Cinéma / POUR L’ETERNITE de Roy Andersson

Avec Pour l’Eternité, son sixième long métrage, Roy Andersson a remporté le Prix de la mise en scène (Lion d’argent) à la Mostra de Venise en… 2019. Le film est enfin sur les écrans français !

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Pour L Eternité – Roy Andersson – Crédit photo KMBO/Neue Visionen Filmverleih

Il était une foisun couple enlacé survolant une ville « autrefois célèbre pour sa beauté mais aujourd’hui en ruines », nous dit une voix off féminine. Ce couple et la narratrice pourraient avoir des liens de parenté avec Damiel et Cassiel, les anges des Ailes du désir et de Si loin, si proche ! , ces deux chefs-d’œuvre de Wim Wenders. Pas tout à fait, car la ville en question est Cologne et non Berlin et la voix est celle d’une conteuse qui pourrait être la Shéhérazade des Mille et Une nuits qui ont l’une et l’autre inspiré le réalisateur.
Pour l’Eternité n’est que le sixième long métrage de Roy Andersson depuis 1970 et  A swedish love story. Il est le prolongement de sa trilogie terminée par Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence, 2014 (et précédée de Chansons du deuxième étage, puis de Nous, les vivants) et dans la continuité de style cinématographique singulier, marqué par des plans fixes, des tableaux méticuleusement conçus et un humour absurde.

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Pour L Eternité – Roy Andersson – Crédit photo KMBO/Neue Visionen Filmverleih

Avec Pour l’éternité, le cinéaste philosophe de nouveau sur l’existence et « nous entraîne dans une errance onirique, dans laquelle des petits moments sans conséquence prennent la même importance que les événements historiques ». Dans un restaurant, un serveur remplit le verre d’un client jusqu’à ce que le vin rouge déborde et se répande sur la nappe. Un cul-de-jatte joue « O Sole Mio » dans les couloirs du métro. Un dentiste en a assez d’entendre un patient hurler car il a refusé l’anesthésie. Dans son bunker, sous les bombes, Hitler, hagard, est entouré d’officiers ivres morts incapables de faire le salut nazi. Chez lui, un homme en veut à un ami d’enfance qui est devenu docteur. Sa femme le réconforte : « Mais non, ta vie n’est pas si nulle, tu as déjà vu la tour de Pise et la tour Eiffel ». Un voyageur qui vient de monter dans un bus déplore la présence d’un passager dépressif : « on peut être déprimé mais chez soi »… Ces saynètes et bien d’autres sont indépendantes les unes des autres (en dehors de celles du prêtre en pleine crise de foi, en proie à d’horribles cauchemars et qui devient alcoolique) et intemporelles, hormis les scènes historiques et celle de la neige qui tombe indiquant la proximité de Noël. Ces tableaux vivants sont filmés en plans-séquences, le cadre est fixe et la superbe photographie est dominée par des couleurs pales, sombres et froides, le gris bleu et le gris vert principalement.
La peinture a été une autre source d’inspiration. Le couple enlacé fait penser au tableau de
Marc Chagall Au-dessus de la ville. La scène montrant un homme qui a commis un infanticide est inspirée d’Ivan le Terrible et son fils Ivan le 16 novembre 1581 d’Ilia Répine. Par ailleurs Roy Andersson cite également le Portrait de la journaliste Sylvia von Harden d’Otto Dix. Le film lui-même donne l’impression d’être une succession d’œuvres d’un Edward Hopper scandinave neurasthénique. Des toiles sur la toile.

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Pour L Eternité – Roy Andersson – Crédit photo KMBO/Neue Visionen Filmverleih

Pas simple d’assembler les différentes pièces de ce puzzle pour en faire une histoire. Il est plus simple d’y renoncer. C’est de l’ensemble qu’elles constituent qui donne un sens, en nous proposant « une réflexion sous forme de kaléidoscope sur la vie humaine dans toute sa beauté et sa cruauté, sa splendeur et sa banalité ».
« 
Le thème principal de mon travail est la vulnérabilité des êtres humains, précise le réalisateur. Et je pense que c’est un acte plein d’espoir que de créer quelque chose qui montre la vulnérabilité. Parce que si vous êtes conscient de la vulnérabilité de l’existence, vous pouvez devenir respectueux et attentif à ce que vous avez. Je voulais souligner la beauté de l’existence, du fait d’être vivant. Mais bien sûr, pour y parvenir, il faut créer un contraste. Vous devez montrer le mauvais côté, l’aspect cruel de l’existence. »
De par sa construction, on comprend que le spectateur puisse être déboussolé, peine à trouver ses repères et finisse par lâcher prise en cours de route, d’autant plus que cette fois, l’humour y est moins présent et plus sombre que d’habitude. Néanmoins, malgré les difficultés, le jeu en vaut la chandelle, un film de Roy Andersson est si rare…

Pour L’Eternité (Om det oandliga) de Roy Andersson (Comédie dramatique – Suède, Allemagne, Norvège – 2019 – 1h16) Avec Martin Serner, Jessica Louthander, Tatiana Delaunay, Anders Hellström, Jan-Eje Ferling, Bengt Bergius, Thore Flygel.


La bande annonce du film (KMBO Films – 1mn24 – Vostf)

Entretien ave Roy Andersson – Cineuropa – Septembre 2019)

Scène du couple enlacé (3mn40 – Vost anglais)
Extrait du tournage en studio (Roy Andersson Official – 3mn38 – Vost anglais)
Extrait du tournage en studio (Roy Andersson Official – 3mn13 – Vost anglais)

Roy Anderson et Jesper Klevenås (Directeur de la photographie)– Le tournage (7mn32 – Vost anglais)

The Magnificient Anders(s)ons – The Look of Reality (à propos de Wes et de Roy Anders(s)on – 15mn – Vo)
Philippe Descottes

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