Cinema / l’Amour c’est gai , l’Amour c’est triste – MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh .

MA VIE AVEC LIBERACE de Steven Soderbergh.
La vie tumultueuse et sa liaison amoureuse avec son homme à tout faire, du Pianiste -chanteur surnommé le Mozart de Las Vegas. Superbe reconstitution d’époque, strass et paillettes, coulisses du showbiz et ses dérives… et histoire de passion glamour. Sous la cape en renard blanc de l’artiste, Soderbergh démasque les mensonges et l’hypocrisie de la société …

Liberace 1  ( l’Artiste  à son piano  avec chandelier )

Lorsqu’il fait son apparition sur scène Liberace ( Michaël Douglas) le pianiste qui manie aussi bien les notes du classique   ( Liszt, chopin ) que les fulgurances jazzy ou les mélodies sirupeuses, fait un double tabac avec son show où la virtuosité musicale se marie avec le kitsch d’un spectacle dont les exubérances ( Rolls Royce sur scène, chandelier d’argent sur le piano …) et de ses habits où l’élégance des fourrures se perd sous le poids de bijoux et des paillettes . Même les « mamies »  adorent !. Un « habillage » dont la démesure voulue du travestissement par sa « dualité » joue sur l’ambiguïté et sert à entretenir admirablement la fascination et la curiosité sur une personnalité dont le « maquillage » de la scène joue avec son homosexualité, une sexualité différente et tabou dans une société puritaine. Dont les multiples séquences montrent l’acharnement de l’artiste et de son entourage à veiller à ce que toute tentative soit annihilée ( procès en diffamation et fuites sur ses chagrins amoureux hétéros …) pour éviter que le moindre soupçon ne transpire dans la presse à scandale sur sa véritable sexualité. Le mensonge qui était au cœur de son film Sexe , mensonges et Vidéo palme d’or au Festival de Cannes 1989 , Soderbergh l’utilise ici comme élément d’un « déni » qui reflète celui d’une société dont Liberace porte lui aussi les contradictions d’une éducation, héritage de ses origines ( père italien , mère Polonaise ) catholiques.

Liberace 2 (  Liberace / Michaël Douglas,  et sa célèbre tenue de scéne)

Steven Soderbergh qui a eu beaucoup de mal à faire accepter son sujet par les studios frileux des majors Américaines , et a , finalement trouvé un financement auprès des télévisions ( HBO ), laisse percevoir en filigrane que le sujet reste encore tabou , aujourd’hui , dans certaines franges de la population ( les milieux religieux intégristes ) Américaine ( mais pas que…) et son film , au travers de son héros, fait écho à la longue période d’obscurantisme avant que la libération sexuelle ne permette quelques avancées , que le fléau du Sida va revêtir d ‘un voile sombre pour toute une communauté, et dont Liberace sera lui aussi victime en 1982 . Avant le décès de celui-ci, c’est donc le récit d’une carrière et d’une vie mouvementée portée par la passion de la musique et celle du sexe, qui constituent le quotidien d’une homme dont la fragilité et le ressenti intime avec les éclats et emportements qu’ils suscitent, sont le reflet d’une sensibilité et d’une obsession narcissique en forme de quête aveugle , le poussant à affirmer par son pouvoir de séduction, sa réussite et le désir de possession qui l’accompagne.

Liberace 3 ( Michaël Douglas  et  Matt  Damon )

 

C’est un des aspects passionnants du film qui en décline les multiples facettes engendrant chez Liberace , cette sorte d’investissement addictif dans le contrôle de tout ce qui l’entoure. Symbolisée par ces « liftings » répétés  que son docteur esthéticien (  Rob Lowe )  lui  prodigue,  destinés à entretenir son pouvoir de séduction défiant le vieillissement . Et qui se concrétise par l’accumulation d’aventures dont il s’autorise à lui seul les écarts qu’il ne consentira pas à son jeune amant, Scott ( Matt Damon) qui en subira les contre- coups de la jalousie et de rapports dominants dont la dimension revêt les double habits d’une volonté de modeler l’autre à son image, puis bifurquent vers une tentation, non avouée, d’une paternité adoptive. Déclinaison de rapports ambigüs qui se greffent à ceux, plus classiques, des clichés ( ruptures, réconconciliations ) attachés aux phases d’une relation passionnelle de couple hétéro, qui finit par se déliter. Richesse , gloire et beauté … et la poudre aux yeux du mensonge qui l’accompagne , Steven Soderbergh lui offre une écho étonnant dans les rapports du couple Liberace / Scott , dans les décors d’époque remarquablement reconstitués de la maison ( plutôt du palais ) somptueuse de Liberace , ou ceux de la mise en scène de ses spectacles . Tandis qu’au fil du temps et de la maladie de Liberace, comme de l’addiction à la drogue de Scott, le spectre de la déchéance physique qui s’y inscrit apporte la vraie gravité, celle dont aucune possibilité de maquillage ne pourra cacher, l’inéluctable .

Liberace 5 ( Dan Aykroyd   et Michaël Douglas )

Sans avoir l’air d’y toucher Soderbergh installe dans ses séquences le désir de cinéma, de l’illusion et de « l’entertainment » qui s’y attache pour transcender ce qui pourrait être un affreux mélo sur les amours d’une folle viellissante  ( superbes maquillages ) et d’un beau jeune homme, en un récit où s’installe cette quête du merveilleux qui s’y attache au travers de personnages dont les rêves et les désillusions, comme les dessous de leurs passions, sont vécus en partage avec le spectateur. Servi par ses deux comédiens époustouflants parce que surprenants dans l’investissement de leurs personnages dont ils traduisent à la fois les moindres frémissements des rêves, des désirs, comme les lâchetés … et cette quête maladroite et éperdue de l’autre pour oublier la solitude des blessures intimes que l’on refoule jusqu’au plus profond.
Si Steven Soderbergh, touche à tous les genres, n’est pas forcément un auteur au sens français du terme avec son univers particulier, il est en tout cas un excellent conteur qui fait mouche dans l’approche des personnages et dont le sens du rythme et l’efficacité de la mise en scène et du regard, emporte l’adhésion des spectateurs. Après le très réussi Magic Mike sur les effeuilleurs masculins, Ma vie avec Liberace, en apporte l’exemple parfait .
(Etienne ballérini )

MA VIE AVEC LIBERACE ( Behind the Candelabra ) – 2013- avec : Michaël Douglas , Matt Damon, Rob Lowe, Dan Aykroyd, Rob Lowe , scott Bakula, Debbie  Reynolds ……

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