image Quartier Magnan : Fragments d’une ville

Après Borriglione et Garibaldi vus sous la plume historienne de Yann Duvivier,  c’est autour du quartier de Magnan, mais cette fois ci avec la mélancolie d’un promeneur solitaire, Louis Deydier. Dans un cas comme dans l’autre il s’agit, avec des points de vue, des angles, des positionnement différents d’exprimer l’amour d’une ville, de leur ville.

Dans le quartier de Magnan , tout autour du boulevard de la Madeleine , l’ancien quartier de la culture de la soie , celui des magnanais disparus , subsiste comme une sorte de morcellement de ville , plutôt un éclat dans un écrin où rien ne manque du jaillissement c alme et continu d’atemporalité , en de simples dédales où des temps différents  se chevauchent , en décalage  dans le paysage dominant au-delà ; plusieurs fois , je me suis promené, à des heures où l’intensité de la lumière des couchants accuse le plus la coloration accrue de ces ruelles  , dans ces impasses qui rejoignent des chemins de pentes douces , parfois en escaliers , lesquels continuent en toute sinuosité  , et avec des angles qui invitent à la surprise , la lente et logique succession des bâtisses du siècle dernier , dans leurs ocres jaunes , carmins et verts , ces roses accentués sous la coiffe des palmiers et autres végétaux rebelles , fussent-ils de pierre , comme posés tout exprès , pour une harmonie de courbes minérales et de lumières rases avec leur effet de dernier crépuscule du monde

Ces quartiers qui disparaissent ; ces parties de puzzle , qui nous reviennent après qu’on les ait parcourues une partie de notre vie , n’en prennent qu’un plus vif éclat lorsqu’elles remontent à la conscience d’exemplarité qu’on leur a attribuée. Elles se rehaussent de cette vive rareté qui fait le prix des choses qui vont prendre congé , qui un beau jour ne sont plus dans le paysage ,  et attise les regrets de ceux qui les ont connues . Ainsi des objets qui relèvent de l’archéologie courante , puis des paysages aimés ; les quartiers de notre enfance en premier lieu , qui ne nous quittent jamais vraiment , et les perles d’urbanisme , qui parlaient du passé , qui s’engloutissent un peu plus chaque jour  , comme ces fresques  à la fin de « Fellini Roma » qui ne supportent , sans se dissoudre , la trop forte lumière du jour qui n’est pas celle du jour qui les a vues vivre.???????

A la fin des vacances , souvent vers la fin août , je prends plaisir à passer devant le Parc Impérial , un peu comme si la rentrée scolaire prochaine pouvait encore me concerner ; j’y retrouve à chaque fois , intacts ,  les fantômes du temps où les maigres arbustes de la cour de récréation avaient fait place à de cossus platanes quinquagénaires , tels de maigres   cigarettes devenues de vieux cigares au ventre rond ; à la différence des humains , ces arbres seront encore là longtemps après que beaucoup d’entre ceux qui les virent naître auront disparus ; ils vieillissent lentement et dans le meilleur des cas , échappent dans leur lente érosion à de trop visibles transformations ; ainsi des quartiers anciens , des lieus hantés de mémoire .

Et puis parfois , c’est une mort soudaine ; un arbre est abattu , un projet immobilier venu contrarier le flux continu d’une harmonie séculaire.

J’ai gardé quelques photos récentes d’une vieille façade de cinéma échappée par miracle , conservée  comme du temps où elle glissait sous les regards , puisqu’il semblait naturel qu’elle fût là , dans l’harmonie du coin de la rue , et parce qu’elle indiquait bien l’existence d’un lieu de Comédie – encadrée aujourd’hui par une agence immobilière  comme la ceinturant de part et d’autre ; repeinte de belle manière , elle présente dans toute la singularité de son inopportunité , une alternance de masques antiques souriants et grimaçants .

???????Je n’ai pas retrouvé les bistros anciens dont on m’avait parlé, du moins je les ai déjà considérés comme morts, écartelés par les immeubles neufs des quartiers de l’Est de Nice. Il existe encore des rues qui abritent encore quelques vieux coins de culture vivante , où le passé écrit ,  au travers des lierres grimpants , des bougainvilliers  et des quelques rares boulingrins , comme un écho et un ultime témoignage , une trace avant la métamorphose toujours recommencée , tel un organisme qui absorbe , et  insensiblement  rejette ses cellules mortes , dans son urbanisme d’anarchie

Louis Deydier

Un commentaire

  1. Je lis avec grand plaisir l’évocation de cette promenade nostalgique dans un quartier où les élégantes villégiatures d’autrefois disparaissent sous l’urbanisme encombré d’aujourd’hui. L’allusion à la séquence de l’effacement des fresques dans « Fellini Roma » (bien que la raison en soit plus l’air que la lumière, je crois) est très joliment exprimée. Merci.

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