image Le Théâtre, du visible à l’invisible : Georges Banu

Il voulait être comédien, après 3 ans au Conservatoire c’est l’échec « une crucifixion comme acteur et une résurrection comme spectateur lettré » un constat de Georges Banu qui, depuis est devenu l’un des grands spécialistes du monde théâtral avec la parution  de plus de 20 ouvrages sur le sujet et comme conférencier il parcourt le monde, il est aussi professeur à l’université Sorbonne Nouvelle.

Banu 1
Georges Banu devant le théâtre Antibea

Il s’est arrêté à Antibes pour présenter son dernier ouvrage Amour et Désamour du Théâtre et surtout il est venu voir Dominique Czapski son ami comédien et directeur du théâtre Antibea qui jouait pour la dernière fois, après plus de 270 représentations le Journal d’un Fou de Gogol.

 Le théâtre votre passion ?
Le théâtre a été considéré comme voué à la mort quand on a créé le cinéma sonore, on avait dit qu’on n’avait plus besoin du théâtre maintenant qu’on a au cinéma l’image et la voix des acteurs, finalement, on s’est rendu compte que bon nombre de personnes dans ce monde qui est le nôtre, le monde occidental, éprouve le besoin d’avoir une communication directe avec des personnes en chair et en os. Pour beaucoup de gens la séduction du théâtre vient du fait que nous sommes ensemble vivant des deux côtés, du côté de la scène et du côté de la salle, deuxièmement, je crois que la séduction du théâtre vient du fait que par rapport à d’autres arts il a un capital c’est le répertoire, on va aussi pour revoir de nouveau Hamlet, de nouveau Phèdre ou la Mouette. Aujourd’hui, rien n’est donné une fois pour toute et l’Hamlet que fait Dominique n’est pas définitif, la séduction qu’on peut avoir provient d’entre Hamlet qu’on connaît déjà et ce qui advient avec la mise en scène nouvelle et enfin la troisième chose qui est vraiment importante c’est qu’il y a une sociabilité au théâtre, les gens viennent aussi pour se retrouver ensemble et quand on est venu l’autre soir, les gens sont restés pour prendre un verre ensemble.

Vous dites, le théâtre le visible de l’invisible ?

Oui, le théâtre, c’est fait pour nous montrer l’invisible, le théâtre est invisible, il est imaginaire et le théâtre le rend visible, Hamlet le prince du Danemark qui est un personnage invisible, on ne le trouve pas dans la rue, ce personnage prend corps sous nos yeux, le problème, c’est çà, le théâtre rend visible l’invisible mais, on peut aimer ou ne pas aimer, on peut considérer qu’Hamlet nous satisfait ou, au contraire il déçoit, ce rapport à l’invisible, ce n’est pas un rapport gagnant à tous les coups.

Dominique Czapski et Georges Banu.
Dominique Czapski et Georges Banu.

Vous parlez aussi du quatrième mur, expliquez moi ?
Le 4ème mur, ça a été une invention indispensable, André Antoine le premier metteur en scène  a repris l’idée de Diderot, c’est un mur imaginaire qui sépare la scène de la salle, l’acteur joue en s’identifiant avec les personnages comme s’il n’y avait pas de spectateurs mais les spectateurs sont là, ce mur a été critiqué notamment par Brecht, il consistait à créer sur le plateau un univers imaginaire homogène que nous spectateurs voyons de l’extérieur

Vous avez évoqué Diderot, Brecht, Stanislavski, expliquez moi la différence fondamentale  de leur vision du théâtre?
Avec Diderot, quand il écrit le Paradoxe du Comédien, il considère que l’acteur doit rester extérieur au personnage, l’acteur avec la raison, avec ses ressources personnelles, construit le personnage alors qu’un siècle plus tard Stanislavski va considérer au contraire que l’acteur pour être bon va s’identifier avec le personnage, il doit devenir le personnage en injectant de l’autobiographie,qu’est ce que je ferais si j’étais ancien basketteur, je ne l’ai pas été mais je le construis donc je peux jouer correctement le rôle dans la mesure où je ne suis pas étranger bien au contraire je suis impliqué. Brecht, qui à mon avis, est la synthèse des deux, dit il faut de temps en temps jouer en s’identifiant avec le personnage, c’est avoir une période, une scène où il y a l’identification ensuite il y a séparation du personnage pour s’adresser au public et lui demander de prendre position. Les grands metteurs en scène modernes adoptent cette alternance : identification, distanciation, cette alternance peut s’obtenir avec un acteur révolté, insoumis.

Vous parlez beaucoup aussi de l’acteur soumis ou insoumis ?

Je crois que c’est important, l’acteur soumis c’est un acteur qui a généralement beaucoup de succès, c’est l’acteur qui joue correctement, qui nous présente ce personnage correct, organique et l’insoumis c’est l’acteur qui se montre en même temps qu’il joue…il est là à travers son sourire, à travers son physique, on sent qu’il est simultanément le personnage et lui-même par rapport à un acteur de cinéma la plupart du temps il est lui-même, l’acteur insoumis c’est celui qui est les deux à la fois, le personnage et lui-même.

Vous avez évoqué aussi la présence plus forte des metteurs en scène, quelle vision en avez-vous?

Le metteur en scène, c’est une nouvelle fonction qui a été créée à la fin du 19ème, le metteur en scène est celui  qui, de manière créatrice, fait le lien entre le texte et la scène, c’est lui qui sait comment occuper le plateau, comment rendre de manière brillante le visible et l’invisible. L’acteur, il est là, il est présent mais comme c’est le metteur en scène qui le guide, on a assisté il y a quelques décennies à la prise du pouvoir du metteur en scène, il est devenu trop le dictateur indiscutable, peut être que ces derniers temps, nous sommes arrivés à un équilibre tout à fait bienvenu, le metteur en scène a perdu un peu de son pouvoir, il est devenu plus démocratique.

Vous parlez aussi de l’acteur qui tourne le dos au spectateur ?
Tourner le dos au 17ème, au 18ème siècle, c’était ne pas respecter les gens, c’était blesser le public, ne pas respecter le protocole social. Dés la fin du 19ème, on crée un mur imaginaire parce qu’on joue comme si le spectateur n’était pas là dans la salle et on apporte, en osant tourner le dos, de l’authenticité, disons le réalisme parce que dans le théâtre comme dans tous les arts, tout est l’opposition entre une solution ou une autre et le fait de tourner le dos aux spectateurs est considéré comme une victoire, maintenant on s’adresse aux spectateurs, il n’y a jamais rien de définitif.

Revenons un peu à vous, vous dites je me suis éloigné de la scène mais pas du théâtre ?

Georges Banu
Georges Banu


Une incapacité de concentration suffit, une incapacité de constituer un monde à moi sur le plateau, une incapacité de parler avec les mots des autres, finalement je n’ai pas pu devenir acteur, cela ne m’a pas poussé au-delà du théâtre, je suis resté parce que j’aime bien des acteurs qui jouent, j’aime bien me retrouver parmi les gens pour voir, pour faire la fête, réunis autour d’autres acteurs, j’ai quitté la scène mais pas le théâtre, j’ai fréquenté beaucoup de théâtres comme une sorte de seconde vie, en fait le double de ma vie.

Vous dites je ne suis pas un bon acteur ni un bon écrivain ?
J’aurais aimé écrire des romans, des nouvelles, inventer des univers fictifs pour diverses raisons mais j’ai essayé d’écrire sur le théâtre comme un écrivain, le but justement c’était à travers la langue de restituer l’émotion d’une représentation pas comme un critique et ne pas donner des évaluations, c’est bon ou mauvais. J’ai fait deux pièces à partir de mes textes qui ont pour titre l’Oubli et le Repos. Je n’ai pas assez parlé du théâtre à hauteur d’homme, le théâtre au quotidien, le théâtre qui tantôt invite à la réconciliation, tantôt procure la révulsion…j’ai été familier des gens de théâtre et, de loin, j’ai admiré les écrivains, consolation d’un déchirement jamais résolu, satisfaction d’une consolation jamais assumée.

 

Après le passage de Georges Banu à Antibea,  Dominique Czapski poursuit son travail pour nous faire découvrir le théâtre qu’il aime en nous conviant pour les semaines suivantes à découvrir les Contes Grivois de Maupassant, Phèdre de Racine, les Fourberies de Scapin de Molière, le Retour de Pinter sans oublier les scènes ouvertes avec Dominique Czapski lisant Camus, et une conférence Théâtre et Révolution II avec Roman Czapski et Cédric Garoyan.

 Jean Pierre Lamouroux

 

 

 

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s