image Cinéma/ l’enfant de Singapour – ILO ILO d’Anthony Chen .

ILO ILO d’Anthony Chen.

Singapour dans les années 1990 . Un enfant Rebelle de dix ans confronté au monde des adultes qui l’entourent. Le premier long métrage du jeune réalisateur local, est un petit bijou de délicatesse de regard qui se fond dans celui de l’enfance pour traduire , la violence et la dégradation des rapports familiaux et sociaux en temps de crise . Caméra d’Or , Cannes 2013.

photo_01  ( l’enfant rebelle ,  Jiale  /  Koh  Jia  Ler )

C’est un signe , après un été en demi-teinte et assez pauvre en sorties de films, c’est bien la rentrée !…car voilà en effet que nous arrivent les premiers films attendus, dont ceux qui ont eu, au mois de Mai, les honneurs cannois. Et Ilo , Ilo présenté à la Quinzaine des réalisateurs et vainqueur de la Caméra d’or, fait partie de cette première salve avec quelques autres belles surprises venues de France ou d’ailleurs , dont on vous parlera .
Et sa découverte est une vraie révélation du talent d’un jeune cinéaste de 29 ans dont on avait déjà apprécié les courts métrages , comme Ha-Ma ( Grand-mère ) présenté en 2007 au Festival de Cannes ( mention spéciale du Jury ). Dans Ilo Ilo , son petit enfant rebelle de Singapour dont il nous offre le portrait sensible est, en quelque sorte, le petit frère -miroir d’une réalité que décrivait jadis le grand cinéaste  Japonais Yasujoro Ozou , dans  ( Gosses de Tokyo /1932 ou Le Fils Unique / 1936) dont il admire les films tout comme ceux , plus proches , de Hirokazu Kore-Eda ( Still Walking /2009 et Tel Père Tel Fils / 2013), autre grand portraitiste de l’enfance et de la famille . Anthony Chen explique dans le dossier de presse «  le thème de la famille a une dimension Universelle, je suis certain que beaucoup de gens reconnaîtront la dynamique à l’oeuvre entre les personnages et se reconnaîtront sûrement eux-mêmes , ou retrouveront certains de leurs proches à l’écran »

Car le portrait du môme de cette famille ordinaire de la petite Bourgeoisie de Singapour est dans ce qu’il renvoie du regard sur le monde qui l’entoure, le révélateur à la fois des désirs , rêve et révoltes de l’enfance en même temps que de cette anxiété qui perturbe et pollue la vie familiale suspendue aux réalités ( travail, crise économique, rapports de classes… ) et à leurs conséquences.  Jiale ( Koh Jia Ler, une présence extraordinaire ) , est  un écolier indiscipliné qui refuse d’étudier et faire ses dévoirs , se bagare avec ses camarades de classe , et il est  tout aussi indomptable avec ses parents qui vont le mettre sous surveillance d’une bonne venue des Philippines qu’il rejette dès le premier jour, refusant qu’elle mange à la table familiale. C’est l’évolution des leurs rapports qui après les premières escarmouches vont passer par, dirons-nous, les multiples tentatives d’apprivoisement qui finiront par une forme de forte complicité, dont Anthony Chen nous invite à suivre les déclinaisons. Et , en toile de fond de celle -ci , tout en petites touches , la réalité quotidienne qui s’y dévoile avec ses difficultés.

photo_02 (  Jiale  et la  bonne  Teresa /  Angeli Bayani )

En effet la relation entre Jiale et Teresa ( Angeli Bayani) la bonne, se fera révélatrice d’une réalité dans les rapports humains et de société, en leur offrant un écho universel par cette magie d’un récit et d’une mise en scène qui consiste à donner à voir et à comprendre ce que telle ou telle situation révèle de la fragilité des rapports familiaux et des angoisses liées à une situation sociale fragilisée par les conditions économiques.
Dès lors , et c’est ce qui fait la force du film , sans jamais charger le trait,  la mise en scène distille ses petites notes en forme d’esquisses (ou clichés ) d’une partition dont elles se font le révélateur. Ainsi deux bribes de conversation téléphonique suffisent pour faire comprendre la situation délicate qui a contraint la bonne à quitter son pays et à s’exposer aux risques de rejet et de racisme à Singapour ; comme ceux exprimant le ressenti d’une certaine population locale « elle vient nous piquer notre boulot ! », dit une Singapourienne au détour d’une conversation où il est question de chômage. De la même manière , quelques plans et le silence qui s’y installe, suffisent pour donner à comprendre le délitement des rapports entre le père ( Chen Tian Wen) et la mère ( Yeo Yann Yann ) ; et le sentiment de jalousie ressenti par la mère que lui renvoie ce lien entre son fils et la bonne, qu’elle n’a pas su tisser. Et une cigarette que l’on fume en se cachant peut se faire révélatrice d’une autre secret que l’on veut cacher à ses proches : la perte du travail . De la même manière qu’au bureau les dossiers qui s’empilent ne sont pas ceux d’un personnel nouveau qu’on recrute,  mais, de celui qu’on licencie !.

photo_03 (  Photo de famille  avec  la bonne  )

La gravité amère du constat, trouve cependant un bel écho d’espoir dans l’harmonie qui s’installe entre l’enfant et la bonne ( la belle séquence de leur danse sans la rue au son d’un walkman) , et dans le regard du cinéaste qui offre à ses personnages le portes de sortie de la dignité dont le beau final, qu’on vous laissera découvrir, est le bel exemple dans ses dimensions sentimentales , dont le prolongement dans le secteur social n’est pas exclu, celui d’une perte qui offre l’opportunité d’une renaissance …
(Etienne Ballerini)

ILO, ILO  d’Anthony  Chen ( 2013)-   avec : Kho Jia Ler, Angeli Bayani , Chen Tian wen , Yeo Yann Yann.

Un commentaire

  1. Ai tjs eu du mal, avec le cinéma asiatique. La thématique me rappelle le roman « La désobéissance », par certains aspects (refus, révolte) de Moravia. Faudrait que je voie le film.

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