Cinéma / GRAVITY d’ Alfonso Cuaron

GRAVITY d’ Alfonso Cuaron.

Perdus dans l’espace … Le vertige de la peur et du vide,  exploré avec une maîtrise exceptionnelle servie par des effets spéciaux 3D , qui ne le sont pas moins. Après la fable sur l’avenir de l’humanité menacée d’extinction , le cinéaste de Le fils de l’homme immensité de l’espace et le  face  à face au  danger, comme une méditation sur la confrontation à la mort et à l’instinct de survie…

 

GRAVITY 5

 

C’est par une immersion dans la mission de routine des deux spationautes chargés de réparer le système d’un module spatial en orbite autour de la terre , dans laquelle nous plonge la première séquence du film en forme d’un long plan-séquence  époustouflant , de plus d’un quart d’heure !.  Aussitôt nous voilà happés en plein cœur de l’enjeu avec , elle , le Docteur Ryan Stone ( Sandra Bullock) dont c’est la première grande mission dans l’espace comme récompense après avoir effectué brillamment tous les tests en simulation . On sent d’ailleurs son inquiétude , dans les premiers échanges avec son compagnon de mission, Matt Kowalski ( Georges Clooney ) qui cherche à la mettre à l’aise, lui, le vétéran qui a fait ses preuves et dont c’est la dernière Mission.  Le ballet magnifique qui nous envoûte en tant que spectateurs emportés par une caméra virevoltante autour des astronautes . Au cœur des plans-séquences , la caméra qui multiplie les angles de vues et les mouvements à cent-quatre vingt degrés , et installe cette illusion d’apesanteur qui nous rend, spectateurs proches des héros , et nous entraîne avec eux, dans une sorte d’opéra-spatial, aussi vertigineux qu’enivrant qui nous berce de sa musique tout aussi envoûtante, signée Steven Price.

GRAVITY

(Sandra  Bullock  et  George  Clooney ,  aux  commandes )

Le cinéaste n’oubliant pas que dans l’immensité de l’espace il n’y a aucun son , c’est par un superbe travail sur la bande-son qu’il cherche à restituer ce sentiment d’isolement par une musique minimaliste restituant ces sensations de vide, de bruissements de courants d’air surgis d’une immensité impalpable. Une immensité silencieuse qui n’est remplie que des bruits des instruments de réparation et des dialogues entre les deux spationautes dans leur quotidien, et,  avec le centre de Houston auquel il sont reliés pour les directives ayant trait à leur mission.

Et puis tout à coup dans cet envoûtement qui nous berce , voilà que le danger surgit sous la forme de débris qui comme une pluie de météores propulsés à une vitesse sidérante menacent la station orbitale. Désormais il n’ y a d’autre solution que de se mettre à l’abri,  et de prier que le choc, épargne la station ….Mais , telle une armée d’assaut , ces débris vont faire voler en éclat la station orbitale,   livrant nos héros à l’immensité de l’espace , reliés par le cordon de sécurité qui leur permet de rester unis face à l’immensité du vide, et tenter après avoir reçu les derniers conseils de Houston, de rejoindre avec leurs réserves d’oxygène , la station la plus proche  pour y trouver refuge et espoir…

GRAVITY 2

 

 

La terreur du vide et la confrontation avec le danger et le spectre de la mort au cœur de l’immensité qui les entoure,  c’est ce qui  va désormais être,  l’enjeu humain du film,  inscrit au cœur de ( et défiant) , la technologie …construit comme un thriller de l’espace , le film est aussi une performance d’acteurs, et notamment de Sandra Bullock, quasiment de tous les plans,  et sur qui repose le défi de faire percevoir tout le ressenti du vécu d’une situation extrême.  En ce sens le film est une sorte d’Ovni dans la configuration des Blockbusters dont il s’éloigne de tous les clichés , recettes et  autres formules du genre (1) .   Film de science-fiction spatiale à un seul ( ou presque ) personnage , musique et dialogues minimalistes, mélange de techniques numériques et de trucages à l’ancienne, et en guise de héros et personnage principal …une femme !.

Dans Le fils de l’homme c’était déjà une femme , une mère qui était porteuse de l’avenir de l’espèce sur une planète menacée d’extinction par un fléau qui avait anéanti toute possibilité de reproduction …ici, dans l’ immensité de l’espace où le proverbe dit que « personne ne vous entend crier » , c’est le défi de toutes les peurs primales que notre héroïne, va devoir,  avoir la force de surmonter . Et c’est dans  la magnifique séquence où , à bout de forces , elle vacille qu’ Alfonso Cuaron, nous renvoie cette peur et cette angoisse que tout un chacun peut partager sur la confrontation au danger et  à la pulsion de mort, au lâcher prise . Le tour de force c’est de l’avoir rendu palpable.

GRAVITY 4( Sandra  Bullock …  désormais  seule dans  l’espace )
On notera également que le cinéaste Mexicain, révélé à La Mostra de Venise par Y tu mama tambien ( 2001- Prix du scénario ) et à qui le Cinéma Hollywoodien a  fait les yeux doux ( Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban / 2004 ) pour ses blockbusters dans lesquels il a su insuffler une touche personnelle.   Et, dans Gravity , ce n’est pas un hasard s’il a choisi de faire percevoir par une femme ( ce qui est rare dans le cinéma Américain où les héros masculins dominent ), cette force et de cette volonté qui lui permet de surmonter la résignation et l’abandon, trouvant   l’énergie de se battre dans un environnement hostile .  Dans cette lutte , la part de l’homme n’est pourtant pas éludée par Alfonso Cuaron qui en avait déjà fait le protecteur de la femme porteuse dans Le fils de l’homme (2006) . Et dont , ici , le sacrifice de Matt , est l’élément moteur ( la scène du rêve ) passant le relais et   transmettant –  comme  testament sacrificiel –  sa force mentale à sa compagne de mission, pour lui permettre d’ affronter les multiples obstacles ( sauter d’un module à l’autre, résister à la force de la dérive et au gouffre aspirant de l’espace …) qui lui barrent le chemin . Cette force qui lui permettra  de résister aux tentations d’abandon de son âme au néant   ( qui se fait pourtant si caressant  :  ah !, cette musique lancinante qui vous y fait sombrer , cherchant à triompher de l’instinct  de survie ) , et saisissant – symboliquement – dans la matrice du néant, ce cordon ombilical qui s’était rompu, pour refaire surface, et échapper a l’inéluctable…Au delà de la prouesse technique, le film haletant de bout en bout, offre une réflexion qui ne manque pas de profondeur… comme certains  ont  pu le  penser. La supposée profondeur d’un film n’étant pas dépendante de la minceur prétendue d’un scénario , mais bien de ce qu’on fait de celui-ci.  C’est une question de mise en scène.

(Etienne Ballérini )

(1) – A noter qu’un autre film  revendique aussi le minimalisme expérimental , il  va sortir prochainement , il a été présenté au dernier Festival de Cannes , c’est All Is Lost de J.C Chandor , interprété par Robert Redford , où , un homme seul perdu sur son voilier de 12 mètres dans l’océan indien , doit affronter les multiples dangers et la tempête . Autre belle expérience d’aventures , et de cinéma hors normes …
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