Cinéma / 75e Festival de Cannes (23 mai)

Sélection Officielle – En Compétition

Cannes 2022 - Les-Crimes-du-futur - David Cronenberg
Les Crimes du futur – David Cronenberg – Crédit photo : Metropolitan Film

Les Crimes du Futur (Crimes of the Future) de David Cronenberg (SF/Fantastique – Canada, Grèce, France – 1h47)
En mars dernier, puis en avril (…peu après l’annonce de la Sélection cannoise), la presse indiquait que David Cronenberg (79 ans) avait mis en vente le NFT de ses calculs rénaux… Dans un entretien accordé au magazine Deadline, début mai, il annonçait que Les Crimes du futur allait choquer : «Je suis sûr que des gens quitteront la salle dans les cinq premières minutes du film. J’en suis sûr. Certains ont vu le film et pensent que les vingt dernières minutes seront très dures, et que des gens partiront (…) »
Si ce n’est pas de la promo (ou du buzz), ça y ressemble beaucoup, néanmoins Les Crimes du futur n’a pas vraiment choqué ni provoqué de scandale comme ce fut le cas pour Crash en 1996. Le titre original est celui du 2d long métrage (1969) du cinéaste dont il développe certaines idées sans en faire un remake.

Dans un futur proche, non daté, dans un univers plus gothique que high-tech, dont on ne saura pas grand chose sur le fonctionnement, pas très réjouissant (« Le temps est venu d’arrêter de voir. Le temps est venu d’écouter », « La chirurgie est le nouveau sexe »), alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice (Léa Seydoux), Saul Tenser (Viggo Mortensen), célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin (Kristen Stewart), une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques… Le film marque le retour de Cronenberg à la SF. Dans sa Note d’intention, il déclare :« (il) prolonge des thèmes que j’ai déjà abordés. Les fans repéreront des clins d’œil à des scènes et passages de mes films précédents. C’est une manière de poursuivre mon exploration de la technologie liée au corps humain. » A propos de ce corps humain qui le fascine, l’obsède, l’objet de tous les délires (parfois passionnants) qui parcourent son cinéma, il souligne : « Je me décrirais comme un existentialiste, dans ce sens que nos cellules physiques nous définissent : le corps est notre essence. Toutes nos perceptions viennent de nos fonctions physiques : nous ne voyons pas la même chose qu’un insecte pourvu de huit yeux, tout vient de nos corps. Par ailleurs, ce que l’on capte le plus lorsqu’on est réalisateur, ce sont des images de corps. J’aime jouer avec ça »  (entretien à Aujourd’hui du 23 mai).
A l’arrivée, ni choc ni surprise. Les Crimes du futur, qui privilégie les dialogues au détriment de l’action, sans pour autant développer de pistes de réflexion, recycle les thèmes et obsessions du réalisateur et ne devrait satisfaire que ses inconditionnels. Au niveau de l’interprétation, seul Viggo Mortensen (acteur fétiche du réalisateur dont le personnage de Saul Tenser semble être le clone…) tire son épingle du jeu.

Les Crimes du futur (Crimes of the future) de David Cronenberg, avec Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart (SF/Fantastique – Canada, Grèce, France – 1h47 – Date de sortie : 25 mai 2022)

La bande annonce du film (Metropolitan Film – Vostf – 1mn25)
La conférence de presse du film (Festival de Cannes – France.tv/Brut – VF – 30mn)

Sélection officielle – Cannes Classics
L’Ombre de Goya de José Luis Lopez-Linares (Documentaire – France/Espagne – 1h30).

C’est avec émotion que l’on regarde le film, car il s’agit de la dernière contribution au cinéma (ici « acteur » et narrateur) du scénariste et écrivain Jean-Claude Carrière, décédé à l’âge de 89 ans le 8 février 2021. L’homme de lettres et de cinéma, conteur, amoureux des arts, érudit, entreprend un ultime voyage en Espagne sur les traces du peintre espagnol. Il nous parle de sa passion pour l’artiste, nous fait part de ses interprétations et réflexions (des liens avec Luis Buñuel notamment), mais aussi de ses interrogations face à des œuvres (certaines célèbres comme Saturne dévorant ses fils, les deux Maja ou Tres de Mayo, d’autres moins) qu’il connaît pourtant depuis très longtemps.
Entre Jean-Claude Carrière et l’Espagne, c’est une histoire qui remonte à 1963, date à laquelle il fait la connaissance de Luis Buñuel. Le point de départ d’une longue et étroite collaboration (6 films, 20 années de complicité). D’autre part, il aura été scénariste (et acteur) pour Carlos Saura, scénariste pour Jesus Franco, Juan Luis Buñuel et Fernando Trueba et dialoguiste de Luis Garcia Berlanga. Parmi ses écrits on notera, La controverse de Valladolid (1992), qu’il adaptera au théâtre, et Mémoire Espagnole (2012). Quant à sa fascination pour Goya… en 2005, il cosigna avec Milos Forman, le scénario des Fantômes de Goya, l’avant dernier long métrage réalisé par le cinéaste d’origine tchèque. Enfin, Buñuel avait aussi de l’admiration pour Goya. Tous les deux étaient originaires d’Aragon, ils ont connu l’exil et été frappés de surdité. Dans le documentaire, Carlos Saura (né en Aragon lui aussi), par ailleurs réalisateur de Goya à Bordeaux (1999), souligne : « Chez Goya il y a deux aspects que l’on retrouve chez Buñuel. D’un côté, il y a quelque chose de brutal, de barbare, d’une grande violence, et de l’autre, une grande sensibilité. »
Par le biais de son parcours professionnel (directeur de la photographie passé à la réalisation de films sur l’art) José Luis Lopez-Linares connaissait Jean-Claude Carrière, qui devenait ainsi le guide idéal pour ce voyage. Du réalisateur : «  (…) Jean-Claude (…) a passé 10 jours en Espagne avec nous, nous a suivis sur les traces de la vie de Goya, du musée du Prado au village de Fuendetodos près de Saragosse, où le peintre était né. Il suffisait que Jean-Claude se mette devant un tableau, devant la maison de Goya ou autre, pour s’inspirer du moment. Il élaborait tout de suite une histoire, c’était extraordinaire. C’est peut-être pour cela que le film a ce naturel, il m’a suffit de le suivre avec les caméras. » (extrait d’un entretien accordé à l’occasion du Festival de Cannes).
Avec Cristina Otero, sa scénariste et monteuse, José Luis Lopez-inares a pour habitude de construire la narration au montage. Cette fois, le tournage a été retardé par la pandémie, puis Jean-Claude Carrière s’est éteint, obligeant le cinéaste a revoir l’histoire qui était en train de se construire, d’où très probablement, une place plus importante donnée à d’autres interventions que celle envisagée, dont celles de Nahal Tajadod, la veuve de l’écrivain scénariste, et du peintre cinéaste Julian Schnabel. Loin d’un documentaire didactique, L’Ombre de Goya est à la fois un voyage au cœur de l’œuvre d’un peintre et de son mystère et le portrait d’un amoureux des arts. Passionnant.

L’Ombre de Goya de José Luis Lopez-Linares. Avec Jean-Claude Carrière, Nahal Tajadod, Carlos Saura, Julian Schnabel, Michel Carré (Documentaire – France/Espagne – 1h30).

Site officiel du Festival de Cannes
Le Festival de Cannes sur France.tv

Philippe Descottes

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