image Danse / L’été des Ballets de Monte Carlo

Les ballets de Monte Carlo ont clôturé leur saison de belle manière avec une programmation estivale variée proposant à la fois deux grandes œuvres de Jean-Christophe Maillot, le directeur des Ballets (Vers un pays sage et Shéhérazade) et un programme de trois œuvres plus courtes et très différentes dont une inédite, celle de Jeroen Verbruggen. Cet éventail de genres et de styles a aussi pour objectif de montrer la polyvalence et les qualités de danse de la cinquantaine de danseurs des Ballets de Monte Carlo et de montrer la richesse de la danse actuelle.

Il faut savoir que J-C Maillot, directeur depuis bientôt vingt ans des Ballets a toujours poussé ses danseurs à exprimer leur créativité. C’est ainsi qu’après Kill Bambi, Jeroen Verbruggen, danseur aux Ballets a présenté sa nouvelle création : Arithmophobia. Œuvre surprenante, déconcertante, sombre et grotesque, elle a divisé avec un certain aplomb le public.

Arythmophobia (photo : Alice Blangero)
Arithmophobia (photo : Alice Blangero)

Composé en deux temps, elle débute par une danse à deux, entre un homme et une femme autour d’un cercueil en bois. Avec beaucoup de sensualité, les deux danseurs torses nus, se lancent dans des portés et des tenues à l‘équilibre précaire mais qui basculent avec douceur et grâce, vers une fusion impossible de leur corps. Sur une symphonie inachevée de Mahler et revisitée par l’artiste électro Matthew Herbert, les danseurs par la légèreté de leurs mouvements arrivent à faire oublier la pesanteur et toucher une émotion passionnelle brute. Puis, une fois le corps de la jeune fille déposé dans le cercueil et celui-ci refermé – l’amour et la mort sont donc si proches, sont entrés en scène leurs peurs et les angoisses du chorégraphe.

Prise de risque. Huit danseurs habillés de costumes inspirés des œuvres naturalistes et glauques de Jean Rustin ont formé un ballet plus grotesque. Certaines avec une petite queue, un autre costaud dans un corps de femme, ou encore avec un masque positionnant la tête dans le dos… Les œuvres très crues de Rustin présentent toujours un petit détail qui « contredit la réalité » explique le chorégraphe dans le magazine monégasque d’art&de culture. « Comme ce que je cherche à mettre en œuvre dans mes mouvements. »  Certes devant ce ballet de monstres nus, il y avait de quoi être décontenancé. Mais, c’est le but aussi. Chaque danseur exprimait ainsi individuellement sa peur de la fin du monde. Le collectif était donc cette somme de peurs amenant l’angoisse d’une fin inéluctable. Si certains ont pu y voir une vision très pessimiste et noire, Jeroen Verbruggen ne l’etend pas ainsi : « Malgré la gravité du sujet, Arithmophobia est un clin d’œil à l’Acte blanc du ballet romantique–cet acte souvent insouciant où les choses sont légères. La fin du monde, c’est mourir tous ensemble et au même moment. C’est tout de même plus réconfortant que d’effectuer le voyage tout seul. » Oui, en effet mais quand même… Ce n’est pas très gai tout ça.

Malheureusement, cette deuxième partie où le grotesque, parfois drôle, se partage la scène avec le dramatique n’avait pas assez de forces – contrairement à la première partie, dans sa danse et sa chorégraphie pour évoquer toutes les émotions et idées recherchées et surtout faire oublier les costumes. Elle a vite semblé patiner et tourner en rond. Du coup, on regardait la petite queue de la danseuse et notre esprit sortait de la pièce.

C’est dommage mais cela n’enlève rien au talent du chorégraphe. Car si certains ont critiqué – d’autres ont même été choqués, l’art est là pour bousculer et si des jeunes créateurs ne prennent pas de risque, c’est bien là qu’il faudrait être choqué. Le travail de Jeroen Verbruggen reste intéressant dans cette recherche des limites, dans cette mise en en danger, mettant sur scène son cœur, ses peurs et son imaginaire très particulier. Rien que pour cela, il faut le féliciter.

Poésie et rythme. Les deux autres créations avaient déjà été montrées cet hiver à Monaco. Il s’agissait de Rondo et de Blind Willow, chacun encore une fois très différents dans leurs propositions dansées.

Blind Willow (photo : Alice Blangero)
Blind Willow (photo : Alice Blangero)

Blind Willow (trad : saule aveugle) est une œuvre poétique où devant un paravent noir mouvant et aspirant peu à peu la quinzaine de danseurs, une jeune femme aveugle (dansée par la délicate Mimoza Koïke), essaye de garder l’équilibre et de se diriger, guider par ces hommes et ces femmes qui lui tendent la main… « La danseuse dans Blind Willow qui choisit de se bander les yeux le fait peut-être pour ne pas voir ou pour filtrer ce que son environnement lui montre. Il est trop difficile de rester objectif, d’affronter la vérité. Peut-être veut-elle laisser ces choses dans l’inconscient ? » explique la chorégraphe Ina Christel Johannessen. La danseuse aux yeux bandés sera pourtant la seule à rester debout, au milieu des corps étendus. L’équilibre et la vérité sont donc à trouver ailleurs que dans la lumière. « Un saule aveugle semble petit à l’extérieur, mais il a des racines incroyablement profondes », explique Haruki Murakami, écrivain japonais auquel Johannessen se réfère. « En fait, après un certain point, il s’arrête de grandir et pousse de plus en plus vers le bas. Comme si l’obscurité le nourrissait». Une œuvre hypnotisante et fascinante avec une belle sensibilité dans la danse, toute en précision et en délicatesse. Beaucoup de poésie aussi.

Rondo clôturait le programme de manière joyeuse, rythmé et même drôle ! Tout débute devant le rideau avec cinq danseurs qui vont utiliser leur corps pour créer un rythme en tapant sur leur bras, leur torse, crachant de l’eau d’une bouteille en plastique ! Le rythme convoque la danse dans Rondo. C’est lui qui dirige. Les pointes des danseuses sont utilisées comme des claquettes, des pianos géants sur lesquels les danseurs sautent en rythme arrivent sur scène après une séquence hilarante en ombres chinoises faite de sauts et de segments rythmiques dans un couloir lumineux. Festif, Rondo voit donc la danse se plier au rythme et la chorégraphie se laisser emporter. A chaque pas, à chaque mouvement jaillit une vitalité jubilatoire. Pour Alexander Ekman, « Rondo, c’est essentiellement du rythme dans tous ses aspects. (…) Qu’est-ce que le rythme ? Et comment y réagissons-nous ? » On réagit bien apparemment puisque emportée par son enthousiasme la salle a applaudi en plein spectacle. Ce fut une belle soirée de danse.

Rondo (photo : Alice Blangero)
Rondo (photo : Alice Blangero)

Maintenant, les Ballets de Monte Carlo posent leur pointes dans un placard et vont chausser leurs palmes jusqu’en octobre. Ainsi, on les retrouvera tout d’abord avec les Imprévus les 25 et 26 octobre. Puis un des temps forts de la prochaine saison sera surement le « Casse Noisette&Cie » de J-C. Maillot, en décembre. Un Casse Noisette annoncé « hors norme » et qui viendra célèbrer ses vingt ans à la tête des Ballets.

Julien Camy

Plus d’infos : www.balletsdemontecarlo.com

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