Cinéma/ PETITE MAMAN de Céline Sciamma

Une immersion dans l’enfance où peines, rêves et désirs s’entrechoquent. La cinéaste qui en avait exploré entre autres, dans le magnifique Tomboy (2011 ) les ressentis, en prolonge ici l’exploration avec cette petite fille, Nelly confrontée à un bouleversement familial qui va la conduire pour se sortir de l’épreuve …à s’inventer un autre quotidien. Une magnifique exploration de l’intime, portée par une mise en scène toute en subtilités où s’invitent et s’y projettent les désirs, d’un autre avenir. Un superbe voyage temporel…

Au cœur de la première séquence on découvre la petite Nelly, 8 ans ( Joséphine Sanz) dans un Ehpad venue y faire ses adieux aux pensionnaires compensant celui qu’elle n’a pu faire à sa grand-mère défunte . Un Adieu collectif, qui en prolonge la douleur de la perte, et s’enveloppe d’une belle émotion de tendresse et de tristesse réunies. La marche de Nelly dans le couloir vers la sortie accompagnée par un plan fixe dont la durée, y invite l’interrogation sur le deuil et les répercussions sur le futur familial, en témoigne La douleur de Nelly, nous y entraînera très vite d’autant qu’elle va devoir faire face au départ de sa mère ( Nina Meurisse) , qui, envahie par une tristesse dépressive, va quitter la maison. Désemparée Nelly frappée, par cet autre choc émotionnel, va se réfugier dans les souvenirs du passé dont les images remontent à sa mémoire. L’image récurrente de la maison d’enfance de sa mère et de cette cabane qu’elle avait construite dans la forêt dont elle se plaisait à embellir l’aspect et s’y réfugiait souvent , en sera l’élément déclencheur. Nous sommes , dès lors immergés au cœur de l’univers magique de Nelly qui va s’inventer de « nouveaux rêves d’avenir ». La maison et la forêt , y seront au cœur, dans celle-ci , Nelly y rencontre Marion ( Gabrielle Sanz ) une petite fille qui y construit elle aussi une cabane. Rencontre qui va se se muer en une relation fusionnelle Pour Nelly , Marion sera désormais , lui dit-elle, sa « petite maman » . La mise en scène et en abîme de la cinéaste va nous entraîner au cœur d’un « voyage » et d’une quête réparatrice, où vont s’inscrire les thématiques et réflexions qui lui sont chères, sur la société moderne dont les enfants subissent les soubresauts et les effets des mutations et événements sociaux et politiques. Et en sont les victimes oubliées : « Les enfants ont connu un flot impressionnant de crises et d’épreuves collectives ces dernières années : un quotidien scolaire militarisé depuis les attentats, les différentes vagues de #MeToo dont la dernière les concerne directement, les crises du Covid-19. Si les responsables politiques ne se sont jamais officiellement adressés à eux, les enfants ont tout vécu et tout entendu. Il me semble vital de les inclure, de leur donner des récits, de les regarder, de collaborer avec eux », explique la cinéaste ….

Dès lors la mise en place et en scène du récit , en adopte de le point de vue l’ approche, de l’univers de l’enfance que le cinéaste a expérimenté, comme scénariste dans son écriture pour le magnifique Ma vie de Courgette ( 2016) mis en scène par Claude Barras, et aussi dans son Tomboy cité plus haut. Elle l’enveloppe de la référence à un « cinéma Magique et ludique », invitant le spectateur à entrer dans le jeu . Celui dont sa mise en scène cherche – à la fois par ses surprises et surtout par les détails infimes des plans et inserts très brefs qui s’y inscrivent – à susciter la curiosité et à s’y laisser prendre !. A cet égard , le soin apporté à la mise en place du cadre et des décors est époustouflante, dans ce qu’elle y injecte comme éléments faisant écho à l’éveil de la curiosité enfantine ayant motivé ses choix d’écriture . Ceux dont elle évoque la référence au grand maître de l’animation japonaise Hayao Miyazaki, qui lui a servi de guide dit-elle quand il lui fallait « trancher », pour les faire !. Afin d’offrir à son récit cette ouverture essentielle qui devait permettre de rendre évidente , efficace et crédible pour le public, la perception de ce terrain de jeu où « enfants et adultes seraient à égalité »…et non plus, des victimes oubliées. Ouvrant ainsi, au cœur de cet imaginaire partagé, le constat et la réflexion, sur le dialogue nécessaire envers ces enfants, qu’elle appelle de ses vœux !. la symbolique du récit qui ,dès lors ,se développe au cœur de cette «  égalité » dont elle explore à la fois, les blessures et les possibles, devient un terrain de jeu passionnant ,via cet imaginaire « partagé », qui s’y déploie comme révélateur. La belle idée du récit et des choix qui le portent consiste, au cœur de celui-ci, à explorer ( inventer… ) les possibles espaces d’un nouveau dialogue permettant de prendre les distances envers les « schémas » traditionnels des rapports, ouvrant son film à l’opportunité : « d’ inventer une nouvelle circulation entre les idées et les corps … il est pensé pour la salle de cinéma .C’est une expérience collective , physique , j’espère que l’on se regardera différemment en sortant de la salle », explique-t-elle…

Au cœur des temporalités qui s’ entrechoquent, dans les espaces que Nelly et Marion investissent s’y retrouve l’écho de la fable contemporaine, à laquelle s’ajoutent les jeux de rôles de l’imaginaire , de l’intemporalité et ses mystères , où le surnaturel s’invite . Les deux gamines vont s’y laisser entraîner dans une sorte de vertige irrépressible, en forme de défi . Comme l’illustre la belle scène de la conquête du lac et sa pyramide , ou encore , dans cette autre séquence où elles affrontent la tempête qui gronde dans un élan solidaire qui va concrétiser leur amitié. Celui qu’accompagnera la jubilatoire scène de la préparation et dégustation des crêpes. En même temps que ce « lien », va se muer en révélateur d’une quête réparatrice dont le deuil à faire sera déclencheur des multiples douleurs intimes dont Nelly et Marion, portent la flamme  de l’espoir de la résilience .Celui dont la belle chanson finale du générique ( écrite par la cinéaste et mise en musique par son complice Jean-Baptiste Laubier), se fait l’écho de l’urgence qu’il y a écouter leurs souffrances . Celles dont désormais, ils n’auront plus «…peur de dire ce qu’ils ont dans le cœur…et sur le cœur ! ». Le conte d’espoir révélateur peut alors s’habiller des tout les ingrédients : décors , objets , ou autres accessoires et laisser vagabonder l’imaginaire , qui , d’un coup de baguette magique permettrait d’ouvrir à ce possible et tout résoudre . Les deux fillettes qui nous font complices des stratagèmes, nous y entraînent avec elles. Offrant au récit de cette une quête , le magnifique parcours d’une renaissance dont l’écoute de la parole qui en exprime l’urgence se doit, enfin, être entendue. Portant l’espoir des mots consolateurs des maux : le deuil, les traumatismes , le chagrin, les douleurs et les peurs de l’enfance, les liens familiaux qui se distendent, le besoin d’amour et de protection, la quête identitaire. Habilement, et, avec une douce poésie mélancolique enchantée Céline Sciamma, habille le voyage imaginaire et la quête de ces deux petites filles qui nous emportent avec elles dans le tourbillon de leurs mots d’enfants habillés de l’urgence qui s’y exprime . Le voyage de Nelly et de sa petite maman , est de ceux qui nous invitent à les suivre, et les entendre… afin de construire un avenir meilleur pour ceux qui sont, le futur et l’avenir de nos sociétés . Comme Nelly son héroïne, la cinéaste n’a pas peur de dire « ce qu’elle a sur le cœur », et c’est par son cinéma qu’elle l’exprime , ici , avec une belle sincérité. Son conte moderne fait mouche, c’est un petit bijou d’inventivité aux résonances profondes. Son invitation à la circulation des idées réconciliatrices dans ces temps troubles de violences gangrenant nos sociétés, il nous invite à la réflexion et nous interpelle. La belle dynamique de son récit, avec laquelle elle nous immerge et nous invite à entrer dans l’univers de Nelly et Marion, est communicative et nous entraîne dans ce jeu de rôles qui nous emporte dans son tourbillon ludique et prenant. On vous invite à vous y vous laisser entraîner, à votre tour…

( Etienne Ballerini )

PETITE MAMAN de Céline Sciamma – 2021- Durée 1h 12-

AVEC : Joséphine et Gabrielle Sanz, Nina Meurisse, Stéphane Varupenne, Margot Abascal.

LIEN : Bande-Annonce du films PETITE MAMAN de Céline Sciamma – PYramide Distribution.

 

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