Cinéma / EVA EN AOUT de Jonas Trueba

La ville Madrilène sous la chaleur estivale désertée par ses habitants partis en vacances . Eva a choisi d’y rester et de la redécouvrir au fil des rencontres et des festivités des quartiers populaires. Un joli portrait de femme dans une ville dont l’approche documentaire, voulue par le cinéaste, renforce l’impact de sa quête d’elle- même et des autres…

Eva (Itsaso Arana) en déambulation au coeur de Madrid- Crédit Photo : Arizona Distribution et Los Ilusos Film-

Au cœur de la séquence d’ouverture où l’on découvre Eva et sa visite de l’appartement, dont un ami qui part lui aussi en vacances  lui laissera les clés, pour y séjourner en toute liberté et organiser son programme de sorties en forme de « dialogue entre elle et la ville » afin de s’y laisser porter en touriste curieuse et prête à s’émerveiller. C’est ce « regard » là dont le cinéaste a construit son récit, d’une approche , dit-il: « ..empreinte de cette innocence et curiosité… de la première fois «  . Et ce dernier , qui y vit et en connaît par cœur les lieux et tout ce qui y  vibre durant cette période où les habitants qui y sont restés se réapproprient leurs quartiers . Il en a fait le décor au cœur duquel Eva , va s’immerger tout au long de cette pemière quinzaine du mois d’août. Et le mystère qui entroure la quête d’Eva, dont on ne découvrira juste que quelques bribes du passé, attisera encore  un peu plus  encore, notre curiosité . Que cherche cette femme qui va avoir 33 ans et dont on saura qu’elle a voulu devenir comédienne, mais y a renoncé … et qu’elle préfère parler aux autres et aller à leur rencontre, plutôt que de parler d’elle ?. Pas forcément pudique ou timide, mais plutôt , au travers des rencontres et échanges, où elle se montre très à l’écoute, y cherchant à se construire son chemin de vie. D’alleurs , chacune de ses rencontres est construite en forme de suspense d’une approche , dont on ne sait pas ce à quoi, elle va pouvoir aboutir, et ce qu’il pourrait, en advenir . Comme l’illustre cette scène, où,  abordée par un inconnu et ce qu’elle considère être un « plan de drague » , ce dernier  y révélant un tout autre comportement !. C’est de fait , une approche en chassés -croisés dont l’accumulation des échanges et ce qu’ils révélent des non-dits sont autant de pièces d’une mosaïque… ou de traits de portrait d’un tableau en construction. Comme l’est, l’itinéraire d’Eva et ses rencontres successives apportant chacune  une interrogation, une ouverture possible…ou un doute, une déception . A cet égard le film avec ses nombreux dialogues et échanges est construit comme une approche, sous influence assumée d’Eric Romer et ses « comédies et proverbes ». Mais le  « hasard » qui habille, ici , l’itinéraire et la quête d’Eva , revêt une autre dimension . Il n’est pas un itinéraire de souffrance comme dans Le rayon vert (1986 ) , mais plutôt, celui d’un cheminement en forme de construction libératrice.. La dérive et les doutes d’Eva sont donnés ,  comme des étapes de rechecrhe et de construction de soi …

Eva ( Itsaso Arana ) en compagnie de ses nouveaux amis – Crédit Photo : Arizona Distribution et Los Illusos Film-

Démarche affichée du cinéaste dont se fait écho le dialogue de la première séquence du film dans l’appartement de l’ami, où sont évoquées les héroïnes du cinéma classique Hollywoodien des années trente, comme Barbara  Stanwyck ou Katerine Hepburn , y incarnant dit le cinéaste : « des personnages féminins tellement forts , charismatiques , indépendants et surprenants . Ces actrices étaient ainsi dans la vie réelle : des femmes avec une forte personnalité et cette forte personnalité transparaissait dans les films. Les cinéastes se mettaient alors à leur service . Et dans mon cas , c’est ce qui s’est passé… », dit-il . A cet égard la collaboration étroite à l’écriture, avec sa comédienne Itsaso Arana ( en Eva ,exceptionnelle et touchante …) qui s’approprie le personnage , est un des atouts majeurs du récit et de la profondeur du personnage qui s’y révèle, dans un beau crescendo au cœur des rencontres et des lieux . C’est la belle « osmose » qui s’incrit dans cette chronique estivale des rencontres diurnes et nocturnes qui en rythment le tempo par les surprises, et  ( ou ) révélations inattendues . A l’image de cette scène , où Eva sur son balcon regarde la procéssion religieuse  de la vierge  de Paloma . Festivité populaire religieuse  faisant écho, à d’autres qui ont lieu à cette même période ( San Cayétano , San Lorenzo ) , comme prolongement d’une mémoire populaire et collective. De la même manière que cette même masse population se bousculera aux bals populaires et concerts musicaux , où la modernité et la tradition musicale (Flamenco…) qui y sont de mise , rapprochent les individus et les genérations. La scène citée  du balcon , acquiert pourtant à cet égard et à ce moment là, une dimension emblématique par le contraste qui s’y inscrit . Celui d’un moment de pause, de réflexion et d’isolement loin de la foule en forme de concentration et de réflexion d’Eva sur sa destinée , et son avenir empreint de mystère,  auquel le final du récit ouvrira aux possibles. Cette scène est en tout cas,  un superbe moment de «  pause  » cinématographique, laissé à l’imaginaire inventif du spectateur …

Eva ( Itsaso Arana) , rencontre  avec Agos ( Vito Sans )- Crédit Photo Arizona Distribution et Los illusos Film-

Alors , à l’image de celle-ci les scènes  des rencontres qui s’enchaînent se font toutes porteuses d’une part de désir , de quête de vérité et recherche identitaire. Comme le reflètent celles des  retrouvailles au hasard des  déambulations d’Eva , avec les amis d’hier où les échanges réveillent nouvellles espérances… ou regrets! . A l’image de celle avec ce jeune  homme  croisé dans la rue, se muant en  journée de partage déambulatoire dans la ville,  se concluant par la visite du Musée , et un au revoir… que l’on espère voir se perpétuer  en retrouvailles désormais plus fréquentes ! . Mais on le sait,  les années passent et les gens changent. Comme  le révèle , la rencontre  avec ces autres amis  d’hier devant un cinéma rappelant les sorties communes d’antan pour voir les films des cinéastes que l’on aimait … la déception d’Eva est grande , au vu d’un partage dont la chaleur n’est plus au rendez-vous…et  elle quittera  la salle!. On se croise , mais l’on se perd aussi… dans des  échanges superficiels, tandis que d’autres se muent en rencontres  profondes et fortes, suscitant retrouvailles communes,  à l’image de cette belle scène du rendez-vous pic-nique et baignade à la rivière , qui en concrétisera le possible . Séquence au cours de laquelle Eva, habituellement discrète et pudique , se laissera porter par la chaleur qui y règne . De la même manière que les dialogues  s’imprègnent par moments de gravité et se libèrent . Comme l’illustre cette réunion  où les échanges se multiplient …sur les menstruations féminines et les cycles    « connectés avec la lune » , où il y est question aussi  de désir de maternité , et  d’un débat… sur la congélation des ovocytes! . D’autres suivront , comme celle avec les deux étrangers ( le Gallois et l ‘Anglais ) y apportant l’héritage des chansons  des Brigades internationales  auxquelles leurs parents ont participé , inscrivant les échos du passé (la Guerre civile) et de l’histoire douloureuse ,  qui résonnera  aussi dans les paroles de l’hymne de la ville  «  tout un chacun veut être lui-même » , en osmose avec la quête d’Eva . Et en point d’orgue, cette belle rencontre avec l’ombrageux Agos ( Vito Sans ) où cette dernière le voyant dans la nuit  penché vers le vide sur le viaduc de Ségovie , l’interpelle craignant une tentative de suicide !. Les retrouvailles qui suivront feront l’objet d’un subtil enchainement de situations se  déclinant en un lien empreint d’un mystère intemporel sur l’évocation de la paternité et de la maternité, est magnifque!.Laissant, libre court à l’imaginaire du spectateur. Un regard clin- d’oeil,  aux amoureux du cinéma à qui le cinéaste  «  ouvre » les portes de l’imaginaire , et  qui fait mouche, par ses approches diversifiées
Jonas , est le jeune fils ( 38 ans ) du cinéaste Espagnol Fernando Trueba ( dont le film La belle époque / 1994 , fut couronnée par l’Oscar du meilleur film étranger ) . Il signe ici son cinquiéme long métrage , le premier à être distribué en France … les qualités affichées de sa mise en scène et de son regard , nous donnent envie de découvrir ses précédents . En tout cas, ici , sa déclinaison habile de rencontres et de leurs  enjeux , est un réel plaisir de cinéma qu’il nous offre. Le film a obtenu le Prix du jury et de la critique internationale au dernier Festival de Karlovy Vary . Ne vous en privez surtout pas…

(Etienne Ballérini)

EVA EN AOUT de Jonas Trueba – 2020 – Durée : 2 h O9 –

AVEC : Itsaso Arama, Vito Sanz, Isabelel Stoffel, Joe Manjon, Maria Herrador, Joe Manjon, Mikele Urroz, Violetta Rebollo , Simon Pritchard …

LIEN : Bande-Annonce du film EVA EN AOUT de Jonas Trueba – Arizona Distribution-

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