image Jazz / Escale de Baptiste Trotignon à Nice – entretien

Trotignon et
Baptiste Trotignon et Mark Turner

Une soirée de jazz comme celle du 10 octobre avec le pianiste Baptiste Trotignon (1) et le saxophoniste Mark Turner (2) met du baume au cœur. Un piano et un sax ténor qui dialoguent, qui se renvoient les solos comme deux amoureux qui se prennent un moment la main, tout en douceur comme le souffle du ralenti d’une Rolls. Pas de souci d’ego, ce duo est désormais inscrit dans les belles osmoses que génère la musique de jazz. En tournée pour la sortie de leur dernier CD « Dusk is a quiet Place », les musiciens se sont arrêtés au club le BSpot, le seul à Nice qui ressemble  à un véritable club de jazz  (nous en reparlerons). Pour ce concert, un jazz haut de gamme, on ne tape pas dans ses mains mais on se laisse porter, improvisation des musiciens avec un sax ténor qui monte dans les aigus et un pianiste qui apaise mais qui tous les deux retournent parfois à leurs partitions. Ces deux artistes qui, pour la troisième fois s’unissent autour de leurs compositions et parfois celles de Bach, sont fait pour s’entendre, se comprendre et durer.

Avec Marc, pourquoi lui et pas un autre, pourquoi si simple que ça ?

Mark Turner
Mark Turner

Non, ce n’est pas si simple, c’est quelqu’un que j’adore, depuis longtemps j’écoutais déjà sa musique, on s’est rencontré en 2007/2008, moi j’ai 39 ans il doit avoir 48 ans et c’est vrai qu’il a déjà créé une espèce de renouveau chez les saxophonistes ténors stylistiquement peut être parce qu’il a proposé comme source d’influence autre chose que l’éternelles dichotomie entre Sonny Rollins et Coltrane. Il a été inspiré par l’école qu’on appelle Jazz West Coast (3) et c’est une chose dans laquelle je me retrouve et puis tout simplement faire sonner le sax comme eux savent le faire, c’est un son extraordinaire, vous le reconnaissez tout de suite si c’est lui ou Joshua Redman, c’est dans le fait d’émettre des sons qui, comme les instruments à hanche se rapprochent de la clarinette ou du hautbois. On peut dire qu’il a un  vrai souci d’avoir un discours poétique dans la musique, efficace et pas seulement comme certains musiciens qui sont très doués, il a une subtilité dans sa façon de laisser de l’espace, sa manière de jouer me touche beaucoup, en même temps, c’est un vrai challenge de jouer avec des gens qu’on admire.

Vous êtes tous les deux célèbres, ne jouez vous pas sur votre ego, n’essayez vous pas de prendre la place…Mais vous n’êtes pas comme ça ?

J’espère que non (rires), pas avec Mark, c’est aussi ce qui est très agréable en dehors de la musique elle-même mais c’est un petit peu lié, mais non il n’y a aucun problème d’ego, c’est quelqu’un qui est très sain humainement avec les choses, cela se passe très simplement.

Où allez vous tourner avec lui ?

C’est une série européenne, il y a eu un gros concert à Pleyel à Paris ensuite deux  dans le Sud et trois concerts en Allemagne et en Espagne.

On ne vous voit pas beaucoup en quartet ?

Cela dépend, disons que le solo et le trio c’est une espèce de fil rouge qui est indépendant des projets que je fais au fil des années effectivement depuis une douzaine d’années, indépendamment des différents projets qui peuvent arriver, l’année dernière on a tourné avec des voix en quartet ou en sextet, j’ai beaucoup tourné avec David El Malek, on a fait une soixantaine de concerts.

On parle de vous comme pianiste de jazz mais c’est plus étonnant quand vous jouez une chanson de

Baptiste Trotignon
La main talentueuse de Baptiste Trotignon

La main talentueuse de Baptiste Trotignon

Gainsbourg ?

Oui, mais là c’était sous différentes formes et l’amour que j’ai pour le vocal donc, ça s’est exprimé de différentes façons sur l’album, ça donne un album kaléidoscopique mais c’est ma façon à moi de signifier mon attirance pour les voix sous différentes formes, que ce soit la chanson française c’est ce qui m’amusait et puis pour certains morceaux le travail sur la coréalisation avec Miossec pour les textes.

Vous êtes un musicien qui fait le tour du monde sans cesse, vous écoutez d’autres musiques, ont-elles une influence sur vos compositions ?

Il y a plein de musiques qui ont des influences sur mes compositions.

Il y en a qui vont au Brésil et qui vont faire un CD plus brésilien ?

Le Brésil, c’est un bon exemple parce que c’est un pays où il y a plein de musiques, la musique savante fait partie de la culture populaire, c’est pour cela que j’adore le Brésil, effectivement j’ai passé une semaine ou deux, c’est vrai que ça laisse des marques.

Chaque fois que vous voyagez, vous intéressez vous particulièrement à la musique ?

Pas spécialement, ce qui est intéressant dans le voyage c’est aussi de voir comment les gens vivent ailleurs autrement que chez nous, ça m’apprend à prendre des distances avec nos modes de vie, à relativiser ce que l’on croit important dans notre petit quotidien à nous, c’est comprendre ce que les autres ressentent physiquement. On se dit que la façon dont nous pouvons vivre dans une société occidentale c’est juste une possibilité, une option, c’est une chose parmi d’autres. Il ne faut pas ériger ça comme une valeur, c’est juste une façon différente de vivre.

Baptiste Trotignon
Baptiste Trotignon

En dehors de vos voyages, mettez vous du temps pour vos compos ?

Des fois, il y a des choses qui peuvent venir très vite, ça dépend, des morceaux peuvent être bouclées en 2 heures, en 1 heure. C’est intuitif, ça vient comme çà, ou alors c’est dans un coin et ça ressort au bout de 6 mois où ça n’aboutit jamais d’ailleurs, donc il n’y a pas de règles, ça peut être très vite comme ça peut être très laborieux. J’ai toujours un crayon et du papier à musique.

En ce moment, qui vous branche parmi les musiciens de jazz, avec qui aimeriez vous jouer ?

J’ai plusieurs noms dans la tête et je suis  tout le temps en mouvement, je pense que le prochain disque sera en trio, ce n’est pas encore choisi, ça va être bien, avec piano, batterie, basse un mix de différentes nationalités.

Jean Pierre Lamouroux

(1)Révélation française aux Victoires du Jazz en 2003
2009 – SHARE avec Matt, Penman, Otis Brown et Eric Harland
2012 – Song Song Song
(2) 1995 – Mark Turner avec Joshua Redman
2012 – Year of the Snake
Un CD en préparation, en quartet avec le trompettiste Avishaï Cohen, le contrebassiste Jo Martin et le batteur Marcus Gilmore
(3) Un jazz plutôt pratiqué en Californie dans les années 50, plusieurs influences comme le Be-Bop mais aussi celles de Debussy ou de Ravel. Beaucoup de soins dans les arrangements et où la liberté d’improvisation et la partition cohabitent.

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