Cinéma/ l’ Indien et l’Ethnopsychiatre – JIMMY P. d’ Arnaud Desplechin.

JOHNNY P. d’ Arnaud Despléchin.

La belle rencontre empreinte d’humanité, entre l’indien des plaines blessé à la guerre et
l’ethno-psychiatre appelé au secours par l’administration militaire Américaine pour soigner les maux et traumatismes de cet homme, magistralement servie par le duo d’acteurs Mathieu Amalric et  Benicio Del toro. Le cinéaste de La sentinelle , de Conte de Noël et de Rois et Reines, y poursuit la quête de soi par l’autre, thème central de son œuvre.

21000520_20130422172933462.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx  ( Benico  del Toro  et  Mathieu  Amalric )

C’est par de belles séquences nous plongeant au cœur de l’immensité des plaines de l’Ouest Américain que s’ouvre le film, qui joue à la fois sur les références cinématographiques ( le western) et sur l’histoire, celle d’un pays dont l’indien Jimmy Picard ( Benicio Del Toro ) de la tribu des blackfoot est porteur des « blessures de l’âme » qui le hantent. Et réveillées par celles, physiques, qui en cette année 1948 au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’ont conduit en soins à l’hôpital militaire de Topeka pour y suivre un traitement consécutif aux séquelles persistantes ( migraines insupportables, évanouissements, pertes auditives et visuelles) d’une blessure à la tête reçue au combat en France. Les multiples séances et soins de la médecine militaire se révèlent impuissantes – la lésion cérébrale écartée – à appréhender et soigner ,un mal profond qui semble défier les pronostics médicaux , d’un traumatisme dont le corps ne porte plus les traces et dont les douleurs qui persistent, semblent devoir trouver réponse dans les blessures mentales profondes de l’âme, réveillées, et qui semblent liées à un passé et un vécu, trop lourd à porter.

21000232_2013041919471971.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx( Benicio Del Toro,  seul  face  à la  souffrance )

La décision de tenter la piste de la recherche psychiatrique par les autorités médicales militaires qui vont s’adjoindre les services de l’ethno-psychiatre, Georges Devereux ( Mathieu Amalric ), qui après avoir exercé à Paris se trouve en résidence à New-York et en attente d’emploi. Son travail qui a franchi les frontières , et surtout, ses connaissances des peuplades d’Amazonie et des indiens Mohaves , comme celles du poids des origines et de la culture dans certains traumatismes , sont un atout qui devrait permettre de percer ces maux de l’âme à l’origine de ceux, dont Jimmy Picard souffre . Et dont il il n’a pas conscience lui même de l’origine profonde , comme l’illustre les scènes des vaines tentatives de sa sœur, pourtant sa meilleure confidente, pour tenter de les percer et le faire sortir de son enfer. Une impasse dans laquelle il est plongé et dont il n’arrive pas à maîtriser, ni endiguer,les flots venus de son inconscient qui déclenchent son mal.
Dès lors, l’enjeu du film devient celui de la rencontre et de l’ apprivoisement entre le malade et son soignant et d’une méthode de soins destinée à trouver réponse à sa maladie , en même temps qu’il devient l’enjeu de la réponse apportée par une mise en scène qui permette de rendre perceptibles, lisibles et compréhensibles les mots de la thérapie, et les images mentales au coeur du chaos de l’ âme souffrante de Jimmy Picard .

21000234_2013041919472196.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx ( Séance de  Thérapie )

Au Centre du premier enjeu, il y a donc cette confrontation dont la dimension humaine et scientifique est subtilement , traduit par un cheminement thérapique ( les tâtonnements et les longueurs des séances, l’ importance des mots dans de l’approche de l’autre… ) dans lequel s’insinuent surprises , incompréhension en même temps que les confidences intimes qui brisent, les barrières  et créent l’intimité nécessaire pour faire baisser la garde . C’est dans cette longue marche vers l’autre , vers cette main tendue salvatrice, qu’Arnaud Despléchin nous entraîne, dans une approche aussi méticuleuse que l’est , celle médicale , en traduisant fidèlement les étapes confiées dans son livre par Georges Devereux ( 1) , avec l’apport de ses deux comédiens qui en restituent toutes les subtilités , en une sorte de jeu complice d’échanges de balles de ping-pong qui finissent par dévoiler cette part de soi restée ( ou rejetée ) dans l’ombre et qui finira par sortir des lèvres de Jimmy…traduisant cette complicité   gagnante d’un combat qui va changer la vie de Jimmy , mais aussi, enrichir celle de Devereux.

21006005_20130515122933809.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx ( Arnaud  Desplechin  sur  le  tournage )

Au cœur du second enjeu, il y a, celui de la mise en scène et de son défi, consistant à rendre visible, le mal et ses symptômes ressentis par Jimmy dans son être, par le choix d’un récit en flash-backs, reflétant le choc des images mentales des fantômes du passé ( son enfance, sa vie conjugale, ou exprimant la violence d’un quotidien et du rejet ressenti vis à vis de ses origines indiennes , ou celui d’une autre violence , celle de la guerre…) qui surgissent au présent , provoquant ces maux atroces. Habilement, les effets en sont traduits par avec une approche parfois décousue qui peut paraître déroutante , mais qui ne fait que refléter la perception douloureuse et chaotique de son mal par Jimmy, dont la mise en images de celle-ci , nous invite à suivre les affres et les mystères de l’esprit. Scrutant son cheminement imperceptible, accompagné par la belle musique d’Howard Shore, les détails et les gestes qui traduisent, au cœur des nombreuses séquences , le moindre frémissement d’une lueur d’espoir …
(Etienne Ballérini)

(1) Réalités et rêve : psychothérapie d’un indien des plaines de Georges Devereux (1951) , réedité aux éditions Fayard .

JIMMY P. d’Arnaud Despléchin (2013) – avec : Benicio Del Toro , Mathieu Amalric , Gina McKee….,

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