image Cinéma / Disparition – Daniel Duval, Comédien, cinéaste et scénariste

Daniel Duval, l’homme bléssé.

Il débute dans le cinéma à la fin des années 1960 en signant un beau court métrage, Le mariage de Clovis (1969) sur un jeune ferrailleur de banlieue , qui aura les honneurs de figurer en programme avec Théorème de Pasolini !. Puis, comme comédien chez deux grands cinéastes français Jacques Baratier ( La ville Bidon ou La décharge /1974) et Bertrand Tavernier ( Que la fête commence / 1974) . Il fait la même année ses débuts dans la mise en scène avec un très joli et intimiste premier film Le voyage d’Amélie (1974) qui sera remarqué par la critique et obtiendra un succès d’estime, de même que son second, L’ombre des châteaux (1976) avec Philippe Léotard comme interprète . Le cinéaste naissant cumulera dès lors, dans les deux registres, auxquels s’ajoute également celui de scénariste pour ses réalisations qui portent la marque d’une forte et sensible personnalité qui aura du mal, par la suite , à faire accepter par les décideurs du cinéma son univers et la vision exigeante qui est la sienne .

DUVAL 1 (Daniel Duval )

Pourtant le succès international de son film La dérobade ( 1979) adapté du roman de Jeanne Cordelier beau témoignage sur la prostitution, aurait dû lui ouvrir, larges, les portes, mais ces sirènes là, ne l’interessaient pas vraiment. Dans le monde du cinéma, cet enfant de banlieue qui connut une enfance difficile, n’y trouvait pas son compte dans ce qu’il véhicule parfois d’hypocrisie et de fausses sympathies de circonstances. Daniel Duval,  y restera à la marge et y choisira ses relations, celles des écorchés comme Philippe Léotard, ou son ami Patrick Dewarere. Comme eux, il se retrouve souvent au bord du gouffre, à l’image de cette dépression dans la quelle il sombrera ( alcool et drogue ) qui aurait pu le faire basculer à la fin des années 1980.

DUVAL 6 ( Miou Miou e Daniel Duval dans  La  Dérobade)

Dix films réalisés seulement, dont quatre pour la télévision, attestent de cette difficulté à faire accepter ses sujets , et après Effraction ( 1983 ), usé et fatigué, hormis ses réalisations pour la Tv , il va décrocher de la réalisation cinéma pour n’y revenir qu’après une longue absence de 22 ans, et pour ce qui sera son dernier film Le temps des Porte-Plumes ( 2006) . Qui résonne aujourd’hui comme un testament puisqu’il y parle de son enfance difficile et qu’il s’y confie ,et s’y livre, comme jamais et en même temps , avec une pudeur étonnante.
Son œuvre cinématographique, comme certains de ses rôles au cinéma, expriment en filigrane, les blessures et le parcours d’un homme dont l’aspect physique ( visage buriné et gueule de malfrat) sous laquelle se cache une sensibilité extrême, qui reflète le manque d’amour et les douleurs d’une enfance perturbée et difficile qui aurait pu le faire basculer définitivement dans la violence, et la marge.

DUVAL 2

( Jean Paul Rouve et  Anne  Brochet   dans  Le  Temps des  Porte plumes )

Car le natif ( en 1944 ) d’un famille d’ouvriers de Vitry – Sur – scène dans le val de Marne qui se retrouve à l’âge de 8 ans à la Ddass retiré de sa famille génitrice, et mis dans une famille d’accueil d’agriculteurs dans l’Allier, dont la femme ne l’aime pas mais dont les relations avec le mari ( interprété par Jean-Paul Rouve ) qui joue Gustave, son père nourricier qu’il n’oublia jamais,  seront très belles . Puis adolescent et toujours sous tutelle de la Ddass , l’école des métiers du bâtiment et le pensionnat d’où il fugue à plusieurs reprises ne supportant pas la discipline. A Dix Sept ans, il file du mauvais coton avec des voyous et se retrouve en prison où le père Dagonet qui vient y rencontrer les jeunes détenus sera après Gustave, l’autre main tendue qui lui ouvrira les portes de la télévision où il apprend les ficelles de la réalisation en travaillant sur des documentaires .

DUVAL 3

( Une  scène du film, Le  deuxiéme  Souffle  d’Alain Corneau )

Le voilà donc  remis sur les rails, avec ses films et aussi comme comédien avec sa « gueule» de malfrat dont il fera presque un auto-portrait destructeur qu’il interprète dans La dérobade, en mac violent. De la même manière que dans Effraction ( 1983), il décrira avec une noirceur étonnante l’univers carcéral qu’il a connu. C’est dans cet Univers de « polars » qu’on le retrouve souvent dans des films comme Le Juge de Philippe Lefebvre (1984), Les loups enrtr’eux de José Giovanni ( 1985), Gomez et Tavarès de Paquet-Brenner (2003), 36 Quai des Orfèvres (2004) et Les Lyonnais (2011) d’Olivier Marshall, Le Deuxiéme Souffle  d’Alain Corneau ( 2007), Banlieue 13 , Ultimatum / 2009 de Patrick Alessandrini.Des rôles appréciés par le grand public parce qu’il s’y offrait totalement .

De la même manière qu’il était émouvant, voire bouleversant dans ceux qui touchaient les sentiments ou les situations qu’il avait pu traverser. Comme dans  le film d’Eric Guirado Le fils de l’Epicier, où il incarne un père dont les relations avec le fils sont compliquées, ou encore , ce père de famille nombreuse tyrannique dans Y aura-t-il de la neige à Noël ?, et cet autre inquiet pour l’avenir de son fils dans Le temps qui reste de François Ozon , sans oublier dans un autre registre, son magnifique rôle de suicidaire dans Le Vent de la nuit ( 1999 ), face à Catherine Deneuve,  dans un superbe duo de comédiens, orchestré par Philippe Garrel.
Le cinéma, encore, en deuil d’une de ses figures les plus singulières, et attachantes …
(Etienne Ballérini )

2 commentaires

  1. Très Heureuse initiative que de faire mieux découvrir l’histoire de ces quartiers qui ont tellement changé et de leurs habitants, niçois et italiens…venus donner un sacré coup de main…
    Quant à la Culture, elle existe bien à Nice mais il est si difficile de trouver toute l’Information dispersée et qu’il faut glaner un peu partout au cours de nos déambulations..
    Cordialement.
    LD

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