Cinéma / UN CHATEAU EN ITALIE de Valeria Bruni-Tedeschi

UN CHATEAU EN ITALIE de Valéria Bruni-Tedeschi

Histoire de famille, histoire chorale au cœur de laquelle s’écrit , et s’inscrit , le cycle du temps, de la vie et de la mort. La mort qui prend le double visage de la fin d’un monde et de la perte du patrimoine, et celui de la fin physique et la perte de la vie, avec la vieillesse ou la maladie. Et puis, le temps de la vie qui continue avec les souvenirs, et qui regagne ses droits avec cette possible renaissance des désirs et des projets. Après Il est plus facile pour un Chameau et Actrices , Valéria Bruni-Tedeschi continue de se dévoiler au travers d’une auto-fiction attachante…

CHATEAU EN ITALIE  7  ( l’Affiche  du  Film )

Les films de la comédienne sont empreints d’une sorte de double influence qui a quelque chose à voir avec une certaine impudeur qui habite les séquences de vie qui s’y dévoilent au plus profond, avec cette sorte de théâtralité réaliste qui l’accompagne et qui donne à voir, la tragédie de la vie. Celle qui est au cœur de l’ oeuve de Tchekhov que la comédienne à joué sur les planches ( le Platonov sous la direction de Patrice Chereau ) . Une influence dont elle ne fait pas mystère et qu’elle confirme dans le dossier de presse du film « il y avait , depuis le début, l’envie de penser à Tchekhov et plus précisément à La Cerisaie . L’envie de raconter l’histoire d’une famille , avec un frère malade, un château, un parc, des souvenirs et la vente de ce château qui faisait écho à la fin d’un monde . La Cerisaie et, en général , la musique de Tchekhov m’ont accompagné pendant toute la l’écriture, la préparation , le tournage et même le montage  de mon film », dit-elle.

chateua italie  2  ( Valéria  Bruni-Tedeschi  et Filippo  Timi )

Et c’est cette omniprésence qui plane sur tout le film qui aurait pu être un lourd fardeau , et qui finalement lui sert de dynamique et de moteur, pour faire de ce déshabillage dont la tentation nombriliste s’efface pour laisser place à une vraie dimension qui renvoie l’auto-fiction intimiste à la dimension de l’Universalité.
En effet les personnages qui habitent ce château en Italie, comme ceux qui en sont les invités, sont un microcosme représentatif dont les multiples événements de la tragédie intime qui les secouent, font écho à la marche et aux mutations du monde qui les entoure. Un monde dans lequel il va leur falloir traverser les épreuves pour s’y faire une place, comme l’illustre dans une belle évocation imaginaire, la scène de la partie de Tennis sur le court enneigé. Car sous le vernis du récit et de son romanesque empreint d’une certaine dérision tragique, tous les personnages vont jouer une partie décisive. Et aussi bien dans leur lutte, comme dans leur quête, Valéria Bruni-Tedeschi porte un regard « aimant » sur ses personnages dont elle ne ménage pourtant pas les défauts qui font partie de leur personnalité, à l’image de la cruauté à laquelle se laisse aller le personnage de la mère ( Marisa Borini , la mère de la comédienne à la ville et à l’écran ). C’est dans ce trait de plume là, que le film fait mouche par un regard qui scrute l’intimité et les contradictions de chacun. Ces blessures et déchirures profondes dont les cicatrices ne sont pas fermées , et qui finissent par s’inscrire en forme d’obsessions comportementales de survie .

CHATEUA EN ITALIE  5  ( Marisa  Borini )

Car le thème central du film est en fait celui de la survie . La nécessité de trouver les solutions nécessaires qui y conduisent afin de remplir le vide que laissent les pertes et les douleurs qui vous font sombrer dans le douleur et la solitude. Faire le deuil, dit-on. Et celui-ci passe par faire celui d’un train de vie  d’une vie familiale de la grande bourgeoisie ( et de classe) d’hier dont la vente du bien familial, le château en question, est devenu désormais , une nécessité financière . Le tableau de la décadence de cette  famille de la grande Bourgeoisie, objet des remarques vindicatives du personnel de service, est exposé sans fards , on l’a dit , par la cinéaste-comédienne. Et elle en poursuit le constat dans la nécessaire quête de la survie qui oblige à s’en libérer par l’évocation de ce deuil qui paraît impossible à faire , la mort de son frère Ludovic ( Filippo Timi) vaincu par le Sida. L’évocation de cette relation fusionnelle et de la perte d’autant plus douloureuse qui y fait écho, est le moment le plus émouvant du film. Il est aussi l’un des plus beaux, par ce qu’il déclenche chez Louise ( Valéria Bruni- Tedeschi ) : le besoin de compenser la perte d’une vie par la naissance d’une autre «  avoir un enfant pour Louise est la preuve que malgré tout , la vie peut encore être gaie », dit la cinéaste . Vaincre la mort et le vide, redonner la vie , par l’amour de la vie. De la même manière qu’est significative cette quête maladroite d’amour à laquelle fait écho la superbe scène où Serge ( Xavier Beauvois ) l’ami de la famille désargenté vient quémander maladroitement sous la forme d’un prêt financier, la reconnaissance d’un amour familial et filial, jamais satisfait. Car celui qui en fut le « bouffon » révélateur des contradictions, aime autant qu’il la déteste, cette famille «  de dégénérés ».

CHATEAU  ITALIE  3 ( Louis  Garrel  et  Valéria  Bruni-Tedeschi )

Au delà du constat , c’est l’autre volet du film que la comédienne -cinéaste , relève en termes d’écriture ( avec l’aide de Noémie Lvosky et Agnès de Sacy ) et d’une mis en scène qui fait le choix d’impulser par la dérision, les éléments d’un romanesque mélodramatique qui aurait pu s’attacher à la description de son désir de maternité et à la relation tumultueuse avec son jeune amant Nathan ( Louis Garrel ). Beau jeu de renvoi de balles entre l’indécision de l’un ( à la fois sur son métier et sur la paternité ) et celui ( d’être mère ) de l’autre, qui trouve son point culminant dans la scène du centre de procréation assistée! . Rythmé par le passage du temps et des saisons , et pa un beau travail sur les couleurs qui habillent les lieux et les personnages, offrant écho à la tonalité ou au contraste des sentiments et des comportements, Un Château en Italie, est un film sensible et attachant….
(Etienne Ballérini)

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