est installé , Xavier va aller à la rencontre des autres, mais aussi de lui – même en les affrontant où en les acceptant comme des évidences . C’est un parcours à handicap dont Cédric Klapisch tire habilement les ficelles avec – en miroir- les répliques amusées de ses enfants qui contrairement aux adultes , ont tout compris ! . A l’image de cette séquence sublime au cours de laquelle Xavier se perd dans des explications alambiquées sur l’enfant de ses deux amies Lesbiennes dont il est le père  « c’est notre sœur donc, et elle a un père …et deux mères alors », lui rétorque imperturbable sa petite fille , tandis que le grand frère se penche sur le berceau pour s’occuper d’ elle. Adoptée sans hésitation…

Xavier  et ses  enfants  dans   l'appartement de chinatown
Xavier et ses enfants dans l’appartement de chinatown

Et que dire de ce « mariage arrangé » avec cette sympathique Chinoise afin « d’assurer » aux yeux du contrôle de l’immigration, une vie de couple qui permet à Xavier – divorce assuré –  de revendiquer la garde alternée de ses enfants…. qui vivent toutes ces aventures dans un New-York dont ils découvrent les dédales des rues et le mouvement de la vie superbement traduit par le cinéaste qui nous y immerge loin des sentiers battus et des cartes postales pour nous entraîner,  comme il l’a fait pour le Paris de Chacun cherche son chat  , pour nous offrir des vrais moments de poésie déambulatoires . Dans cette ville en perpétuel mouvement et construction (  les  immenses  grues ) , avec ses boutiques et ses quartiers ( celui de Chinatown   )  , ses squares ou ses jardins d’enfants , son métro , ses couloirs de bus et pistes cyclables ,  ses petites ou grandes rues . Hormis les films de Woody Allen , depuis les films Smoke et Brooklyn Boogie (1995 ) de Wayne Wang on a rarement vu au cinéma ce visage d’un New-york en mouvement , plein de vie , de bruit et de fureur….
Mais aussi avec ces instants de répit et de pause en forme de ponctuation d’un récit( celui du roman ou de la vie en suspens …avant qu’un nouveau chapitre ne commence . Et peut-être d’une suite que semblent presque attendre les trois femmes de la vie de Xavier assises sur un banc  avec  lui  …

Xavie en compagnie des  trois femmes de sa  vie :  Cécile de France , Kelly Reiley  et Audrey Tautou
Xavie en compagnie des trois femmes de sa vie : Cécile de France , Kelly Reily et Audrey Tautou

En tout cas le plaisir que distille ce troisième volet nos met l’eau à la bouche . Xavier et ses enfants , Isabelle, Wendy, Martine et leurs potes , sont désormais partie de notre quotidien et nous sont devenus familiers , comme des amis qu’on a envie de retrouver et continuer à suivre dans leurs vie et leurs futurs casses-têtes chinois.

(Etienne Ballérini )

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